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Hommage aux victimes de la fusillade de Parkland, à l'occasion du «National School Walkout»

Quand les prières ne suffisent plus

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«Plus jamais ça», «Stop à l'inaction». Des dizaines de milliers d'élèves scolarisés dans les écoles américaines ont quitté leurs salles de classe, mercredi, pour exiger de leurs élus des mesures concrètes contre les armes à feu.

Hommage aux victimes de la fusillade de Parkland, à l'occasion du «National School Walkout»
Hommage aux victimes de la fusillade de Parkland, à l'occasion du «National School Walkout» Crédits : TIMOTHY A. CLARY - AFP

«Les prières, ça ne suffit pas». Voilà l'un des nombreux slogans entendu, hier, aux Etats-Unis. Un mois jour pour jour après la tuerie dans un lycée de Floride, à Parkland, des dizaines de milliers d'élèves avaient tous décidé de quitter leur classe, au même moment, pour non seulement rendre hommage aux victimes mais aussi exiger du gouvernement des mesures concrètes contre les armes à feu. Une manifestation nationale qui, du Maine à la Californie, a débutée partout à 10 heures du matin et durée 17 minutes, soit 1 minute pour chacune des 17 victimes de la fusillade. Quand certains, raconte ce matin la chaîne CNN, avaient décidé de prononcer le nom de chaque défunt, d'autres ont préféré se tenir en silence autour de 17 chaises … vides. Dans un lycée de Los Angeles, là des élèves avaient, eux, choisi de s'allonger minutieusement sur la pelouse du terrain de football pour y former un mot, plus exactement les 6 lettres du cri de ralliement de cette manifestation : «E.N.O.U.G.H.» (Assez!). Et puis dans de très nombreuses écoles du pays, les élèves ont finalement décidé de prolonger le mouvement, parfois d'ailleurs au-delà du strict cadre de l'école comme par exemple devant la Maison-Blanche à Washington, et ce dans une démonstration de solidarité historique. Sur de très nombreuses pancartes, on pouvait notamment lire ces mots : «Les pensées et les prières n’arrêtent pas les balles». Et ce d'autant plus, rappelle de son côté le magazine américain ROLLING STONE, que le président lui-même a finalement fait volte-face. Pas plus tard que dimanche soir, après sa surprenante promesse d'instituer des lois plus strictes sur le contrôle des armes à feu, Donald Trump a fini par s'aligner, au contraire, sur la ligne défendue par le tout puissant lobby de la NRA : armement des enseignants et maintien à 18 ans de l'âge minimal requis pour se procurer une arme à feu.

Une abomination que le monde regarde froidement à distance.

Et là-bas non plus, 7 ans après le début de la guerre en Syrie, les prières ne suffisent plus.Il y a encore quelques années,  Stephen Hawking, le célèbre physicien décédé hier, décrivait ce qui se passait en Syrie comme «une abomination que le monde regarde froidement à distance». Et de fait, écrit ce matin THE LOS ANGELES TIMES, c'est ce qui est arrivé à la Syrie, devenue l'emblème de la misère humaine à travers un conflit marqué, ce jeudi, par son septième anniversaire. La crise, qui avait commencé dans la foulée des soulèvements dits du «Printemps arabe», s'est désintégrée dans une guerre civile infernale, qui a tué des centaines de milliers de personnes. On parle aujourd'hui d'environ 500 000 morts, même si les Nations-Unies ont arrêté, depuis bien longtemps déjà, d'additionner les chiffres. A ceux-là, il faudrait pourtant ajouter encore des centaines de milliers blessées, mais aussi 22 millions de déplacés (soit plus de la moitié de la population du pays d'avant-guerre). En ce sens, le conflit syrien a donc montré la faillite morale et la lâcheté de la communauté internationale. Le pays tout entier est devenu un vaste champ de bataille pour puissances, à la fois régionales et mondiales, qui essaient essentiellement de s'emparer du plus grand territoire possible, afin de maximiser leurs intérêts. Plus personne ne se soucie véritablement de gagner cette guerre, mais personne ne veut non plus la perdre. D'une certaine manière, le conflit syrien a donc redéfini ce qui était permissible en temps de guerre. Et le quotidien de préciser encore : la Syrie a remodelé les alliances et contribué, aujourd’hui, à rouvrir les portes de l'ère de la guerre froide. 

La Une du journal "Daily Mirror", le jeudi 15 mars 2018
La Une du journal "Daily Mirror", le jeudi 15 mars 2018 Crédits : capture d'écran

Et la guerre froide, justement, il en est encore question ce matin avec les suites de l'empoisonnement de l'ex-espion au Royaume-Uni. «Cold War II» (Guerre Froide 2), le titre barre ce matin la Une du DAILY MIRROR, après que la première ministre britannique a annoncé, hier, l’expulsion d’ici une semaine de 23 diplomates russes du Royaume-Uni, qui seraient en réalité des «agents de renseignement». Il s’agit là de la plus sévère expulsion groupée «depuis plus de trente ans», note pour sa part THE GUARDIAN. Les menaces de sanctions de Londres ont donc été mises à exécution. Sans surprise, d'ailleurs, puisque Moscou n'a pas jugé bon de fournir d'explication quant à l’utilisation sur le sol britannique de ce poison fabriqué uniquement en Russie. Le «dédain complet» avec lequel Moscou a traité «notre demande d’explication démontre la culpabilité du gouvernement», a notamment déclaré, sans équivoque, Theresa May. Bien sûr, peut-être ne pourra-t-on finalement pas prouver que ce crime est directement lié au Kremlin, mais à des agents indépendants agissant pour son compte ou à des responsables de la sécurité qui veulent aggraver la discorde russo-britannique pour des raisons intérieures. Reste que c’est pour cette raison que des sanctions ciblées sont bien la solution, tranche pour sa part THE TIMES. Alors de quelles sanctions parle-t-on ? Theresa May menace de saisir les actifs britanniques d’oligarques proches du Kremlin. Et puis aucun ministre britannique, ni aucun membre de la famille royale, n’ira à la Coupe du monde de football organisée cet été en Russie. Pour autant, précise le correspondant à Londres du TEMPS, le gouvernement britannique a bien conscience que ces mesures risquent d’être insuffisantes pour vraiment avoir un impact sur Moscou. C'est également l'analyse défendue par le correspondant du GUARDIAN à Moscou, lequel prédit, à son tour, que ces annonces ont peu de chances d’impressionner le Kremlin, dont la réaction, dit-il, ne devrait guère aller au-delà d’un simplement haussement d’épaules.

Un simple haussement de sourcil

Enfin on termine avec un haussement de sourcil en Chine. L'histoire est racontée sur le site BIG BROWSER du journal Le Monde. Oubliez, dit-il, les insultes. Remisez au placard vos doigts et autres bras d’honneur. Le summum de l’irrévérence se joue parfois à un petit rien. En l'occurrence, un regard peut s’avérer plus efficace que n’importe quelle prise de parole courroucée. La scène s’est déroulée, mardi, lors de la conférence de presse du ministre chinois du commerce. Une journaliste l'interroge et le moins que l’on puisse dire est que la très longue question frôle la courtisanerie. A ses côtés, une consœur, qui travaille pour American Multimedia Television, s’impatiente et finit par laisser éclater son exaspération à travers un roulement des yeux très théâtral. L’histoire aurait pu s’arrêter là, sauf que le Web chinois a repéré la scène et s’en est gaussé sur le gigantesque réseau social WEIBO (équivalent de Twitter en Chine), au point de faire de la journaliste une icône rebelle. Sauf que depuis, précise le site FREE WEIBO, la recherche via le nom de la journaliste ou le terme afférent, «question-asking bitch» (qu’on évitera de vous traduire ici) ont été étrangement bloqués.

Par Thomas CLUZEL

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