LE DIRECT
Performance pyrotechnique d'un jeune garçon à Gaza, à l'occasion du début du Ramadan

Comme autant de messages ambigus

6 min
À retrouver dans l'émission

Au moment où débute le mois du ramadan, la tension est retombée dans la bande de Gaza, même si la situation demeure hautement volatile.

Performance pyrotechnique d'un jeune garçon à Gaza, à l'occasion du début du Ramadan
Performance pyrotechnique d'un jeune garçon à Gaza, à l'occasion du début du Ramadan Crédits : ABED RAHIM KHATIB / ANADOLU AGENCY - AFP

Dans la plupart des pays, comme aux Etats-Unis, le ramadan débute aujourd'hui. Et comme de plus en plus d'Américains connaissent désormais leurs «basics», écrit THE NEW YORK TIMES, ils savent que durant un mois les musulmans en bonne santé vont s'abstenir à la fois de manger, de boire et de faire l'amour, du lever au coucher du soleil. Un acte exigeant à la portée purificatrice mais qui, dans le même temps, doit aussi s'accompagner d'une discipline spirituelle. De sorte qu'en perturbant délibérément votre routine et votre petit confort, ce mois de jeûne est censé vous permettre de réfléchir et si possible, même, de vous améliorer. Ce qui, évidemment, n'est pas chose aisée. D'autant que même si vous ne prenez pas le temps de manger ni de boire, note toujours l'auteur de cette tribune, il est déjà difficile au quotidien de s'adonner à une expérience spirituelle tant il se passe de choses, dans le monde réel, pour venir perturber votre attention. C'est le cas, par exemple, des tweets matinaux de Donald Trump, dont chacun se demande, chaque jour qui passe, s'ils finiront par déclencher une nouvelle guerre mondiale. 

Mais l'heure de l'introspection aurait-elle sonnée, aussi, pour Donald Trump ? Toujours est-il que le président américain a tenu à délivrer hier un message pour le moins surprenant, se félicite THE WASHINGTON POST. Dans un message rendu public par la Maison Blanche, Donald Trump, dont on connaît pourtant les positions largement hostiles envers l'Islam, a tenu à adresser «[ses] salutations et [ses] meilleurs vœux à tous les musulmans qui observent le Ramadan aux États-Unis et dans le monde entier». D'après le locataire de la Maison Blanche, ce mois de Ramadan demeure «un moment d'introspection, destiné à approfondir son développement spirituel, aider les personnes dans le besoin et montrer l’exemple d’une vie de piété». D’où cette question : Donald Trump chercherait-il à se racheter une bonne conscience ? Et ce alors que ce mois de ramadan, rappelle le magazine NEWSWEEK, débute par les conséquences des manifestations à Gaza réprimées dans un bain de sang. 

Quoi qu'il en soit, l'intervention de l'armée israélienne, lundi dernier, qui a coûté la vie à au moins 60 Palestiniens, continue d'alimenter les commentaires dans la presse. Le journal LE TEMPS, en particulier, a choisi lui de s'intéresser aux messages ambigus du Hamas. Le mouvement palestinien est accusé aujourd'hui d'avoir provoqué les manifestations à Gaza. Et c'est ainsi que pour Israël, comme pour les responsables américains de l’administration Trump, l’affaire est entendue, écrit le journal : si les soldats israéliens se sont permis de tirer dans la foule, y compris en visant des femmes et des enfants, c’est parce que les manifestations répondaient à un exercice de propagande du mouvement islamiste palestinien. Et d'ailleurs, hier encore, un haut responsable du Hamas a affirmé que la très grande majorité des Palestiniens tués cette semaine appartenaient bien au mouvement qui dirige l'enclave de Gaza. Une affirmation dont l'Etat hébreu s'est immédiatement saisi pour contester le caractère pacifique de la contestation. Sauf que si le Hamas a bel et bien organisé ces manifestations, pratiquement pas un coup de feu n’a été tiré côté palestinien. De même, aucune roquette n’a été lancée sur Israël par le Hamas, malgré les dizaines de morts palestiniens et les milliers de blessés. 

Mais plus encore, ces dernières semaines, par toutes sortes de canaux, le Hamas a même fait comprendre aux dirigeants israéliens qu’il serait prêt à ouvrir le dialogue avec eux. Non pas pour conclure officiellement la «paix», mais au moins pour établir une «trêve» de longue durée, en échange de la levée (ne serait-ce que partielle) du blocus. Pour le politologue israélien Ilan Greilsammer, interrogé toujours dans les colonnes du TEMPS, les torts sont aujourd'hui partagés. Le mouvement islamiste Hamas, profitant du désespoir à Gaza, a envoyé les Gazaouis se faire tuer. Le président Donald Trump a, lui, indéniablement jeté de l’huile sur le feu. En revanche, Ilan Greilsammer en appelle, désormais, l’Etat hébreu à lever le blocus de l’enclave palestinienne.

Autre message ambigu, la rencontre entre deux footballeurs de la Mannschaft d'origine turque avec le président Erdogan continue à faire couler beaucoup d'encre dans la presse germanophone. Le quotidien de Vienne DIE PRESSE, notamment, pointe l'hypocrisie de la critique adressée aux deux footballeurs. Parce que la Turquie ne cesse de s'éloigner des normes d'une démocratie et d'un Etat de droit, il va sans dire qu'il n'était sans doute pas très intelligent de la part de ces deux joueurs de se laisser instrumentaliser par le président turc, dans le cadre de sa campagne électorale. Et pourtant, la critique qui bouillonne en Allemagne a aussi quelque chose d'extrêmement sournois, dit-il. En clair, on reproche aux deux footballeurs d'avoir fait des courbettes à un despote. Or jusqu'à récemment, l'armée de ce même despote était approvisionnée en armes et en matériel par des entreprises d'armement … allemandes. Et c'est également avec ce despote que Berlin mène des négociations politiques.

Et que dire, à présent, de ce pont qui relie désormais la péninsule de Crimée au territoire russe ? Depuis cette semaine, la péninsule annexée en 2014 est accessible en voiture depuis la Russie. Les Etats-Unis et l'Union européenne ont critiqué ce pont, qu'ils qualifient de violation de l'intégrité territoriale de l'Ukraine. De leur côté, les médias russes et ukrainiens ne voient pas l'ouvrage du même œil. Pour le portail russe en ligne GAZETA, cet  ouvrage complexe, le plus long de Russie mais aussi d'Europe, montre que l'ingénierie russe peut encore stupéfier le monde. Nombreux avaient été les sceptiques qui jugeaient, en effet, le projet irréalisable en raison de la forte instabilité du sol dans cette région. Mais plus encore, ce pont démontrerait la capacité de la Russie à relever des défis géopolitiques. A l'inverse, le portail ukrainien UNIAN relève, lui, qu'avec ce projet colossal pour lequel Moscou a déboursé près de 3 milliards d'euros, Moscou aurait pu investir son argent à meilleur escient. Avec ces fonds, on aurait bien sûr pu apporter des soins médicaux à tous les enfants de Russie, mais cela importe peu, dit-il, quand on sait qu'il en va de la grandeur de la Fédération russe. Et d'en conclure qu'en Russie, on trouve toujours de l'argent pour la «construction du siècle».

Enfin THE GUARDIAN révèle, ce matin, qu'un examen gouvernemental des règlements de construction ne recommandera pas une interdiction explicite des revêtements et isolants combustibles et ce malgré les demandes persistantes des survivants de la tour Grenfell et des experts en sécurité-incendie. Il y a presque un an, 72 morts avaient péri dans la catastrophe. En l'occurrence, le revêtement posé sur la tour avait été mis en cause dans la virulence de l'incendie. Et pourtant, les réformes proposées aujourd'hui à la réglementation du bâtiment ne devraient donc pas inclure l'interdiction des panneaux qui brûlent. Ou il y a des matins où l'on se dit que, décidément, c'est à n'y plus rien comprendre.

Par Thomas CLUZEL

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......