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Supporter allemand après l'élimination de la Mannschaft de la Coupe du monde 2018

Dehors !

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Désastre, honte, faillite historique, la presse allemande n’a pas de mots assez durs contre son équipe nationale, après l’élimination des champions du monde en titre du Mondial de football 2018.

Supporter allemand après l'élimination de la Mannschaft de la Coupe du monde 2018
Supporter allemand après l'élimination de la Mannschaft de la Coupe du monde 2018 Crédits : ABDULHAMID HOSBAS / ANADOLU AGENCY - AFP

Quand la direction de la sortie s'accompagne d'un point d'exclamation, elle se transforme généralement en injonction : «Dehors !» Et à lire la presse ce matin, l'ordre formel de rentrer chez soi ne sera sans doute pas entendu par tous de la même oreille. En Allemagne, tout d'abord, la formule en première page du RHEINISHE POST et de son confrère DER TAGESSPIEGEL s'accompagne, bien sûr, de la photo des joueurs de la Mannschaft incrédules et sidérés, hier, au moment du coup de sifflet final. Du MORNING POST au SPIEGEL ONLINE, en passant par le FRANKFÜRTER ALLGEMEINE ZEITUNG et DIE WELT, les formules définitives s'enchaînent : la «gueule de bois», mais aussi le «fiasco», le «naufrage» et la «honte historique de l'Allemagne». Quoi qu'il en soit, après la France, après l'Italie, après l'Espagne, l'Allemagne n'aura donc pas échappé à son tour à cette malédiction qui veut que chacune de toutes ces équipes championnes du monde aient été éliminées dès le premier tour, quatre ans plus tard. 

Les photos de supporters allemands effondrés sont également partout, ce matin, à la Une de la presse européenne et en particulier britannique, laquelle a du mal, toutefois, à cacher sa satisfaction. Quand THE DAILY MAIL jure ses grands dieux que l'Angleterre toute entière n'a pu retenir ses larmes, hier, THE INDEPENDENT entend afficher sa compassion en préférant, dit-il, ne pas mentionner le score. En revanche, THE SUN mais aussi THE I, gentlemen, convoquent eux en allemand dans le texte, s'il vous plaît, cette expression typiquement germanique : «Schadenfreude», pour exprimer cette joie malsaine que l'on éprouve parfois, c'est vrai, en observant le malheur d'autrui. 

Et puis toujours quand le malheur des uns fait le bonheur des autres, l'élimination de l'Allemagne permet au Mexique de se qualifier pour les 8ème de finale, ce qui fait paradoxalement la joie, aussi, d'un autre pays : les Etats-Unis. Pourquoi ? Parce que n’ayant pas réussi à se qualifier pour la compétition, de nombreux Américains ont choisi de supporter l’équipe de son voisin du sud. Un choix qui n’a pourtant rien d’évident, a priori, au regard des tensions maximales qui existent actuellement à la frontière. Mais après tout, parce que les États-Unis sont justement un pays d’immigration, soutenir le Mexique serait un acte profondément américain, insiste la chaîne NBC NEWS, même si cette vision est loin de faire l'unanimité. Pour preuve, cette formule sans concessions du quotidien le plus lu aux Etats-Unis, USA TODAY : Applaudissez le bon football. Ne supportez pas le Mexique.

Enfin parmi les multiples parallèles ce matin entre foot et politique, le SPIEGEL ONLINE ose lui la comparaison entre patron de la Mannschaft et la patronne du gouvernement, actuellement en grande difficulté à cause de sa politique migratoire. Si le lien entre la nation foot et la politique existe, dit-il, alors Angela Merkel peut déjà penser à démissionner. Comme Joachim Löw, elle est en fonction depuis longtemps. Les deux ont réalisé de grandes choses, les deux ont été gâtés par le succès, mais peut-être trop pour encore avoir la volonté et la capacité de travailler pour le succès. Et de fait, partout, on lit les adieux à la chancelière relève la TAZ. Merkel n'est plus la figure qu'elle était sur la scène européenne, renchérit de son côté DIE WELT. Et c'est donc plus affaiblie que jamais que la chancelière se rendra, ce soir, à Bruxelles, pour le début du sommet européen. 

Illustration, à présent, du défi migratoire qui sera au cœur, justement, de ce sommet européen avec l'Odyssée du «Lifeline».Les 233 migrants du navire humanitaire ont débarqué hier à Malte, après un périple d'une semaine en Méditerranée. Au total, huit pays européens accueilleront certains de ces migrants, dont la France. En acceptant que son pays accueille une partie des migrants, Emmanuel Macron semble ainsi jouer l'apaisement. Ce qui n'a pas empêché le président français d'accuser l'ONG allemande «Lifeline» de faire le jeu des passeurs, en refusant notamment de remettre aux garde-côtes libyens les migrants secourus. Or en novembre dernier, Amnesty International avait déjà dénoncé le soutien européen aux garde-côtes libyens, justement, accusés de collaborer avec les passeurs. D'où ce cri de colère de l'éditorialiste de la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG : La haine contre ceux qui aident, comprenez les organisations humanitaires, est inutile. Les bateaux de secours sont diffamés et on lit, à présent, qu'il faudrait laisser les gens se noyer ou être vendus comme esclaves pour qu'ils comprennent qu'ils ne peuvent venir en Europe, s'étrangle à son tour la TAGESZEITUNG, qui ne peut que constater avec amertume, qu'en se repliant sur elle-même, l'Europe est devenue aujourd'hui méconnaissable.

Enfin, tandis que l’Union européenne se prépare à un sommet crucial, en s’écharpant à propos des navires humanitaires qui peinent à trouver des ports d’accueil, la situation est tout aussi opaque et confuse aux Etats-Unis. Des deux côtés de l’Atlantique, le tableau migratoire est sombre. Des murs s’érigent, écrit la correspondante du TEMPS dans un édito au vitriol intitulé : le cynique jeu migratoire de Donald Trump. Coup politique ou aveu d’impuissance, selon elle la double volte-face du président américain dans le dossier des enfants clandestins révèle surtout un chaos aux conséquences potentiellement dramatiques. Devant le tollé provoqué par l'annonce de l’incarcération systématique des clandestins à la frontière mexicaine, le président a, certes, été contraint de faire marche arrière, en annonçant que les familles resteront ensemble. Et c'est ainsi qu’un tribunal de San Diego a pu ordonner la rapide réunification des illégaux séparés. Sauf que sur les 2350 enfants privés de leur famille, seuls 500 l’auraient retrouvée. Certains sont placés dans des foyers à des milliers de kilomètres de leurs parents (parfois d'ailleurs déjà expulsés vers leur pays d’origine), perdus dans les méandres de l’administration américaine et sans moyen d’entrer en contact avec eux. Bref, le summum de l’inhumain. Ou dit autrement, conclue la journaliste, les gesticulations, les tours de passe-passe et le cynisme politique de Donald Trump ne doivent pas faire oublier cette réalité-là.

Par Thomas CLUZEL

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