LE DIRECT
Shinzo Abe et Xi Jinping à Vladivistok en septembre 2018

Japon et Chine tentent un rapprochement face à "l'ouragan Trump"

6 min
À retrouver dans l'émission

Shinzo Abe entame ce jeudi une visite de trois jours en Chine, alors que les offensives commerciales américaines poussent les deux géants d'Asie à dépasser leur rivalité historique. L'Algérie en plein imbroglio politique au tour du Parlement. L'université d'Harvard accusée de discrimination raciale.

Shinzo Abe et Xi Jinping à Vladivistok en septembre 2018
Shinzo Abe et Xi Jinping à Vladivistok en septembre 2018 Crédits : JIJI PRESS - AFP

La presse asiatique s'interroge sur l'avenir des relations entre Chine et Japon, à l'heure où les cartes de la diplomatie mondiale sont rebattues par un certain Donald Trump. 

Aujourd'hui le Premier ministre japonais Shinzo Abe entame un voyage officiel de trois jours en Chine, ce qui ne s'était pas vu depuis 11 années au cours desquelles les relations entre les deux pays, nous rapporte l'Asia Times, étaient tendues par la dispute sur la possession des îles Senkaku, dans le Nord Pacifique. 

Mais cette page-là semble sur le point d'être tournée, à en croire le quotidien asiatique en ligne pour qui l'enjeu de cette visite historique, c'est d'arriver à dissocier enfin les raisons de s'opposer, les différents historiques, culturels, géostratégiques, et les points de convergences économiques. 

Seront-ils amis, ou "frenemies", une contraction de "friends" et "enemies" inventée par l'Asia Times?  En tous cas ils ont tout intérêt à s'allier, pour "faire face ensemble au coup de vent qui souffle sur le Pacifique". Une tempête qui vient d'Amérique, un ouragan Trump : le président américain fait pression depuis des mois pour que son allié japonais signe avec lui un accord de libre-échange bilatéral, tout en accentuant sa guerre commerciale contre Pékin.  

Washington joue la divisions entre les deux géants asiatiques, alors tout le but de cette visite qui débute aujourd'hui sera à l'inverse de se serrer les coudes, analyse Japan News pour qui "Shinzo Abe part en Chine en quête de stabilité" avant tout. Et le Japonais peut nourrir de bons espoirs, car les Chinois ont aussi des intérêts sonnants et trébuchants à cet apaisement: c'est le South China Morning Post qui met le doigt dessus : Pékin doit relancer son grand programme de développement d'infrastructures routières, la "Belt and Road Initiative" qui est pour les Chinois une manière de faire prospérer leurs entreprises de BTP et leur influence à travers toute l'Asie.  

Dernièrement, en Malaisie, en Indonésie ou aux Maldives, ces chantiers ont conduit à un rejet de la Chine dans les populations locales, sanctionné par des défaites électorales des partis pro-chinois. En réorientant sa stratégie vers le Japon, Pékin mise sur l'expérience nippone en matière de joint-ventures internationales, nous explique le South China Morning Post.  De nouvelles relations diplomatiques construites sur le béton et le bitume : voilà qui semble prometteur en matière de "stabilité".

Les sables sont mouvants, par contre, dans l'arène politique algérienne ; Alger où l'Assemblée Nationale a désormais deux présidents.  

Pour y voir plus clair dans cet imbroglio politique algérien, on lira El Watan qui reprend le récit des épisodes précédents. Hier donc, les députés de la majorité favorable au président Bouteflika ont élu à main levé Mouad Bouchareb, comme nouveau président de la chambre basse du parlement algérien. Le soucis, c'est que le président sortant, Saïd Bouhadja, 80 ans, ne se laisse pas sortir aussi facilement.  

Il refuse de démissionner, lui dont la simple évocation, nous dit El Watan, rappelle "toutes les violations à la loi qui ont amené cette crise" : le vote de défiance contre lui, pour des soupçons de malversations financières ; sa contre-offensive qui a consisté à geler les activités parlementaires, faire bloquer les portes du Parlement avec une chaîne et un cadenas, changer les serrures de son bureau, tout ça donc pour empêcher qu'un successeur lui soit désigné. Le FLN et ses alliés l'ont donc tout de même fait hier, au cours d'une séance plénière dont la validité est contestée par Bouhadja et les siens. 

Les députés de la majorité eux célèbrent leur choix de porter au perchoir Mouad Bouchareb, dont Jeune Afrique dresse le portrait : il a 47 ans, mais déjà trois mandats parlementaires à son actif, il est "discret et pondéré", ce qui ne l'avait jamais jusque-là poussé dans la lumière. Dans son premier discours, il a remercié le président Abdelatif Bouteflika pour "l'avis favorable qu'il a donné à son élection". 

Car ce qui s'est joué hier au Parlement algérien, selon le quotidien pro-opposition La Liberté,  c'est un "putsch", ourdi par la Présidence et qui fait entrer l'Algérie "dans le cercle très fermé des régimes absolutistes".   

Un autre cercle très fermé, c'est celui des étudiants de Harvard. La politique de sélection de la prestigieuse université américaine fait l'objet d'un procès pour discrimination.  

Procès initié par "l'Association des Etudiants pour des Admissions Justes" qui risque, à en croire le site d'info alternatif TruthOut, de remettre en question l'idée même de discrimination positive aux Etats-Unis. 

Les plaignants, dans ce procès fédéral qui s'est ouvert il y a 10 jours à Boston, sont un groupe d'étudiants issus de famille asiatiques-américaines qui estiment avoir été discriminés : Harvard aurait sous-évalués leurs dossiers d'admissions pour favoriser des étudiants moins méritants mais issus de groupes raciaux moins représentés dans ses effectifs.  A la tête de cette bataille judiciaire, on trouve un certain Edward Blum, proche des milieux conservateurs, et qui a reçu le soutien du Département de la Justice, comprenez de l'administration Trump. Et c'est cette dimension politique qui inquiète TruthOut : l'affaire pourrait remonter jusqu'à la Cour suprême, et mettre un terme à cinq décennies durant lesquelles la discrimination positive a été aux Etats-Unis un moyen très fort (et plutôt efficace) de rééquilibrer les inégalités sociales basées sur la race. 

Mais si la diversité raciale a progressé à Harvard, qu'on ne s'y trompe pas : la grande majorité de ses étudiants restent issue de familles très riches. C'est ce qu'a constaté la radio WBUR qui émet en FM dans la région de Boston et donc de Harvard. Chifffres (édifiants) à l'appui, elle montre que la diversité sociale reste un combat à mener.

Etudiants admis à Harvard selon le niveau de revenus de leur famille
Etudiants admis à Harvard selon le niveau de revenus de leur famille Crédits : WBUR

 Au même moment Forbes se demande si l'on peut vraiment acheter son accès à Harvard, et cite l'exemple de Jared Kushner, le gendre et conseiller de Donald Trump qui a pu entrer à Harvard juste après que son père a fait une donation de 2 millions et demi de dollars à l'Université. Le magazine confirme l'existence d'un fichier dit "la liste du Doyen", sur laquelle figurent les noms des candidats dont les parents pourraient être de généreux donateurs, et dont il convient d'appuyer les dossiers. Ça aide, reconnait Forbes, mais ça ne fait pas tout : parmi les jeunes dont le nom figure sur cette fameuse liste, moins d'un sur deux est finalement accepté à Harvard.

Chroniques

7H40
45 min

L'Invité(e) des Matins

Italie : le nouveau défi de l'Europe ?
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......