LE DIRECT
Jaïr Bolsonaro largement en tête au premier tour de la présidentielle brésilienne

Présidentielle brésilienne : Jair Bolsonaro rate de peu la victoire dès le premier tour

5 min
À retrouver dans l'émission

Le candidat d'extrême droite, raciste, sexiste et homophobe Jair Bolsonaro a remporté 46% des votes au premier tour de l'élection présidentielle brésilienne. Il affrontera Fernando Haddad du Parti des Travailleurs (gauche, 29% des votes dimanche) au second tour le 28 octobre.

Jaïr Bolsonaro largement en tête au premier tour de la présidentielle brésilienne
Jaïr Bolsonaro largement en tête au premier tour de la présidentielle brésilienne Crédits : Fernando Souza - AFP

Le candidat d'extrême droite Jair Bolsonaro était le favori du premier tour de la présidentielle au Brésil, mais l'ampleur de sa victoire surprend encore les médias brésiliens.

47% des voix récoltées au premier tour contre 29% à Fernando Haddad du Parti des Travailleurs qu'il affrontera au second tour le 28 octobre : cette victoire de Bolsonaro pour la Folha de Sao Paulo c'est "une vague conservatrice, un raz-de-marée électoral" que même les sondages, qui le donnaient pourtant grand favori, n'avaient pas anticipé. 

Résultats du premier tour de la présidentielle brésilienne
Résultats du premier tour de la présidentielle brésilienne Crédits : AFP

Toujours plus fier, provocateur et  critique du système démocratique, l'homme fort de l'extrême droite brésilienne, a déclaré hier soir que s'il n'y avait pas eu "des erreurs dans le vote électronique", il n'aurait emporté dès le premier tour. Mais attention, "la bataille du second tour est loin d'être jouée d'avance", prédit Miriam Leitao, dans les pages Analyses d'O Globo.  "Celui qui gagnera, c'est celui qui arrivera à mener le virage vers le centre le plus convaincant". 

En la matière, ajoute Bruno Boghossian pour La Folha de Sao Paulo, c'est bien Fernando Haddad qui "va avoir le plus de concessions à faire". Le candidat du Parti des Travailleurs a d'ailleurs, dès l'annonce des résultats, appellé à une "Union de tous les démocrates" derrière lui.  

"Le second tour, c'est une tout autre élection qui commence", selon Merval Peireira, toujours pour O Globo, mais les compteurs se sont pas remis pour autant à zéro, tempère son confrère Ascanio Sélémé : le PT sort du scrutin d'hier "essoré",  il n'a "aucune chance de gagner dans deux semaines s'il garde le même discours". En fait, hier "les électeurs brésiliens lui ont présenté la facture" des scandales de corruption accumulés par le grand parti de gauche. "Le PT peut donc espérer l'emporter, mais il va devoir faire le mea cupla des années Lula et Dilma".

Au-delà des frontières du Brésil, cette élection présidentielle est scrutée de très près par la presse internationale.

On ne s'étonnera pas vraiment que le Washington Post voie en Bolsonaro, avant tout, un inquiétant "avatar de Donald Trump".  Sa campagne "a clairement rappelé celle des présidentielles américaines en 2016, avec un candidat populiste, anti-avortement, pro-torture, qui a polarisé les débats par son style autant que par ses innombrables déclarations racistes, sexistes et homophobes". Sa victoire (ce n'est encore qu'un premier tour rappelons-le), cette "performance" en tous cas de Bolsonaro, prévient le Washington Post, c'est "un coup d'accelérateur impressionnant... pour le mouvement mondial et encore bourgeonnant, qui voit des dirigeants nationalistes de droite s'emparer des postes politiques les plus importants, aux Etats-Unis, en Europe, et aux Philippines".  

Dans les colonnes du Guardian, à Londres, c'est le spectre d'un retour de la dictature, louée par Bolsonaro, qui inquiète. "Les deux prochaines semaines vont être folles, le pays va se diviser plus profondément encore", prédit une analyste interrogée par le Guardian. "Les deux camps vont s'envoyer des monceaux de boue à la figure", et ce ne sont pas les cadavres qui manquent dans les placards de chacun.  

Mais doit-on vraiment tout miser sur le rejet du personnage Bolsonaro ? Le journal argentin Perfil en doute : il refuse de croire que "46% des brésiliens adhèrent nécessairement à l'extrémisme de droite portée par le favori à la présidentielle", mais il constate que tous ses débordements, la "partie bestiale" de l'homme et de son discours, sont comme "dilués en une série de relativisations et de justifications plus ou moins conscientes : les électeurs se sont laissés convaincre que les accusations de machisme et d'homophobie contre Jair Bolsonaro étaient sans doute 'exagérées', qu'il y avait eu une campagne systématique des grands médias contre lui". Le risque, c'est que ce sentiment-là ne gagne encore du terrain ces deux prochaines semaines.

Loin du Brésil, l'actualité internationale nous emmène également en Chine, où l'on a retrouvé la trace du président d'Interpol, porté disparu à Lyon depuis fin septembre. 

Il s'appelle Meng Hongweï, il était à la tête de l'assemblée générale de cette agence qui fédère les polices du globe, et il a été arrêté, et placé en détention dès son arrivée dans son pays, la Chine. Les autorités de Pékin, citées par le South China Morning Post, ont donc mis fin hier à l'inquiétant mystère qui entourait le sort de cet homme, très haut-placé dans l'appareil sécuritaire chinois sont il occupait aussi les fonctions de vice-ministre. 

Meng Hongweï est donc bien entre les mains de la justice chinoise qui mène contre lui une enquête criminelle. Le mystère est levé, mais, nous dit le Post depuis Hong-Kong, cela confirme les inquiétudes de la femme de Meng, pour qui la vie de son époux est en danger. Elle raconte que le dernier signe de vie qu'elle a reçu de lui, c'était un SMS avec une seule image, un émoticône couteau. 

Le New York Times aussi s’intéresse à cette affaire : il prend acte d'une autre clarification, la démission de Meng Hongweï, reçue par Interpol Uune démission sous la contrainte, en tous cas "sous la supervision", nous dit le Times, des agents de la Commission centrale d'inspection pour la discipline, créée l'an dernier et qui sert au Parti communiste chinois de "chien de garde, chargé de traquer la corruption, mais aussi la déloyauté politique dans les hautes sphères du régime".  

Mais si ce qui arrive aujourd'hui à Meng étonne le correspondant à Pékin du journal américain, c'est que la purge touche cette fois un pion majeur, dans la politique de Xi Jinping pour affirmer la place et l'influence de la Chine au sein des grandes institutions mondiales. Sa démission et sa détention fragilisent le président chinois sur ce point : on voit mal comment une autre organisation internationale accepterait de placer un chinois à sa tête, quand on sait désormais qu'il peut disparaître à tout moment, pour réapparaître quelques jours plus tard dans une geôle de son pays.

Chroniques

7H40
42 min

L'Invité(e) des Matins

Crises : économique, géopolitique, écologique - le pire est-il devant nous ?
L'équipe
Production
À venir dans ... secondes ...par......