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A Milan, des journalistes attendent dans la salle de presse du parti d'extrême droite La Ligue du Nord, après la fermeture des bureaux de vote lors des élections législatives italiennes.

Le message serait-il brouillé ?

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Tandis qu’en Allemagne le vote des sociaux-démocrates ouvre la voie à la formation d'un gouvernement de coalition, en Italie, la troisième économie de la zone euro va sans doute se retrouver sans gouvernement pendant un moment.

A Milan, des journalistes attendent dans la salle de presse du parti d'extrême droite La Ligue du Nord, après la fermeture des bureaux de vote lors des élections législatives italiennes.
A Milan, des journalistes attendent dans la salle de presse du parti d'extrême droite La Ligue du Nord, après la fermeture des bureaux de vote lors des élections législatives italiennes. Crédits : PIERO CRUCIATTI - AFP

Avez-vous déjà entendu les plantes parler ? Si vous vous promenez dans une forêt et que vous inspirez profondément alors, à défaut d'entendre des mots à proprement parler, vous sentirez probablement toute sorte de substances chimiques volatiles complexes, que l'on peut considérer comme un langage odorant, au sens où l'on peut dire que la plante qui libère l'une de ces substances dans l'atmosphère ‘parle’ et que celle qui la reçoit ‘écoute’ et même lui ‘répond’. C'est ainsi, explique THE NEW SCIENTIST, que certaines plantes parviennent, notamment, à se prévenir les unes les autres en cas d’attaque imminente de parasites. Comment ? Quand un plant de tomate, par exemple, est infesté de vers gris, il libère un cocktail de produits chimiques qui est capté par ses voisins. Et dès que ceux-ci entendent cette alerte, ils produisent aussitôt des composés naturels qui déclenchent l’émission d’un poison destiné à repousser les chenilles affamées. De même, quand des pucerons envahissent un plant de soja, celui-ci envoie une alarme intrusion qui fait venir les coccinelles à la rescousse. Le problème, précise toujours le magazine repéré par le Courrier International, c'est que ce langage odorant est aujourd'hui menacé, au point que les plantes ne se comprennent plus. La pollution de l’air perturbe, en effet, les odeurs et transforme, donc, les messages en véritable charabia. Or cette mauvaise communication peut avoir des conséquences particulièrement importantes. Car ce n’est pas seulement notre nez qui souffre quand l’odeur des fleurs est perturbée. Non le brouillage du langage des plantes menace la survie des plantes elles-mêmes et risque, donc, de déstabiliser des écosystèmes entiers. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe bien une mesure simple et immédiate pour aider les plantes à communiquer : en cultiver de nouvelles qui épongent les polluants, en absorbant l’ozone et le dioxyde d’azote de l’atmosphère.

Et si j'ai choisi de vous parler, ce matin, des dangers du brouillage de la communication, c'est parce qu'une fois encore l'actualité semble témoigner de ce que politiques et citoyens, eux non plus, ne se comprennent plus. Ce week-end, deux évènements aux conséquences multiples pour l'Europe étaient particulièrement attendus : les résultats du vote des sociaux-démocrates allemands sur l'accord de grande coalition et l'issue des élections parlementaires en Italie. S'agissant de l'Allemagne, tout d'abord, les membres du SPD ont décidé à plus de 66% d'approuver la GroKo. Quand le site de la DEUTSCHE WELLE se réjouit : après des semaines d'incertitude, l’Allemagne va enfin pouvoir former un nouveau gouvernement, la FRANKFÜRTER ALLGEMEINE ZEITUNG se félicite à son tour ce matin : la période d'incertitude est terminée. Mais d'autres, à l'instar de la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, notent que l'issue de ce vote ne fait en réalité que reconduire un scénario devenu habituel depuis l’avènement au pouvoir d'Angela Merkel il y a 13 ans. De sorte que c'est, au final, un mandat bien plus délicat que les autres qui s’ouvre à présent. Ce que le journal de centre gauche résume d'une phrase : un nouveau départ sur des bases bancales. Et les causes en sont nombreuses, précise pour sa part la correspondante du TEMPS. Il y a tout d’abord la base très étroite de la future majorité. Chrétiens et sociaux-démocrates ne disposent que de 53% des députés du Bundestag, avec face à eux une opposition dominée, notamment, par un groupe de 92 députés du parti d’extrême droite AfD. Il y a ensuite la fronde au sein de la CDU. Une partie de la base reproche à Angela Merkel d’avoir fait trop de concessions au SPD pour se maintenir au pouvoir. Enfin, si les sociaux-démocrates ont finalement accepté de participer à un futur gouvernement c’est, en réalité, à contrecœur parce qu'ils craignaient une nouvelle défaite cuisante en cas de nouvelles élections. Et, d'ailleurs, signe de leur défiance réciproque, les deux partenaires ont d'ores et déjà prévu de faire un bilan à mi-parcours. De sorte que cet accord de coalition censé marqué la fin de la crise prévoit, en réalité, une clause de sortie, au bout de deux ans.

Et les premiers scénarios qui se dessinent, cette fois-ci, en Italie ne sont guère plus réjouissants. Quand LA STAMPA titre, ce matin : l'Italie ingouvernable, son confrère LA REPUBBLICA se montre lui, a priori, plus optimiste : arithmétiquement un gouvernement est possible avec la constitution d’un gouvernement d'unité nationale, dit-il, avant toutefois de prévenir : mais le chemin s'annonce escarpé. Hier, au vu des premiers résultats fournies par la RAI, les Italiens ont plébiscité à la fois les partis anti-système et d'extrême droite, mais n'ont donné de majorité à aucun d'entre eux, mettant ainsi le pays en situation de blocage politique. Quoi qu'il en soit et pour la première fois en Europe, les forces antisystème l'ont donc emporté, déplore à nouveau l'éditorialiste de LA STAMPA. Le Mouvement 5 Etoiles devient le premier parti du pays avec un score frôlant les 32%. La coalition de droite et d'extrême droite, elle, est arrivée en tête du scrutin. Mais avec un score cumulé estimé autour de 36%, elle ne devrait pas être en mesure de décrocher une majorité absolue. Quant au Parti démocrate, il a confirmé dans les urnes le mauvais résultat anticipé par les sondages avec un score inférieur à 20%, beaucoup reprochant au parti de gauche d’avoir soutenu jusqu’au bout l’œuvre d’un Matteo Renzi lequel, rappelle le site THE CONVERSATION a fait passer des lois que la droite, elle-même, n’avait pas réussi à imposer. Tous ces résultats, commente à son tour ce matin THE NEW YORK TIMES, se traduisent au final par un sentiment désormais familier en Italie, celui de la confusion. Désormais, il faudra probablement des semaines de marchandage, dit-il, pour déterminer qui dirigera le prochain gouvernement et qui y participera. Ou quand la formation du prochain gouvernement se résume, pour l'instant, à un rébus sans solution, titre pour sa part IL CORRIERE DELLA SERA. Le journal pour qui c'est d'ores et déjà le monde à l'envers : quand les partis dits de gouvernement s'apprêtent à rejoindre l’opposition, les forces considérées comme anti-système se retrouvent, elles, aux portes du pouvoir. Seule certitude, dans cette énième tragi-comédie à l’italienne, les principaux rôles sont à présent tenus par leaders qui se posent comme chefs charismatiques d’une forme de populisme. Et le quotidien IL MESSAGERO d'en conclure : nous vivons aujourd'hui une époque d’égarement où l’implosion de la politique, à tous les niveaux, a créé un tel vide que le populisme est devenu le baromètre de toutes les formes de mécontentement. Or plutôt que de le dénoncer ou de le diaboliser, sans doute conviendrait-il davantage de neutraliser ce courant en proposant, enfin, de nouvelles solutions au mal-être à la fois social et existentiel qui l’alimente. Ou comment éponger les polluants dans l'atmosphère politique de ce nouveau millénaire.

Par Thomas CLUZEL

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