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Commémorations du centenaire de l'Armistice de la Grande Guerre à Paris

Forum pour la Paix : Le "patriote" Macron isole le "nationaliste" Trump

5 min
À retrouver dans l'émission

En s'érigeant en incarnation du patriotisme pacifiste face au nationalisme belliqueux de Trump et de ses alliés, Emmanuel Macron a poussé le président américain à une discrétion inhabituelle. En Ukraine les régions séparatistes de l'Est votaient hier, une "mascarade" pour Paris Berlin et Kiev.

Commémorations du centenaire de l'Armistice de la Grande Guerre à Paris
Commémorations du centenaire de l'Armistice de la Grande Guerre à Paris Crédits : Francois Mori - AFP

Bons "patriotes" contre mauvais "nationalistes" : la rhétorique brandie par Emmanuel Macron pendant les commémorations du 11 novembre se décline ce matin dans la presse internationale. 

A commencer par la presse allemande, où le Süddeutsche Zeitung semble plutôt conquis par cette manière qu'a eu le président français d'utiliser "le miroir de la Première Guerre mondiale pour mettre le monde actuel face à ses vicissitudes". En pointant le risque des replis sur soi populistes, du retour par les urnes des nationalismes qui légitiment l'idée de domination, de violence dans les relations internationales, Emmanuel Macron s'est mis très ostensiblement dans le camps du bien, et de la Paix. 

Il l'a fait, le président français, , poursuit El Pais, en désignant clairement, en négatif,  le camp du mal, de la guerre, incarné par les nouveaux nationalistes, l'américain Donald Trump et ses alliés. Quand il dit que le nationalisme, dont se prévaut Trump avec son "America First", est une" trahison, l'exact opposé du patriotisme" que lui veut incarner, Macron certes développe la rhétorique qu'il s'est choisie pour mener la campagne des élections européennes, mais il remet aussi des "valeurs morales" au cœur de la gouvernance mondiale, salue le quotidien madrilène. 

La parole du président français est "limpide", dans ce contexte troublé, nous dit Richard Wherly dans Le Temps : Emmanuel Macron voulait avoir de dernier mot, avec l'Histoire et la Morale de son côté, face à un Donald Trump qui n'avait eu de cesse les jours précédents de l'attaquer sur sa volonté de mettre en place une vrai Défense européenne.  

C'est d'ailleurs ce que retient le Daily Express, à Londres, de la journée d'hier : au moment où les grands de ce monde se réunissaient pour remettre la Paix à l'ordre du jour, les Européens discutaient en coulisse de bien-fondé ou non de former une Armée commune. En la matière, le président français a reçu un soutien un peu à double tranchant : son homologue russe Vladimir Poutine a fait savoir tout le bien qu'il pense de ce projet d'Europe de la Défense, de quoi fâcher encore plus Donald Trump. 

D'ailleurs le président américain, même mis au ban du camp des patriotes, a encore réussi hier à être au cœur de toutes les discussions.  

C'est le Washington Post qui tire cette conclusion : "En France, TRump n'a pour une fois quasiment rien dit, écrit David Nakamura, mais il a tout de même été la cible de toutes les indignations." Sur son absence du Forum pour la Paix, mais aussi, quand il était présent aux commémorations, sur son attitude, fermée, froide, "Trump  a donné à beaucoup d'observateurs l'impression qu'il tournait le dos au reste de la planète, un leader du monde libre étonnament distant et peu enthousiaste" au moment de parler de Paix.  

Au final, ce qu'en retire le  Post, c'est l'image d'une Amérique  plus isolée que jamais... et d'un président qui n'a même plus besoin d'ouvrir la bouche pour s'attirer les foudres internationales. En fait, le quotidien s’inquiéterait presque, tant il a trouvé Donald Trump muet et absent ce week-end en France, avec un discours étonnamment sobre au cimetière américain de Suresnes et quelques messages consensuels sur son compte Twitter. "Le président américain a fait le moins de bruit possible", mais sa simple présence a résonné de manière tonitruante, conclut le Washington Post.

Au chapitre des reproches adressés à Donald Trump hier, la presse ukrainienne n'est pas en reste. 

A Paris, Donald Trump a évité de serrer la main au président ukrainien Petro Poroshenko, remarquent tous les journaux à Kiev ce matin, et ça illustre parfaitement ce que nous disions à l'instant : même quand il ne fait pas quelque chose, le président américain est scruté et critiqué.  Et pourtant la chaîne ukrainienne 24TV tient à préciser que ce sont les "propagandistes du Kremlin" qui ont diffusé, à dessein, la vidéo de cette "non-poignée de main"; il n'empêche, tout le monde se rue tout de même dans la polémique.  

Il faut dire, avec 24TV que Petro Poroshenko était  à Paris hier pour y rencontrer en privé Emmanuel Macron et Angela Merkel, rencontre trilatérale consacrée à la guerre dans le Donbass qui se poursuit et a connu hier une journée très particulière. 

A partir de ce moment de la revue de presse les guillemets ont leur importance, tant ils sont utilisés par le site d'info ukrainien Ukrainska Pravda pour prendre ses distances avec des scrutins et des institutions illégales selon le droit international, et dénoncés comme une "mascarade hier par Merkel et Macron. Hier donc dans les deux régions de l'Est de l'Ukraine tenues par les séparatistes pro-russes, on "votait", des "élections législatives" qui ont donné la victoire d'après les premiers "résultats officiels", à ceux qui dirigeaient déjà les deux "Républiques populaires" de Donestk et Lougansk.  

Le journal Vesti à Kiev en remet une couche en reconnaissant que les résultats de cs élections d'hier étaient "connus à l'avance", tant Moscou, sans qui ces pouvoirs séparatistes ne pourraient exister, "utilise ces soi-disant élections pour remplacer à sa guise ses précédentes marionnettes par de nouvelles marionnettes". 

En fait nous dit Moskovsky Komsomolets, depuis Moscou, les habitants des deux régions séparatistes sont allés voter... "en espérant que leurs leaders accélèreront leur rattachement à la Russie". S'ils sont allés voter, précise tout de même le site alternatif ukrainien GordonUA, c'est surtout, sous la contrainte, sinon physique et politique, au moins économique : les retraités de Donestk et Lougansk vivent dans la misère et la faim, et à côté des bureaux de vote, hier, on avait pris soin d'installer des stands de vente de légumes frais à prix cassés. C'est suffisamment rare comme denrée là-bas pour que la foule se déplace en de longues files d'attente, passant d'abord par l'urne et ensuite par l'étal du primeur. Le reporter de GordonUA annonce donc "la victoire des pommes de terre en république Populaire de Donestk, et du choux dans celle de Lougansk".

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