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Potrrait de Jamal Khashoggi brandi par des manifestants à Istanbul le 9 Octobre 2018

L'ultime tribune de Jamal Khashoggi, un plaidoyer pour la liberté d'expression dans le monde arabe

5 min
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Le Washington Post publie un texte écrit par Jamal Khashoggi quelques jours avant sa disparition. Il y déplore la pénurie de liberté d'expression dans le monde arabe, "une liberté qu'il aura payé de sa vie", écrit son journal. La démission d'un ministre inaugure la vague #metoo en Inde.

Potrrait de Jamal Khashoggi brandi par des manifestants à Istanbul le 9 Octobre 2018
Potrrait de Jamal Khashoggi brandi par des manifestants à Istanbul le 9 Octobre 2018 Crédits : OZAN KOSE - AFP

Le Washington Post publie ce jeudi une tribune qui résonne comme un testament... 

... ou comme une ultime profession de foi : "Ce dont le Monde Arabe a le plus besoin, c'est de liberté d'expression", voilà le titre-manifeste du dernier texte (sans doute) signé Jamal Khashoggi. L'éminent journaliste saoudien l'a rédigé quelques jours avant de se rendre au consulat d'Arabie Saoudite d'Istanbul, ce mardi 2 octobre, pour n'en jamais ressortir.  

Ces circonstances (on pourra lire les derniers détails macabres de son supplice présumé dans la presse turque) donnent à la tribune du Washington Post, forcément, un terrible relief. Car il n'y est question que d'une chose : de la pénurie criante de liberté journalistique dans le monde arabe qui fait, nous dit Khashoggi, que "ceux qui vivent dans cette partie du monde sont soit mal informés, soit pas informés du tout. La psyché collective y est dominée par une narration forgée par les Etats, et même si beaucoup ne gobent pas ce qu'on leur met dans le crane, une large majorité des citoyens arabes, elle, tombent dans le panneau de ces récits fallacieux".  

Pour le saoudien, "les espoirs du Printemps arabe ont débouché sur un implacable retour au statu quo, quand la situation ne s'est pas encore aggravée" comme en Egypte. La libéralisation de pensée espérée avec l'essor d'Internet a donné lieu à "un tour de vis particulièrement agressif de la part des gouvernements". Les journalistes emprisonnés, les médias censurés, l'espace de débat réduit à néant, "tout cela, se lamente Jamal Khashoggi, se déroule désormais sans que la communauté internationale ne trouve rien à y redire, sinon de vagues condamnations puis un silence gêné".  

Au final, "le monde arabe est face à sa propre version du Rideau de Fer". Pour le fissurer, il est crucial de "publier une presse libre en langue arabe, de faire naître une version moderne des vieux médias transnationaux (sur le modèle de ce que les radios internationales occidentales ont pu apporter comme espace d'ouverture et de liberté dans l'ancien bloc soviétique) pour permettre, cette fois aux citoyens du monde arabe, de s'informer et de débattre sur les grandes problématiques mondiales. Qu'ils puissent comprendre et critiquer, aussi, les complexités de la démocratie occidentale."  

Voilà donc ce que portait Jamal Khashoggi, quand il a poussé la porte du Consulat d'Arabie Saoudite à Istanbul. Pas question, ici, de pencher dans la surinterprétration à posteriori d'un texte qui en appelait sans doute d'autres dans l'esprit de son auteur.  Mais il faut se rendre à l'évidence, nous dit le Washington Post : ces mots, ce sont sans doute les derniers qu'aura écrit Jamal Khashoggi pour le journal américain. Ils ont  été envoyé à la rédaction, au lendemain de la disparition du journaliste, par son assistant qui venait d'en achever la traduction.  L'équipe du Post ne l'a pas publié plus tôt en espérant que Khashoggi reviendrait corriger et annoter lui-même son texte. 

Mais il a fallu se faire une raison et publier, donc, cette tribune qui, selon la responsable des pages Opinion du Washington Post Karen Attiah, "capture parfaitement son engagement pour la liberté dans le monde arabe. Une liberté, pour laquelle Jamal Khashoggi a apparemment donné sa vie".    

La vague #metoo a déferlé sur l'Inde avec un an de retard, et elle a fait chavirer hier le ministre des Affaires etrangères. 

MJ Akbar qui a donc, lit-on dans le Times of India présenté sa démission après plus d'une semaine de scandale politico-médiatique : ces plaintes de plusieurs femmes qui avaient travaillé avec le ministre, du temps où il était un patron de presse particulièrement influent dans les médias indiens. Elles sont désormais une vingtaine à l'accuser de harcèlement sexuel, de gestes et de propos particulièrement déplacés dans le cadre professionnel. 

MJ Akbar avait d'abord crié au complot contre lui, déposé plainte en diffamation contre sa principale accusatrice. Hier, il a donc du se résigner à quitter ses fonctions "pour mieux se défendre", c'est ce qu'il a expliqué, mais "sa démission, nous dit le Times of India, a renforcé ses victimes présumées dans leur combat".  

On se souviendra donc, que c'est du milieu de la presse, des salles de rédactions, qu'est parti le mouvement #metoo en Inde, un an après le reste du monde. Car The Indian Express semble persuadé que "ce départ" de MJ Akbar, est "le début" d'autre chose.  Un "moment fondateur" dans l'affirmation des voix féminines en Inde, en particulier celle des femmes dans le monde du travail. La conquête de leur sécurité, mentale et physique, là où elles exercent leur métier, est un combat qui reste largement à mener, et le fait que le gouvernement indien ait réussi à pousser dehors MJ Akbar, lequel ne voulait pour rien au monde démissionner, est une victoire éclatante, un message fort adressé à toutes les Indiennes. 

"Le volcan grondait depuis longtemps", les premières révélations contre le ministre ont déclenché "l'éruption" : voilà ce qu'on lit dans The Indian Express. L'Inde réinvente donc et s'approprie le phénomène #metoo. Mais les journalistes femmes qui en ont été les lanceuses d'alertes ne se font pourtant pas trop d'illusions : la presse indienne aujourd'hui bruisse d'une autre affaire qui les concerne et les menace. 

Quatre jeunes consœurs, nous apprend le site d'info The Quint, ont été agressées, frappées, insultées, hier dans le Kerala, parce qu'elles venaient couvrir une grande fête religieuse à Sabarimala : pour la première fois, le temple hindu devait ouvrir ses portes aux femmes de tous ages pour cette célébration,  la décision avait été imposée par la Cour suprême d'Inde. Mais les fidèles les plus intégristes s'y sont violemment opposés : seules les jeunes filles pré-pubères et les femmes ménopausées ont été autorisées à entrer dans le temple. Les traditions qui présentent les femmes comme impures ont la peau dure en Inde. 

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