LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Capture d'écran du début d'un article du New York Times d'hier

Face à l’horreur

5 min
À retrouver dans l'émission

Une attaque chimique présumée ayant fait des dizaines de morts dans une zone rebelle près de Damas soulève un tollé international : le président américain Donald Trump a averti Bachar al-Assad et ses alliés qu'il faudrait "payer le prix fort" pour ce bombardement.

Capture d'écran du début d'un article du New York Times d'hier
Capture d'écran du début d'un article du New York Times d'hier

Lâché d’un avion, le cylindre a perforé le toit avant de pénétrer dans le bâtiment. Généralement, du moins pour ceux qui ont la chance d'y réchapper, tous décrivent  le même son : celui d'un immense réservoir d'eau qui éclaterait. Et puis vient l'odeur, les yeux qui brûlent et enfin la mousse qui recouvre le nez. Ce weekend, écrit THE NEW YORK TIMES, ils sont des dizaines d'hommes, de femmes et d'enfants, à avoir vécu cette scène. Et 40 à 80 d'entre eux ne pourront plus la raconter. 

La chlorine est un gaz effrayant et parfois mortel mais qui, à l'air libre, se révèle assez peu efficace. En revanche, précise LE TEMPS, à l'intérieur d'un bâtiment où se seraient entassés des dizaines de personnes, toutes portes et fenêtres fermées (pour tenter de se protéger justement des bombardements) il en va autrement. Ce matin, les images en Une des journaux se passent de commentaires. Le plus souvent, à l'instar de toute la presse britannique, on y voit des enfants respirant à grand-peine derrière des masques à oxygène. Sur les réseaux sociaux, précise lui le site de NPR,  là ce sont des corps alignés et sans vie. Et puis il y a ces vidéos : dans la rue, toujours et encore des victimes, placées à même le sol, presque en tas et aspergées à grands jets d’eau pour éviter la contamination.

Bien entendu, cette nouvelle attaque chimique en Syrie a suscité tout le weekend une vive réprobation de la communauté internationale, mais aussi les sarcasmes du régime syrien de Bachar el-Assad, qui à travers son agence de presse officielle, SANA, évoque une «rengaine ennuyeuse». Quant à la Russie et l'Iran, alliés du boucher de Damas, ils ont comme à leur habitude remis en question la véracité de cette attaque, alléguant un «complot» et un montage créé de toutes pièces. Et pourtant, bon nombre d’attaques chimiques de ce type (à la chlorine ou au gaz sarin) ont déjà été confirmées dans les zones rebelles ces derniers mois et même ces dernières années. THE NEW YORK TIMES égrène, lui, ce matin la liste macabre, justement, de ces attaques : août 2013, avril 2014, mai 2015, août 2015, septembre 2016, avril 2017 et désormais avril 2018.

A ce titre, d’ailleurs, il y a un an presque jour pour jour, après ce qui avait été décrit comme la pire attaque chimique depuis des années, le président Donald Trump avait ordonné une frappe militaire, en faisant tirer pas moins de 59 missiles Tomahawk sur l'aérodrome d'Al Shayrat. Or tôt ce matin, rapporte la télévision d'Etat syrienne, plusieurs missiles ont frappé une base aérienne dans le gouvernorat de Homs, faisant plusieurs morts et blessés. Bien entendu, quelques heures à peine après que le président américain a promis de faire payer «le prix fort» à «l’animal Assad», tous les regards se tournent donc, à présent, vers les Etats-Unis. Sauf que ce matin, Washington a formellement démenti que l'armée américaine soit impliquée dans cette attaque. 

Quoi qu'il en soit, ce nouveau massacre en Syrie illustre, une fois de plus, l'incohérence de la communauté internationale.A l'évidence, peut-on lire sur le site de la chaîne CNN, les condamnations verbales aujourd'hui ne suffisent pas, pas plus que les sanctions lancées contre Moscou pour son soutien à Damas. Reste que la réponse logique à cette faillite, qui voudrait que là où la diplomatie a échoué, la punition pourrait réussir, s'est également rapidement effondrée, note THE ATLANTIC. Depuis que Donald Trump a lancé ses missiles de croisière contre la Syrie, il y a un an, sa politique a connu, en effet, de nombreuses voltefaces : en janvier dernier, le secrétaire d'État de l'époque (Rex Tillerson) avait promis que les forces américaines resteraient en Syrie ; la semaine dernière, Donald Trump annonçait qu'il allait, au contraire, ramener les troupes à la maison ; avant de changer à nouveau d'avis, 24 heures plus tard. Ce faisant, analyse THE GUARDIAN, il n'est guère surprenant que le régime de Bachar el-Assad y ait vu une opportunité : l'occasion de mettre à l'épreuve le niveau de la réponse que Washington est capable aujourd'hui de lui apporter. Or aussi hideux que soit les crimes de Bachar el-Assad, il y a fort à parier qu'il n'y aura pas de réponse américaine significative. D'où le titre, ce matin, de cet article du quotidien de Londres : le crime d'Assad et la responsabilité du monde entier. 

Depuis l'utilisation du gaz sarin en 2013, des dizaines d'attaques chimiques ont été perpétrées par le régime syrien. Or si ces attaques délibérées contre des civils témoignent du mépris de Damas pour son peuple, elles ont aussi été rendues possibles par l'absence de sanctions à la fois  juridiques, diplomatiques et militaires efficaces. Le fait est, écrit le site de CNN, que Bachar el-Assad ne se sent aujourd'hui empêché par rien. En 2013, rappelle THE ATLANTIC, à la suite d'une attaque au gaz sarin, l'administration Obama avait conclu un accord. A l’époque,  Damas avait été sommé de détruire ses stocks d'armes chimiques. Mais c'était sans compter deux échappatoires aussi importantes que mortelles. La première est que Bachar el-Assad n'avait pas détruit tous ses stocks, ce que John Kerry (le secrétaire d'Etat de l'époque) avait lui-même reconnu au moment de quitter ses fonctions. Et la deuxième est que certains gaz ne faisaient pas partie de cet accord. En l'occurrence, la chlorine n’était pas incluse dans la liste des agents chimiques dont Damas était censé se débarrasser, sous la supervision de la Russie. Samedi, entre 40 et 80 personnes l'ont appris à leurs dépens. D'où la conclusion aussi sinistre que désespérée du GUARDIAN : sans une solution diplomatique improbable, il est peu probable que les morts tragiques de ce weekend soient les derniers.

Par Thomas CLUZEL

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......