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La justice soupçonne le groupe Bolloré d'avoir facilité l'arrivé au pouvoir de dirigeants africains en échange de concessions portuaires, notamment celle du Port Autonome de Conakry

Bolloré mis en examen, vu d'Afrique

5 min
À retrouver dans l'émission

La presse africaine commente la mise en examen française de Vincent Bolloré ; celle d'Arménie la poursuite des manifestations d'Erevan, quant à la presse turque elle vient à nouveau d'être frappée par la condamnation de 14 journalistes à de la prison ferme.

La justice soupçonne le groupe Bolloré d'avoir facilité l'arrivé au pouvoir de dirigeants africains en échange de concessions portuaires, notamment celle du Port Autonome de Conakry
La justice soupçonne le groupe Bolloré d'avoir facilité l'arrivé au pouvoir de dirigeants africains en échange de concessions portuaires, notamment celle du Port Autonome de Conakry Crédits : CELLOU BINANI - AFP

La mise en examen de Vincent Bolloré est abondamment commentée ce jeudi et prend une dimension un peu particulière dans les colonnes de la presse africaine... mais pas n'importe où. Dans les deux pays où se porte le soupçon de corruption : la Guinée et le Togo c'est plutôt "silence radio". Ailleurs, au Bénin par exemple, où le groupe Bolloré dispose aussi de quelques atouts, la Nouvelle Tribune rappelle ainsi "les conditions assez surprenantes dans lesquelles les concessions des ports de Conakry et de Lomé sont tombées dans l’escarcelle de Bolloré. Dans les deux cas, le concurrent de Bolloré qui avait déjà la concession a été purement et simplement viré. En Guinée, les autorités ont carrément eut recours aux forces de l’ordre pour fermer les bureaux de l’opérateur Necotrans, déjà concessionnaire pour 25 ans, et ont dans la foulée attribué le contrat à Bolloré Africa Logistics. A lui seul, cet agissement des autorités guinéennes était suffisant pour entraîner l’ouverture d’une information judiciaire localement. Mais, quel magistrat guinéen aurait pu s’attaquer au groupe Bolloré dans une affaire impliquant le chef de l’Etat Alpha Condé ?"

Au Burkina Faso, l'Observateur Paalga plaide aussi pour que la justice s’intéresse au ressorts africains de l'affaire.  "Vu d’Afrique, on retiendra la leçon d’indépendance que vient d’administrer la justice en mettant le grappin sur l’une des plus grosses fortunes de France soupçonnée de corruption. Sous nos cieux africains,  où des pointures du milieu économique ou politique rusent avec les lois au vu et au su de tous, oser les interpeller relèverait du suicide pour « l’impertinent petit juge » qui s’y hasarderait". Et maintenant que le PDG de Bolloré Africa Logistics a été mis en examen, poursuit l'Observateur, "on pourrait s’attendre à ce que ses interlocuteurs africains, notamment (les présidents) Alpha Condé et Faure Gnassingbé, soient au moins entendus à défaut d’être considérés comme complices. Mais  tous deux bénéficient d'une immunité qui les met à l’abri de toute poursuite judiciaire en France. Et on n’ose pas imaginer qu’après leurs mandats respectifs ils puissent être inquiétés de quelque manière que ce soit." 

En Arménie, la démission surprise du premier ministre Serge Sarkissian, lundi, n'a pas calmé la rue... ni les principaux opposants comme Nikol Pashinyian  : "Notre révolution de velours a envoyé un message clair : le Parti républicain (celui de l'ancien Premier Ministre Sarkissian) ne peut pas rester au pouvoir", a-t-il lancé à la foule hier, rapporte Radio Free Europe / Radio Liberty. "Le parti doit être privé du pouvoir de manière à ce que Sarkissian ne puisse pas continuer à gouverner dans l'ombre" a-t-il poursuivi. Pashinian appelle a des élections anticipées et surtout à ce qu'un "candidat du peuple" soit choisi par le peuple pour assurer l’intérim gouvernemental. Et l'opposant a clairement envisagé être lui-même le mieux placé pour occuper la fonction, rapporte encore la chaîne américaine. Mais le chef du gouvernement intérimaire Karen Karapetyan, proche de l'ancien Premier Ministre Sarkissian, a rappelé que la désignation d'un quelconque "candidat du peuple" ne pouvait se faire qu'au termes d'élections" en bonne et due forme,  souligne le site en ligne arménien Hetq.am 

A Moscou, on suit la situation de très près, tout en considérant, pour reprendre les termes du porte-parole du Kremlin cité par l'agence TASS qu'il s'agit toujours d'"une affaire interne" à l'Arménie ; le Kremlin a effectivement évité jusqu'à présent de faire des parallèles avec l'Ukraine de 2014, souligne le Financial Times de Londres. A l'époque Moscou accusait l'Occident en général et les Etats-Unis en particulier d'avoir fomenté un véritable coup d'Etat contre le président ukrainien Yanoukovitch, ce qui avait donné à Moscou quelque argument pour intervenir militairement dans le pays, en prenant la Crimée et en organisant une lutte armée séparatiste dans le Dombass. En Arménie aujourd'hui, comme en Ukraine à l'époque, la Russie dispose d'importantes bases militaires et pourrait bien être tentée d'y intervenir si la situation politique venait à déraper. 

Enfin en Turquie, la justice a eu la main particulièrement lourde hier, condamnant une fois de plus une quinzaine de journalistes à des peines de prison ferme...  Quatorze employés du quotidien Cumhuriyet - le plus vieux quotidien turc et le dernier journal national à n'être pas inféodé au pouvoir - "ont été condamnés à des peines de prison ferme pour terrorisme" rapporte ce matin Sabah , autre quotidien qui, lui, a toujours été proche du pouvoir de Recep Tayyip Erdogan. Les accusés (rédacteur en chef, journalistes chroniqueurs et même comptable) "ont été convaincus de diffusion de propagande pour le compte du groupe terroriste de Fethullah Gülen qui a perpétré la tentative de coup d'Etat du 15 juillet 2016", poursuit Sabah qui explique que le dossier d'inculpation postule que Cumhuriyet avait été "de facto contrôlé par le groupe de Fehtullah Gülen et utilisé pour dissimuler les activités de ce groupe terroriste". Des accusations d'autant plus bizarres qu'elles visent par exemple, des gens comme Ahmet Sik (le plus lourdement condamné hier : 7 ans de prison), qui est justement l'un des premiers journalistes turcs à avoir dénoncé, enquête approfondie à l'appui, les agissements du groupe de Fethullah Gülen et ce bien avant la tentative de coup d'Etat de 2016. Des accusations étayées par des "preuves" elles aussi pour le moins étranges : la majorité de celles-ci, raconte tout de même Sabah "provient de messages diffusés sur les réseaux sociaux ou d’allégations suivant lesquelles certains des journalistes étaient en contact avec des personnes utilisant une application par ailleurs utilisé par le groupe de Gülen"... ce qui semble pour le moins léger pour motiver une condamnation pour terrorisme.

La Turquie figure déjà à la 157ème place sur 180 au dernier classement de la liberté de la presse établi cette semaine par Reporters sans frontières. On peut se demander, aux vues de ces derniers jugements, à quelle place elle figurerait s'il existait pareil classement pour juger de l'Etat de droit.

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