LE DIRECT
Plus de 200 journaux américains suivent la campagne #EnemyOfNone lancée par le Boston Globe

"Les journalistes ne sont pas l'ennemi" en Une de la presse américaine

5 min
À retrouver dans l'émission

Les journaux américains qui parlent d'une seule voix ou presque pour dénoncer la rhétorique présidentielle contre les médias et rappeler la liberté et l'indépendance de la presse.

Plus de 200 journaux américains suivent la campagne #EnemyOfNone lancée par le Boston Globe
Plus de 200 journaux américains suivent la campagne #EnemyOfNone lancée par le Boston Globe Crédits : Captures d'écran de tweets

"Les journalistes ne sont pas l'ennemi" : une phrase reprise par quelques 200 groupes de presse à travers le pays, à l'initiative du Boston Globe.

L'attaque contre la presse indépendante est l'un des piliers de la politique de Donald Trump, explique le journal de la Nouvelle Angleterre. Les journalistes, considérés par le président américain comme l'ennemi du peuple. Le quotidien a donc appelé tous les médias du pays à dénoncer dans leurs éditos "une guerre sale contre la presse libre". Et, de la Californie au Texas , des libéraux aux conservateurs, des grands journaux aux petits, beaucoup ont répondu à l'appel : "Non, nous ne sommes pas vos ennemis. Nous ne l'avons jamais été. Nous ne le serons jamais", titre par exemple dans l'Idaho le Boise Weekly. "Nous sommes la voix du peuple", précise le Daily Hérald dans l'Illinois. Et dans le Maine, c'est le Bangor Daily News qui rive le clou : "les médias sont l'ennemi seulement si vous ne voulez pas savoir ce que fait le gouvernement." Et jusqu'au New York Times qui le rappelle dans son éditorial : "La presse libre a besoin de vous. Abonnez vous à votre journal local. Félicitez les journalistes quand ils font du bon boulot, critiquez les quand vous pensez qu'ils peuvent mieux faire. On est tous dans le même bateau."  

Une initiative qui reçoit le soutient en Angleterre de The Guardian. La liberté n'a pas été inventée aux Etats-Unis, mais peu de pays ont joué un rôle aussi important dans l'histoire d'une presse indépendante. Cette grande tradition américaine de respect de la vérité est maintenant menacée prévient le quotidien britannique. Donald Trump n'est pas le premier à attaquer la presse ou à se sentir injustement traité par elle. Mais il est le premier qui semble avoir une politique calculée pour saper sa légitimité et même de mettre en danger son travail.  

Ce n'est pas le travail de la presse de sauver les Etats-Unis de Donald Trump rappelle The Guardian. C'est le travail de la presse de rapporter, fouiller, analyser et de scruter le mieux possible et sans crainte.   

Et c'est ce que la presse internationale tente de faire au lendemain de la catastrophe de Gênes, en Italie. Le drame a fait mardi au moins une quarantaine de morts. Et pendant que les secours s'affairent encore, l'Italie cherche des coupables, explique le quotidien suisse Le Temps. Le responsable est tout trouvé. Du moins comme l'espère le gouvernement. Autostrade per l'Italia risque de perdre sa concession pour la gestion de près de 3000 kilomètres d'autoroute et pourrait se voir infliger une amende allant jusqu'à 150 millions d'euros.  

Les membres de la nouvelle et hétéroclite coalition au pouvoir ont la même volonté de trouver les coupables explique The Huffington Post. Et les trois hommes forts de la coalition, peuvent compter sur leur hostilité commune à l'Union Européenne. Le drame de Gênes est une occasion pour eux de le rappeler. Citant Mattéo Salvini, le vice-premier ministre et patron de la formation d’extrême droite la Ligue. "En 2018, il n'est pas possible de mourir ainsi. S 'il y a des contraintes européennes qui nous empêchent de dépenser de l'argent pour sécuriser nos autoroutes, l'austérité attendra, nous nous mettrons toujours en avant la sécurité des Italiens."  

Si la nouvelle coalition de populistes n'est pas à blâmer pour la mauvaise santé de l'infrastructure en Italie, souligne en Allemagne le Frankfurter Allgemeine Zeitung, il est cynique d'associer maintenant l'Union européenne à l'effondrement du pont.  Après tout, l'infrastructure de l'Italie bénéficie depuis des décennies de l'aide structurelle de l'Europe : le problème a ses racines à Rome et non à Bruxelles. La Stampa, à Turin, ne dit pas autre chose, en évoquant "l'ombre longue de la dégradation". L’affreuse tragédie de Gênes, écrit le journal, n’est pas seulement un drame humain qui a brisé des vies, elle n'est pas due à la fatalité, c'est le dernier épisode et le plus grave, de la détérioration des infrastructures publiques italiennes, des rues des centres urbains, aux ponts routiers jusqu'aux écoles.   

C'est ce que pense aussi un éditorialiste d'Il Giornale. Deux viaducs et deux ponts se sont déjà effondrés au cours des deux dernières années. Si nous prenons la situation des routes et autoroutes de l'Italie comme un miroir du pays, il n'y a aucune raison d'être heureux parce que vous voyez un pays qui ne peut plus prendre soin de son environnement, mais seulement aller d'une urgence à l'autre. Et d'autres journaux posent la question de la sécurité des infrastructures dans leur pays. Die Zeit fournit un dossier très complet sur la situation allemande. L'hebdomadaire nous apprend que deux tiers des autoroutes dans le pays sont dans un état "douteux" et que seul un quart des ponts situés sur ces axes présente une condition irréprochable.  Bien des infrastructures datent des Trentes Glorieuses, rappelle La Tribune de Genève. Le Pont Morandi de Gênes a ouvert en 1967. Deux ans plus tard en Suisse, la centrale nucléaire de Beznau commençait à produire de l'énergie. Elle détient aujourd'hui le titre peu enviable de plus vieille centrale en activité au monde. Des prouesses techniques qui se révèlent être aussi un lourd héritage. Mais tant que notre besoin de mobilité et d'énergie l'emportera sur d'autres considérations, ces infrastructures demanderont à être entretenus. Nos esprits, ultra-connectés et dématérialisés, devraient s'en souvenir...sous peine de voir notre héritage se retourner contre nous.

Chroniques

8H35
20 min

L'Invité culture

François-Xavier Roth : la musique au temps de Berlioz
L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......