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Embrassades à l'annonce des résultats au QG de l'AFD à Dresde (Saxe)

L'extrême-droite allemande AFD aux portes du pouvoir dans deux régions est-allemandes

6 min
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Sans parvenir à l'emporter, le parti d'extrême-droite allemand AFD a confirmé sa percée électorale dans les Lander de Saxe et Brandebourg, arrivant seconde derrière les partis traditionnels. En Argentine, le président Macri forcé à prendre des mesures contre la dévaluation du péso face au dollar.

Embrassades à l'annonce des résultats au QG de l'AFD à Dresde (Saxe)
Embrassades à l'annonce des résultats au QG de l'AFD à Dresde (Saxe) Crédits : FILIP SINGER - Maxppp

Un soulagement de bien mauvais augure, ce matin dans la presse allemande. 

"Punis mais soulagés", voilà comment la Suddeutsche Zeitung décrit les partis traditionnels d'outre-Rhin après les élections, hier dans les Lander de Saxe et de Brandebourg. CDU, SPD... soulagés, donc, de voir qu'ils ont réussi à contenir encore un peu l'inexorable montée du part d'extrême-droite AFD, mais punis par la confirmation de leur (tout aussi inexorable) érosion électorale. 

A lire le quotidien économique Handelsblatt, on se dit que la CDU, le SPD, devaient s'attendre à pire encore : ils pensaient vraiment que cette fois-ci, ils pouvaient tout bonnement perdre et laisser les xénophobes de l'AFD arriver au pouvoir dans ces régions de l'Est.  Ce n'est pas (encore) pour cette fois ; si rien ne change ce sera sans doute pour la prochaine, laissent entendre ce matin les journaux allemands, mais ce qui est sûr, et Katrine Gottschalk l'écrit dans Der Taggeszeitung, c'est  qu'il n'est "plus possible de détourner le regard de cette réalité" : le parti d'extrême-droite, qui a fait son entrée au parlement fédéral il y a deux ans seulement, est désormais légitime à s'affirmer comme la deuxième force sur l'échiquier politique.  

Pour trouver, tout de même, des raisons d'espérer, l'éditorialiste de la TAZ salue la "vitalité de la société civile"de ces deux lander de l'Est, laquelle a marqué la campagne contre l'AFD par son énergie, l'originalité de ses messages et des modes d'action face à la montée de la violence xénophobe. Cette force citoyenne, elle existe bel et bien, mais "très loin des forces politiques constituées".  

Des partis traditionnels, qui n'ont décidément toujours pas trouvé de recette, contre la montée du populisme d'extrême-droite.  C'est le constat formulé par Philipp Wittrock pour Der Spiegel qui rappelle pourtant que l'irruption de l'AFD aux avants-poste de la politique allemande est loin d'être une nouveauté ; ses succès électoraux deviendrait même "la nouvelle norme dans l'Est du pays avec désormais plus de 20% des voix et, qu'on ne veuille ou non, une base militante solidement ancrée". 

Des militants, des électeurs qui choisissent l'AFD sans vraiment s'intéresser au fond raciste de leur discours, à leurs liens plus ou moins affichés avec les néo-nazis : ils s'en fichent, au fond, ils votent AFD seulement parce que "ça fait bien longtemps qu'ils ne se sentent plus représentés par les vieux partis des grandes coalitions" gauche-droite qui se partagent le pouvoir dopuis des années. Le côté pervers de la chose, c'est que c'est justement la montée de l'AFD, et la nécessité de faire barrage, qui justifie, dans les rangs des partis traditionnels affaiblis, la formation de coalitions de plus en plus improbables : dans le Land de Brandebourg, nous dit der Spiegel, la CDU a sérieurement évoqué pendant la campagne la possibilité de s'allier avec Die Linke, la gauche radicale allemande. En Thuringe, où l'on votera à la fin du mois d'octobre, se profile déjà la possibilité d'une alliance entre non plus deux, trois, mais quatre partis, pour arriver à gouverner sans l'AFD. Ca n'a plus vraiment de sens politique, l'électeur n'y croit plus, et ça ne fait que renforcer, in fine, le vote pour la formation anti-système et anti-étrangers. 

Changeons de sujet, et de continent : en Argentine, le spectre d'une nouvelle crise économique se fait de plus en plus précis... 

Tout comme se précisent les mesures auxquelles le président Mauricio Macri est obligé de consentir pour tenter d'éviter le pire. Lui-même, qui avait contracté auprès du FMI 57 milliards d'euros de dette remboursable à partir de 2021 a demandé la semaine dernière le ré-échelonnement de cette dette. Voilà déjà qui n'est pas franchement pour rassurer, ni les marchés financiers ni les Argentins lambda à deux mois de la prochaine élection présidentielle. 

Mais l'heure est grave, et à Buenos Aires le quotidien Clarin ne nous en cache rien : depuis la mi-août le peso argentin a perdu 20% de sa valeur par rapport au dollar ; c'est même -70% si l'on compare au cours de début 2018. Pour donner donc des gages au FMI, Macri le président de droite a du aller plus loin, hier : il a avalé son chapeau libéral et a annoncé des mesures qui limitent le recours au dollar en Argentine. 

Les explications sont à lire dans les colonnes de Cronica : c'est tout ce que Mauricio Macri avait juré de ne pas faire quand il a été élu, instaurer des plafonds de change du peso vers le dollar pour les entreprises, les obliger à ne pas garder leurs avoirs en monnaie américaine mais à les convertir en peso.

Il y a tout de même une mesure que le chef de l'Etat argentin s'est bien gardé de prendre : c'est, précise Clarin, celle qui aurait consisté à instaurer un plafond sur les retraits en espèce et en dollar des citoyens argentins. Cette mesure-là, c'est la ligne rouge à ne franchoir qu'en dernier recours, avec un effet psychologique potentiellement dévastateur, incitant tout un chacun à se ruer dans les guichets de banque pour acheter des dollars tant qu'il est encore temps, et précipitant plus encore la dévaluation de la monnaie nationale. 

C'est ce qu'on appelle en Argentine le "corralito", quand se forment des files d'attentes interminables devant les distributeurs de billets, et c'est un phénomène particulièrement fort dans ce pays où le souvenir de la grande crise du début des années 2000 est encore très à vif. Ce pays, décrit par Ernesto Tennenbaum dans El Pais, comme celui où "l'humeur nationale se joue tous les matins de la semaine à 10 heures précises, quand les bureaux de change ouvrent et qu'ils affichent le taux de conversion du dollar pour la journée".  

La passion destructrice des Argentins pour le billet vert, analyse la revue de gauche américaine Jacobin, est ancrée dans des décennies de dépendance à l'économie états-unienne et à ses fonds de pensions vautours. Mauricio Macri comme ses prédécesseurs n'a rien pu y changer. La présidentielle de fin octobre devrait voir le retour au pouvoir des péronistes derrière Kristina Fernandez-Kirchner : cette ex-présidente a choisi de ne pas être la candidate officielle de son camp mais de laisser un autre, Alberto Fernandez, mener la campagne en son nom... comme un aveu de son piètre bilan politique et économique dans l'esprit des électeurs argentins.

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