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Rassemblement à Tunis, pour célébrer la victoire du parti Ennahda lors des premières élections municipales libres de Tunisie

Beaucoup de bruits pour rien

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Les premières municipales libres de Tunisie ont été marquées par une forte abstention, les Tunisiens se disant démobilisés par les difficultés économiques et politiques.

Rassemblement à Tunis, pour célébrer la victoire du parti Ennahda lors des premières élections municipales libres de Tunisie
Rassemblement à Tunis, pour célébrer la victoire du parti Ennahda lors des premières élections municipales libres de Tunisie Crédits : ENES CANLI / ANADOLU AGENCY

Ce devait être un moment historique : les premières élections municipales libres de Tunisie ! L'occasion d'enraciner la démocratie dans l'unique pays rescapé du Printemps arabe. Hier le scrutin a bien eu lieu, il s'est même déroulé sans incident majeur. Sauf que le taux de participation, lui, n'a pas atteint les 34% au niveau national. Dans la capitale Tunis, là, l'abstention bat même tous les records : 74% des inscrits n'ont pas jugés utile de se déplacer pour aller voter. De sorte, écrit l'éditorialiste de KAPITALIS, que ce qui devait être l'année zéro de la Tunisie nouvelle s'est surtout transformé, hier, en zéro pointé pour ce qui n'était, au fond, qu'une énième caricature de démocratie. 

Et le journal de préciser encore que la forte abstention des électeurs n'est certainement pas dû à un manque de civisme, que certains seront sans doute bien prompt à évoquer à tort, mais bien davantage l'expression du refus des électeurs d'accepter l'actuel jeu de sous-démocratie dans lequel on veut les garder. Sept ans après la révolution, beaucoup de Tunisiens se disent, en effet, déçus en raison d'une situation économique difficile, avec en particulier un chômage persistant. Mais plus encore, hier, ils ont donc massivement rejeté les arrangements entre partis, au premier rang desquels l'alliance entre le parti présidentiel Nidaa Tounès et le parti islamiste Ennahdha, arrivée en tête.

Au Liban aussi les électeurs étaient appelés aux urnes, hier, pour un vote historique. Presque une décennie, c’est le temps qu’il aura fallu attendre, rappelle ce matin L'ORIENT LE JOUR, pour qu’une nouvelle carte électorale se dessine, enfin, dans le pays du Cèdre. Là-bas aussi, comme le prévoyait la nouvelle loi électorale, un système de représentation proportionnelle avait été mis en place. De sorte que près de 800 000 nouveaux électeurs étaient, cette année, éligibles au vote. Et pourtant, la participation n'a même pas atteint les 50%. Quant à l'issue du scrutin, elle ne réserve aucune surprise. Même s'il convient de rester prudent en attendant les résultats définitifs, écrit toujours le journal de Beyrouth, deux partis semblent d'ores et déjà ressortir : d'un côté, le puissant Hezbollah dont le bastion chiite reste presque intégralement intact et de l'autre le parti chrétien des Forces libanaises. 

Et c’est sans doute par cette impression nauséabonde de verrouillage total du système, mêlé à une loi électorale hybride qui a complètement désubstantialisé le discours politique de ces élections, qu’il convient aujourd'hui d'expliquer le faible taux de participation. Face aux promesses retentissantes, les électeurs sont restés dubitatifs, voire franchement méfiants, écrit encore l'éditorialiste, quant à la possibilité d’effectuer la moindre brèche dans la muraille actuelle de l’establishment politique. Et le quotidien d'en conclure ce matin : c’est probablement là le signe le plus grave et le plus endémique de l’absence de pratiques et de débats démocratiques dans notre pays. 

Et l'absence de débats démocratiques, c'est encore ce qui ressort de la campagne en vue des élections anticipées en Turquie, cette fois-ci.Tandis que le président Erdogan multiplie les discours retransmis en direct et dans leur intégralité à la télévision, l'opposition, elle, dénonce des conditions de campagne inéquitables. Hier, le candidat du principal parti d'opposition a dénoncé le fait que son premier meeting, la veille, n'a été retransmis par aucune des principales chaînes de télé nationales. Ce qui ne l'empêche pas de garder espoir. 

L'opposition n'a pas renoncé à la course, note le quotidien HURRIYET DAILY NEWS. Samedi, quatre partis ont, en effet, officiellement annoncé la formation d'une alliance électorale, pour tenter de faire barrage au chef de l'Etat. Sauf que cette alliance montre d'ores et déjà ses limites, regrette aussitôt le quotidien. D'une part, parce que le parti pro-kurde HDP n'y figure pas et d'autre part, parce que cette coalition ne concernera que les législatives, trois des quatre formations ayant décidé de présenter leur propre candidat pour le scrutin présidentiel.

Eux avaient intitulé leur journée d’action : «Il n’est pas notre tsar». Eux, ce sont les partisans de l’opposant russe Alexeï Navalny, lesquels ont défié ce weekend l’interdiction qui leur était faite de manifester. Ils étaient des dizaines de milliers a occupé samedi les places centrales d'une soixantaine de villes, pour exprimer leur colère avant l'investiture, ce lundi, de Vladimir Poutine pour un 4ème mandat. Sans surprise, remarque le correspondant du TEMPS à Moscou, la police a répondu par le plus vaste coup de filet de l’ère Poutine, en arrêtant pas moins de 1600 manifestants dans l’ensemble du pays, dont Alexeï Navalny, lequel devra comparaître le 11 mai prochain devant la justice pour «refus d’obtempérer aux injonctions de la police». 

En apparence, Vladimir Poutine devrait pourtant se sentir en sécurité, for des 76% de suffrages récoltés le 18 mars dernier, dès le premier tour de l'élection présidentielle. Seulement voilà, la paix sociale reste fragile. Les Russes ont vu leur pouvoir d’achat diminuer constamment depuis quatre ans. Vingt-deux millions d'entre eux vivent, désormais, sous le seuil de pauvreté. A l'inverse, la Russie, l’un des pays les plus inégalitaires au monde, compte aujourd'hui 29 milliardaires de plus qu’en 2014. Dans le même temps, l’économie est entrée dans une phase de stagnation, faute de réformes mais aussi à cause des sanctions internationales, de plus en plus douloureuses notamment pour l’élite, accentuant ainsi le risque d’une scission en son sein. Enfin, à force de concentrer tous les pouvoirs, Vladimir Poutine finit par endosser toutes les responsabilités. Et c'est, d'ailleurs, la raison pour laquelle, se sachant marcher sur des œufs, il a opté ce lundi pour une cérémonie d’investiture sans excès qui tâchera, tant bien que mal, de faire oublier sa véritable nature : le couronnement du tsar. 

Enfin direction l'Italie, à présent : deux mois après les élections législatives, le pays attend toujours la formation d’un nouveau gouvernement. Et c'est ainsi que le président de la République a convoqué, ce lundi, un troisième tour de consultations.Le jour de vérité, titre ce matin LA REPUBBLICA. Un gouvernement de trêve, voilà semble-t-il l’alternative esquissée par le président. Sauf que les conditions posées d'un côté par le Mouvement 5 étoiles et de l'autre par La Ligue d'extrême droite rendent cette solution extrêmement fragile. 

Voilà pourquoi, anticipe d'ores et déjà LA STAMPA, les consultations d'aujourd'hui démontreront, une fois de plus, que les partis se sont noyés dans un verre d’eau. D'où la conclusion non moins ironique, ce matin, de l'éditorialiste du CORRIERE DELLA SERA. Au fond, c'est une mauvaise chose, dit-il, que vous alliez aux urnes. Car si un Premier ministre s'avère évidemment indispensable pour le bon fonctionnement de notre pays, ça n'est pas possible pour tout de suite.

Par Thomas CLUZEL

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