LE DIRECT
Un centre de Recherches et d'Etudes Scientifiques dans le nord de Damas, ciblé par des frappes aériennes occidentales.

Après les bombes, vient le temps des questions

5 min
À retrouver dans l'émission

Les frappes effectuées en Syrie par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni sont loin de faire l'unanimité, en particulier au sein de l'UE, où le mot d’ordre est surtout à la mise en garde contre toute escalade militaire.

Un centre de Recherches et d'Etudes Scientifiques dans le nord de Damas, ciblé par des frappes aériennes occidentales.
Un centre de Recherches et d'Etudes Scientifiques dans le nord de Damas, ciblé par des frappes aériennes occidentales. Crédits : HANDOUT / CNES 2017, DISTRIBUTION AIRBUS DS / AFP - AFP

Les frappes lancées ce weekend en Syrie soulèvent, encore ce matin, de très nombreuses questions, lesquelles, d'ailleurs restent le plus souvent sans réponses. S’agissait-il d’une première vague de frappes, comme l’a dit le secrétaire américain à la Défense, ou est-ce déjà la fin ? Ou dit autrement, en lançant cette attaque, les États-Unis, la France et le Royaume-Uni avaient-ils une stratégie ou bien, comme le suggère le site d'information libanais DARAJ, y avait-il simplement une ligne rouge à ne pas franchir (le recours aux armes chimiques) mais rien d’autre ? A ce titre, la chaîne américaine CNN juge que la mission de ce weekend n'aura, quoi qu'il en soit, apportée qu'une demi-réponse. Si les alliés entendaient réaffirmer un impératif moral, celui de protéger des populations civiles contre l’usage d’armes létales illégales, rien ne dit que ces frappes dissuaderont quiconque, à l'avenir, d’utiliser des armes chimiques, que ce soit en Syrie ou ailleurs. Pour preuve, rappelle de son côté le magazine SLATE, l'an dernier, la salve de missiles Tomahawk lancés par Washington n'avait été suivie d’aucune autre action sur le terrain. Quant au NEW YORK TIMES, il se demande même si les installations visées ce weekend par les bombes occidentales faisaient toujours partie du programme chimique de Damas. Et de s'interroger : le cas échéant, pourquoi n'a-t-on toujours recensé aucune victime sur les sites en question, ni aucune fuite d’agents chimiques ?

Cette opération a-t-elle servi à changer la donne ?

Plus généralement, cette opération a-t-elle servi à changer la donne ? A observer l’attitude de Bachar el-Assad, il est permis d’en douter. Hier, le président syrien a encore ordonné une trentaine de frappes aériennes près de Homs et Hama, touchant des rebelles mais aussi des civils. Dès-lors, faut-il en déduire que l'attaque de ce weekend visait surtout pour les Occidentaux, en réalité, à se replacer sur l’échiquier syrien ? Voilà plusieurs mois maintenant que Washington Londres et Paris ont, en effet, perdu toute influence dans ce conflit, au profit notamment de la Russie. Sauf que, là encore, difficile de prédire aujourd'hui si cette offensive militaire leur permettra de réaffirmer leur rôle. Et d'ailleurs, dès ce matin, ainsi que le rapporte THE WASHINGTON POST, la Maison-Blanche a déjà dû procéder à une première mise au point. Tandis que, hier soir, le président français Emmanuel Macron s'est vanté d'avoir convaincu Donald Trump de ne pas retirer les troupes américaines de Syrie, la Maison-Blanche a aussitôt rétorqué le contraire en affirmant que la mission des Etats-Unis n'avait pas changé, comprenez partir «dès que possible». 

Enfin la chaîne américaine CNN note par ailleurs, ce matin, que la question de la transition au pouvoir à Damas (aux oubliettes depuis la victoire du régime et des Russes à Alep) n'est pas plus aujourd'hui à l'ordre du jour qu'elle ne l'était avant les frappes. De même, en dehors de répondre à l’utilisation d’armes chimiques, le gouvernement de Donald Trump n'a pas exposé de plan pour protéger les civils syriens, pas plus que pour favoriser l’entrée de réfugiés sur le territoire des États-Unis. Ce que THE WASHINGTON POST détaille, à son tour, ce matin dans un long article dressant la liste de toutes ces choses que Donald Trump n'a pas accompli en Syrie.

Seule certitude, ce matin, difficile après cette opération de noter un quelconque changement sur le terrain. Sans compter que cette intervention occidentale est loin de faire l'unanimité.Il y a évidemment les réactions attendues, en particulier de la Russie, soutien indéfectible du régime de Damas. Tout en dénonçant une «agression» contre la Syrie, Moscou a surtout tenté de minimiser l'événement. Les autorités ont affirmé que la défense antiaérienne avait réussi à intercepter 71 des 103 missiles de croisière tirés par les Occidentaux. Et puis, curieusement relève LE TEMPS, l’armée russe dit n’avoir «pas remarqué la présence d’avions français durant cette attaque». Était-ce pour dénigrer l’armée française ou comme le pressent le journal, pour ménager Emmanuel Macron, le président français qui n’a pas annulé sa visite officielle en Russie le mois prochain ?

La diplomatie des bombes.

Mais plus que tout, cette intervention fait débat chez ceux-là même qui ont lancé cette attaque. Au Royaume-Uni, si Theresa May avait formellement le pouvoir d'engager son pays dans une action militaire sans consulter le Parlement, elle devrait s'en expliquer aujourd'hui à la Chambre des Communes. Ce matin, THE GUARDIAN mais aussi THE I prédisent d'ores et déjà un affrontement, alors même que certains députés (y compris dans son propre camp) craignent que la Grande-Bretagne ne soit entraînée plus loin encore dans la guerre. THE DAILY MAIL et THE DAILY MIRROR avertissent même en Une, ce matin, que des représailles sous la forme de cyberattaques de la part de la Russie pourraient être imminentes, en particulier contre les services de santé public ou des transports. Une attaque russe pourrait ainsi paralyser le pays tout entier, avertit à son tour et en première page THE DAILY EXPRESS.

En France, également, un débat aura lieu à l'Assemblée nationale, précise de son côté LE TEMPS. Manière sans doute, dit-il, de transformer cette initiative en posture nationale, au moment où la question du respect de l'autorité présidentielle est plus que jamais au centre des débats et des remous sociaux qui agitent le pays. De son côté IL CORRIERE n'est pas tendre avec le président français. Le zèle déployé par Emmanuel Macron à abonder dans le sens des Etats-Unis dessert la cause européenne, estime l'éditorialiste. En l'occurrence, en devenant l'interlocuteur privilégié de Washington, il semblerait surtout qu'il importe en premier lieu au président français de supplanter Angela Merkel, ce qui n'est pas forcément, dit-il, dans l'intérêt de cette Europe que Macron veut réformer. 

Quant à la presse outre-Rhin, justement, elle semble défendre la ligne défendue par Berlin. Quand DIE TAGESZEITUNG dénonce la diplomatie des bombes, son confrère DER TAGESPIEGEL résume l'opération de ce weekend à une attaque aux conséquences limitées. Mais surtout ces frappes ne résoudront pas le problème de fond en Syrie, renchérit pour sa part la SÜDDETUSCHE ZEITUNG, avant de préciser : ce qu’il faut en Syrie, c’est une stratégie pour mettre un terme à la guerre par une solution politique.

Par Thomas CLUZEL

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......