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La Première ministre britannique Theresa May

Faites vos jeux, rien ne va plus!

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Pour convaincre des bienfaits du Brexit, Theresa May a annoncé une hausse du budget du service public de santé, financée en partie grâce aux économies qu'elle compte réaliser avec la sortie du Royaume-Uni de l'UE.

La Première ministre britannique Theresa May
La Première ministre britannique Theresa May Crédits : LEON NEAL / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP - AFP

20 milliards de livres sterling d'ici 2023 : serait-ce là le prix de la survie politique pour Theresa May ? C'est en tous les cas le montant que la première ministre a promis, hier, d'injecter pour redresser l'une des institutions les plus appréciées de Grande-Bretagne : le NHS (le service public de santé), lequel fête aujourd'hui même ses 70 ans. Un sacré cadeau d'anniversaire, titre ce matin THE I. L'occasion non seulement de satisfaire l'une des principales préoccupations des Britanniques, mais aussi et surtout de convaincre des bienfaits du «Brexit». Et nombre de journaux de rappeler, d'ailleurs, que c'était là justement l'un des principaux arguments de campagne des partisans du «Leave» : consacrer plus d'argent aux priorités nationales, en arrêtant de payer d'importantes sommes chaque année à Bruxelles. 

En d’autres termes, alors qu'une nouvelle semaine chaotique s'ouvre pour Theresa May (contrainte de jouer les équilibristes entre pro et anti «Brexit» au sein même de son propre parti), cette promesse d'allouer 384 millions de livres par semaine (soit davantage que les 350 millions mis en avant pendant la campagne référendaire) est politiquement significative : elle permet à Theresa May, sous pression des «Brexiters», de prouver qu'elle est désormais bel et bien dans leur camp. Reste qu'un certain nombre de journaux se montrent, ce matin, dubitatifs : Quand le quotidien de Londres METRO se demande d'où viendra l'argent pour redresser le NHS, THE GUARDIAN mais aussi THE FINANCIAL TIMES font remarquer que les dividendes du «Brexit» ne seront pas suffisants pour régler la facture. Quant au DAILY TELEGRAPH il évoque d'ores et déjà des hausses d’emprunts et d'impôts.

Direction l'Allemagne, à présent, où une autre semaine cruciale s'ouvre pour Angela Merkel. Quand le RHEINISCHE POST titre, ce matin : Merkel se bat pour son avenir ; son confrère BILD, lui, prévient : Le jour où le destin de la chancelière et du gouvernement se décident. Même prédiction pour le journal de Vienne DIE PRESSE : L'épreuve de force en Allemagne, la lutte de pouvoir entre Angela Merkel et son ministre de l'Intérieur pourrait finalement être décidée ce lundi. C'est aujourd'hui, en effet, qu'arrive à expiration l'ultimatum lancé par l'aile droite de la coalition pour que la chancelière restreigne l'accueil des migrants aux frontières. 

Jusqu'à présent, aucun des deux camps n'a voulu céder. Dès-lors, jusqu'où seront-ils prêts à aller ?, interroge toujours DIE PRESSE. Première hypothèse : Angela Merkel cède à la menace de ses collègues bavarois. Sauf qu'elle perdrait toute crédibilité. Deuxième scénario possible : Angela Merkel décide de limoger son ministre de l'Intérieur, ce qui provoquerait l'éclatement de la coalition au pouvoir et très probablement l'organisation de nouvelles élections. Enfin, ultime hypothèse : Le ministre de l'intérieur accorde un délai supplémentaire à Angela Merkel, jusqu'à la tenue du prochain sommet européen, pour qu'elle négocie un accord sur le refoulement des migrants. 

A ce titre, Angela Merkel recevra, ce soir, son homologue italien Giuseppe Conte, dont le pays refuse désormais l'accès à ses ports aux navires d'ONG transportant des migrants. Le ministre italien de l'Intérieur l'a encore répété ce weekend. Ce dont se félicite, d'ailleurs ce matin, en Une le quotidien de droite LIBERO avec ce titre sans concessions : L'Italie s'est réveillée : Assez avec les navires ! Quoi qu'il en soit, ce contexte européen n'est pas étranger, aujourd'hui, au durcissement de la CSU bavaroise. Dans la perspective les élections régionales, qui se tiendront en octobre prochain rappelle DIE WELT, le patron de la CSU entend démontrer qu’il représente le droit et l’ordre mieux que le parti d’extrême droite AfD. D'où son alliance avec l'Italie et l'Autriche. Or cette coalition d'intérêts semble même désormais pouvoir s'étendre à d'autres Etats européens.  Pour la première fois, vendredi dernier, le Premier Ministre danois a suggéré à l'Autriche un plan visant à financer la construction de camps de rétention hors de l’Union européenne, où les migrants déboutés de l’asile seraient regroupés, en attendant le retour dans leur pays d’origine. Alors pour l'heure, tout en admettant l’existence de ce projet, Vienne a choisi de ne pas le défendre officiellement, précise LE TEMPS. En revanche, Rome y serait d'ores et déjà favorable. Et puis  il pourrait, également, recevoir l’assentiment des pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) aujourd’hui les pieds debout sur tous les freins anti-immigration. 

En toile de fond de cette crise migratoire, on trouve bien entendu les péripéties de l' «Aquarius» et de ses 630 migrants secourus en mer, lesquels sont arrivés hier en Espagne. Épilogue d'une semaine d'errance en Méditerranée. La photo du bateau est à la Une ce matin du quotidien ABC. Émotion et gratitude, l'Espagne et Valence ont offert, hier, une leçon incontestable de solidarité et d'humanité au monde entier, écrit de son côté LA VANGUARDIA. Ils sont arrivés épuisés, stressés, désespérés, mais en bonne santé. Sauf que des doutes subsistent quant à l'avenir qui attend, désormais, tous ces migrants. En clair, un processus juridique complexe est en cours avec le risque que, si la loi sur l'immigration leur est appliquée, ils puissent être expulsés vers leur pays d'origine. 

Enfin cynisme et habileté politique, toujours et encore, en Russie.Parce qu'il est plus facile de prendre le pain du peuple pendant qu'il s'ébaudit à regarder du foot, écrit NOVAÏA GAZETA, le gouvernement russe a décidé, en catimini, de relever la TVA et de reculer l'âge de la retraite. Devançant les conséquences politiques négatives de ces annonces, précise le correspondant du TEMPS, le président russe a expliqué qu'il ne s’occupait pas de ces questions, qui relevaient de la compétence du gouvernement. D’où les moqueries sur ce «président Teflon», sous le feu des médias pour les triomphes, mais disparaissant mystérieusement à chaque échec. Autre plaisanterie amère abondamment partagée sur les réseaux sociaux russes : «Vous avez eu les JO de Sotchi, le pont de Crimée et la Coupe du monde de foot. Maintenant, vous savez où sont passées vos retraites.»

Par Thomas CLUZEL

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