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Mémorial des victimes de la tuerie du lycée "Marjory Stoneman Douglas", à Parkland.

Retour en enfer

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Le couple chez lequel vivait Nikolas Cruz, auteur de la tuerie dans un lycée de Floride, a déclaré qu'il n'avait à aucun moment perçu ses tendances à la violence.

Mémorial des victimes de la tuerie du lycée "Marjory Stoneman Douglas", à Parkland.
Mémorial des victimes de la tuerie du lycée "Marjory Stoneman Douglas", à Parkland. Crédits : RHONA WISE - AFP

«Nous avions ce monstre qui vivait sous notre toit et nous ne le savions pas». Hier, dans une interview au journal de Floride SUN SENTINEL, le couple qui avait accueilli Nikolas Cruz, depuis la mort de sa mère, a décrit un jeune homme, certes, «bizarre», «solitaire», mais qui à aucun moment, «n'avait laissé paraître de signes de tendance à la violence». C'était un ami de leur fils. Et tout ce que tout le monde, aujourd'hui, prétend avoir senti, voire anticipé, «nous l'ignorions», disent-ils. «C'est aussi simple que cela». Sur la photo, Kimberly (49 ans, infirmière) a le regard absent. Non pas vide mais trop plein, au contraire, de questions qui ne trouveront sans doute jamais de réponses. Son mari, James (48 ans, analyste dans le renseignement militaire), lui, a les yeux fermés, la tête dans ses mains. La veille du massacre, comme pratiquement tous les soirs, Cruz avait mangé un biscuit aux pépites de chocolat sur un sandwich au fromage. Cela faisait partie de ses habitudes. Et puis il était allé se coucher vers 20h. Là encore, comme à l'ordinaire. Le lendemain, en revanche, Cruz a précisé qu'il n'avait pas besoin qu'on le conduise à l'école, parce que c'était le jour de la Saint-Valentin et qu'il préférait aller pêcher. La dernière fois qu'ils l'ont vu, il devait être 10h du matin. A présent, James et Kimberly se rappellent qu'en quittant leur domicile, Cruz avait dû probablement retirer le plâtre qu'il portait à la main droite, depuis qu'il était tombé dans l'escalier de la maison. Toujours dans le récit, a posteriori, de cette journée du 14 février, le fils de James et Kimberly raconte qu'il avait reçu plusieurs sms de Cruz qui, tout en lui précisant qu'il n'irait pas au lycée, lui demandait dans quelle classe il se trouvait. Plus tard, les policiers armés frapperont à la porte du domicile en criant : «mains en l'air !» Lorsqu'ils ont demandé à Kimberly où était son fils, elle a d'abord supposé qu'il lui était arrivé quelque chose de terrible, avant de se rendre compte qu'ils ne parlaient de lui, mais de Cruz. 

Et puis tandis qu'aux Etats-Unis chacun cherche toujours à comprendre ce qui a pu conduire à ce drame, la polémique a encore rebondi ce weekend. Dans une série de Tweets, Donald Trump a accusé le FBI d'avoir «négligé les signaux d'alerte qui auraient pu empêcher la tuerie du lycée de Parkland». Et pourquoi, parce que le FBI passerait «trop de temps», selon lui, à enquêter sur le RussiaGate et à tenter de prouver une collusion russe avec sa campagne électorale. «Il n'y a pas de collusion. Revenez à l'essentiel et rendez-nous fiers», a ajouté le président américain, s'attirant aussitôt la colère de nombre d'élèves ayant réchappé à la tuerie. «17 de mes camarades et amis sont morts et vous avez le culot de parler de la Russie ???!! Soyez maudit», a notamment twitté Morgan, 16 ans.  «Votre manque d'empathie prouve à quel point vous êtes une personne lamentable», a renchérit une autre élève, Carly. «Comment osez-vous ?», a encore réagi David, 18 ans, sur NBC. «Honteux», a enfin déclaré pour sa part Sally Yates, l’ancienne numéro deux du ministère de la Justice.

Comment empêcher une catastrophe ? C'est la question posée à la Une du dernier numéro de THE ECONOMIST. Avec ce titre : «Retour en enfer», l'hebdomadaire britannique prévient : la république démocratique du Congo, le cœur brisé de l’Afrique, se dirige vers un nouveau bain de sang. Et le journal de rappeler que la RDC a été le théâtre du conflit le plus meurtrier dans le monde, depuis les années 1940. Là-bas, la guerre y a fait plus de victimes qu’en Syrie, en Irak, au Vietnam ou en Corée. Et pourquoi le pays s’enflamme-t-il à nouveau ? Parce que Joseph Kabila, dont le mandat de président s’est achevé en 2016, s'accroche au pouvoir. Désormais, les flammes d’un véritable incendie sont en train de se propager : dix provinces sur les 26 que compte le pays sont actuellement dévastées par des conflits armés et des dizaines de milices répandent à nouveau la terreur. Enfin THE ECONOMIST s’inquiète, par ailleurs, d’une possible contagion régionale de la violence chez les voisins à la fois rwandais, ougandais, angolais, sud-soudanais ou encore centrafricains.

Les élections de la peur, cette fois-ci, en Italie. C'est sous ce titre que l'éditorialiste du TEMPS raconte, ce matin, la déliquescence de la scène politique italienne, à 15 jours des élections législatives. Ou quand l’Italie menace de redevenir ingouvernable. Le très affaibli Parti démocrate de Matteo Renzi, prêt à discuter d’une éventuelle grande coalition, a fini de faire exploser la cohésion de la gauche. A droite, le Cavaliere (pourtant inéligible au parlement pour fraude fiscale) pourrait, même si c’est très improbable, aspirer à un retour au pouvoir. Il compte pour cela sur l’alliance de son parti avec l’extrême droite et les post-fascistes pour tenter de décrocher une majorité permettant de gouverner. A cela, il faut encore ajouter un dernier sondage, selon lequel près de la moitié des Italiens estiment que leur pays s’en sortirait mieux hors de l’Union Européenne. Dès-lors, il n’est pas étonnant que la Ligue, les post-fascistes et même le Mouvement 5 étoiles fassent aujourd'hui de l’immigration le bouc émissaire des problèmes transalpins, créant ainsi un climat politique nauséabond aux relents fascistes.

Enfin l'Observatoire syrien des droits de l'homme redoute un assaut majeur sur l'enclave rebelle de la Ghouta aux portes de Damas.L'attaque semble imminente. Hier soir, les forces du régime ont tiré plus de 260 roquettes et l'aviation a mené des raids intensifs sur plusieurs localités de la Ghouta orientale. D'où cet édito désespéré à lire, ce matin, sur le site ARAB NEWS et intitulé : quand la spirale sanglante en Syrie se rapproche de plus en plus de l'enfer. Depuis quelques temps, combien de médias ne s'étaient pas félicités sur le mode : «Au moins, c'est terminé». Or cette prétendue lumière aperçue au bout du tunnel a aussitôt été exploitée par la communauté internationale pour ne pas lever le moindre petit doigt pour stopper le carnage. Et c'est ainsi qu'aujourd'hui la négligence internationale a permis à cette guerre hideuse d'entrer dans une nouvelle phase meurtrière.

Par Thomas CLUZEL

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