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Photo des dirigeants réunis à la table des négociations lors du sommet du G7, au Québec

L'instant décisif

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Après son arrivée à Singapour, en prévision du sommet prévu avec son homologue nord-coréen Kim Jong-un, Donald Trump est revenu sur sa décision de retirer la signature des Etats-Unis au bas du communiqué final du G7. Il a réitéré ses critiques contre le Canada, tout en menaçant les Européens.

Photo des dirigeants réunis à la table des négociations lors du sommet du G7, au Québec
Photo des dirigeants réunis à la table des négociations lors du sommet du G7, au Québec Crédits : JESCO DENZEL / BUNDESREGIERUNG / AFP - AFP

La photo à la Une du RHEINISCHE POST, ce matin, est un exemple du genre. Publiée initialement sur le compte Instagram de la chancellerie allemande, elle a fait le tour du monde ce weekend. Sa composition à la manière d'un tableau, la lumière esthétisante, sa richesse en termes de référence (une sorte de Cène inversée), sans oublier sa force narrative (cette capacité évidente à tout raconter de manière instantanée) ont certainement contribué à sa viralité sur les réseaux sociaux. Au centre, on y voit une Angela Merkel déterminée, debout,  les mains posées sur une table, appuyée en avant, penchée au-dessus d'un Donald Trump assis, les bras croisés, la moue interrogative, l’air sceptique presque narquois. Il regarde de façon circonspecte ses homologues, Emmanuel Macron, Theresa May. Au second plan, Shinzo Abe semble, lui, dépité sinon navré. A ses côtés, un officiel se mord les lèvres comme s'il attendait de voir la tournure qu'allait prendre ce face à face. A elle seule, cette photo vaut, ce matin, tous les commentaires, toutes les manchettes à la Une de la presse pour raconter le fiasco du G7.

Alors que la réunion de La Malbaie était encore annoncée samedi soir comme un succès, une volte-face, comme seul le président américain en est capable, a ruiné deux journées de pourparlers entre les principaux chefs d’Etat occidentaux. Alors à qui la faute ?, interroge le correspondant du TEMPS. Faut-il y voir une conséquence des sautes d’humeur imprévisibles de Donald Trump, habitué des réactions épidermiques ? Ou bien, ainsi que l'a justifié la Maison-Blanche, la faute en revient-elle au premier ministre canadien, Justin Trudeau, que les Etats-Unis accusent d'avoir poignardé Trump dans le dos, ainsi que l'écrivent en Une, ce matin, THE TIMES et LA VANGUARDIA. Après avoir pourtant salué le consensus trouvé à l'issue du sommet, le Premier ministre canadien n'a rien trouvé de mieux, en effet, une fois Donald Trump reparti, que de déclarer que les nouveaux droits de douane imposés par les Etats-Unis au Canada sur l'acier et l'aluminium étaient «insultants». Aussitôt piqué au vif, le président américain a tweeté, depuis Air Force One, qu’il ordonnait à ses représentants de retirer le sceau des Etats-Unis du communiqué final, non sans oublier, au passage, de traiter  Justin Trudeau de personne «malhonnête et faible». Et puis surtout, le chef de la Maison-Blanche a renouvelé sa menace de taxes sur les voitures européennes et étrangères importées aux Etats-Unis. Ou quand Trump court-circuite le G7 et laisse l'Occident en désordre, titre ce matin THE FINANCIAL TIMES. Ce sommet restera dans les annales comme une débâcle historique, résume pour sa part DER SPIEGEL. Loin de rapprocher leurs positions, le sommet du G7 aura creusé, un peu plus encore, l'écart entre les États-Unis et leurs alliés, se désole à son tour EL PAIS.  

Interrogée hier soir sur la chaîne de télévision publique ARD, la chancelière Angela Merkel, ironisant sur sa traditionnelle retenue verbale, a déclaré : «C’est déprimant, et c’est déjà beaucoup pour moi» que de dire cela. Quant à la France, elle a dénoncé  l'«incohérence» de la délégation américaine. A l'inverse, THE DAILY TELEGRAPH juge, ce matin, que la réaction de Donald Trump était avant tout stratégique, une démonstration de force, en somme, alors même qu'il se prépare à rencontrer demain son homologue nord-coréen Kim Jong-un.  

Une rencontre qui fait, d’ailleurs, d'ores et déjà, les gros titres de la presse. Quand le journal de Vienne DIE PRESSE évoque une rencontre historique, son confrère de Sydney THE DAILY TELEGRAPH préfère, lui, parler du show de Kim et Don. Quant au journal britannique METRO, il ne rate pas l'occasion de souligner, ce matin, combien il paraît surréaliste que Donald Trump puisse, dans le même temps, se disputer avec ses principaux  alliés et aller trouver du réconfort auprès d’un despote. Mais surtout, au-delà de la photo (inimaginable il y a quelques mois encore lorsqu’ils étaient engagés dans une inquiétante surenchère verbale), un énorme point d’interrogation pèse, là encore, sur l’issue de ce tête-à-tête. Et à ce titre, le tweet rageur du président américain (torpillant à la stupeur générale l’accord final du G7) renforce, bien entendu, les interrogations sur sa stratégie diplomatique et sa capacité à mener des négociations internationales de haut-vol, a fortiori avec un ennemi de longue date.

Et puis un autre casse-tête diplomatique attend Donald Trump. Si tous les regards seront tournés vers Singapour, demain, pour la rencontre historique entre Donald Trump et Kim Jong-un, un autre événement diplomatique de premier plan se tiendra à Taïwan le même jour, précise LE TEMPS : l’inauguration de l’Institut américain à Taipei, l’ambassade officieuse des Etats-Unis dans la capitale taïwanaise. Le nouveau bâtiment, qui aura nécessité près de neuf ans de travaux pour un budget de 250 millions de dollars, sera inauguré pour l’occasion par la présidente de Taïwan. Mais le véritable enjeu de cette inauguration réside dans la composition même de la délégation américaine. Quel membre de son administration Donald Trump choisira-t-il pour le représenter ? Ou dit autrement, décidera-t-il de ménager ou non la susceptibilité chinoise ? Pour l'heure, si les spéculations vont bon train, le nom de John Bolton (conseiller à la sécurité nationale et fervent défenseur de l’île) circule avec insistance. De son côté, Pékin a d’ores et déjà prévenu les Etats-Unis que toute présence officielle à Taipei, demain, sera prise comme un affront et que Washington devra en assumer les conséquences. 

Quoi qu'il en soit, à la lumière de tous ces événements, la prochaine Une du TIME révélé par le Courrier International semble plus que jamais d'actualité. Sous ce titre : «Le Roi, c'est moi», l'hebdomadaire américain se demande jusqu’où ira la présidence omnipotente de Donald Trump, tout en dépeignant un chef de l'Etat absorbé par son propre reflet, à la tête couronnée et aux atours monarchiques.

Par Thomas CLUZEL

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