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Bain de soleil pour le président russe Vladimir Poutine

Le spectacle continue

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Sans surprise, Vladimir Poutine a été réélu pour un quatrième mandat à la tête de la Russie, fort d'un score aux allures de raz de marée toutefois marqué par les accusations de fraude de l'opposition.

Bain de soleil pour le président russe Vladimir Poutine
Bain de soleil pour le président russe Vladimir Poutine Crédits : ALEXEY NIKOLSKY / SPUTNIK - AFP

Récemment, il avait déclaré dans une interview : «Depuis que je suis arrivé au pouvoir, je suis en quête d'un successeur». Manifestement, ses recherches se sont révélées infructueuses puisqu'hier Vladimir Poutine était bien candidat à sa propre succession. Et, d'ailleurs, à en croire son score largement au-delà des prévisions, les Russes ne lui en ont pas tenu rigueur : avec plus de 76% des voix, selon des résultats encore partiels, l'homme incontournable de son pays a été réélu pour un quatrième mandat. Evidemment, son triomphe est à la Une de très nombreux journaux ce matin, avec des manchettes aussi attendues que le résultat lui-même du scrutin. «A landslide victory» (une victoire écrasante), la même expression se retrouve absolument partout, du TIMES OF ISRAEL au journal des Emirats THE NATIONAL, en passant par le quotidien d'Istanbul DAILY SABAH. Quand THE WASHINGTON POST ose, lui, la formule de «farce» électorale, de son côté NEWS CORPORATION (l'empire médiatique de l'australien Murdoch) a finalement préféré modifier son article pour remplacer l'expression «dictateur» (s'agissant de Poutine) par celle, plus consensuelle, d' «inévitable» vainqueur. Enfin, du côté de la presse britannique, compte tenu des récents développements de l'affaire Skripal (du nom de l'ex-agent double russe empoisonné) on aurait pu, sans doute, attendre moult commentaires. Ce qui, étonnamment, n'est pas véritablement le cas. On relèvera tout de même ce début d'analyse, avancé par THE INDEPENDENT, selon laquelle les accusations portées par Londres contre Moscou au sujet de cette attaque auront, très certainement, convaincu un plus grand nombre de russes d'aller voter. Ce que semble, d'ailleurs, attester également le bien nommé journal indépendant, NEZAVISSIMAÏ GAZETA. Enfin, THE DAILY TELEGRAPH ose pour sa part un parallèle audacieux (ou hasardeux c'est selon) : prenant prétexte du retour de la neige et du froid hivernal ce weekend en Grande-Bretagne, le journal qui a choisi de faire carrément l'impasse sur cette élection, du moins en première page, titre ce matin : la mini bête venue de l’Est. 

Si la fin du spectacle donné, hier, en Russie était prévisible, aux Etats-Unis, là, le show continue. Deux titres, en particulier, retiennent l'attention des journaux. Tout d'abord l'affaire Mc Cabe, du nom de l'ancien directeur adjoint du FBI licencié vendredi dernier, deux jours seulement avant de pouvoir bénéficier d’une retraite pleine. Les Américains ont le droit de connaître la vérité, peut-on lire notamment ce matin sur le site du WASHINGTON POST. Même s'il est encore trop tôt pour qualifier Mc Cabe de victime, dit-il, en revanche, cette histoire a bel et bien d'ores fait une victime : le peuple américain, à qui le Ministre de la Justice n'a pas jugé utile de délivrer un compte rendu exhaustif des faits reprochés à l’ex numéro 2 du FBI, à même de justifier ce énième limogeage au sein de l'administration. En revanche, McCabe, lui, a réagi et même sans détour. Dans un communiqué virulent, il se dit victime d’une «guerre de l’administration Trump contre le FBI et l’enquête du procureur spécial Mueller», au sujet de l’ingérence électorale russe et d’une éventuelle collusion entre Moscou et l’équipe de campagne de l’actuel président. « C’est une tentative de me discréditer comme témoin », a-t-il notamment déclaré dans une interview rapportée par THE NEW YORK TIMES.

Et puis l'autre affaire américaine à la Une de la presse, en particulier du GUARDIAN ce matin, est un scoop assez important pour que deux des plus grands journaux du monde, THE OBSERVER d'une part (affilié au GUARDIAN) mais aussi THE NEW YORK TIMES, aient travaillé ensemble à le sortir. Il y est question d'une mystérieuse société nommée Cambridge Analytica, dédiée au profilage d’électeurs et qui s’est emparée des données de 50 millions d’Américains, sans leur consentement. Concrètement, la société impliquée dans la campagne pour le -oui- au Brexit, mais aussi dans la campagne victorieuse de Donald Trump, aurait utilisé ces données dans le but de pouvoir identifier les préférences des électeurs et influencer leur comportement. Comment ? Selon THE NEW YORK TIMES, la campagne de Trump aurait utilisé les données de Cambridge Analytica pour désigner les populations cibles à toucher par de la publicité électorale, pour effectuer des simulations de participation à l’élection et enfin pour déterminer les régions où les déplacements de Trump seraient les plus efficaces. Bien évidemment, l’affaire est extrêmement embarrassante pour Donald Trump mais aussi pour Facebook, car ces nouveaux détails donnent de solides arguments à ceux qui voudraient davantage réguler le réseau social. Une nouvelle fois, précise la correspondante du TEMPS, cette affaire prouve que sa plateforme peut être utilisée à des fins politiques, possiblement à son insu et à coup sûr celui de ses utilisateurs. Il y a encore quelques semaines à peine, le procureur spécial Robert Mueller (chargé de l’enquête sur l’ingérence russe dans l’élection présidentielle américaine) avait lui-même montré dans un document d’inculpation très précis comment la propagande russe avait, en effet, utilisé le réseau social pour diffuser ses messages.

Enfin ultime scandale ce matin au Japon. Ce lundi le Parlement doit consacrer ses débats à un scandale d'une ampleur sans précédent, précise même le quotidien de Tokyo ASAHI SHIMBUN, cité par le Courrier Internatinoal. De quoi s'agit-il ? La semaine dernière, le ministère japonais des Finances a admis des falsifications dans un rapport sur une affaire de corruption, impliquant le Premier ministre Shinzo Abe et sa femme. Au total, dix politiciens sont cités dans ces documents, dont l’épouse du Premier ministre mentionnée à cinq reprises. Sauf que le ministère des Finances a, semble-t-il, subi des pressions pour la traiter comme un personnage public comme un autre. En clair, toute piste pouvant conduire à elle (ainsi qu'aux autres responsables politiques qui ont tous joué un rôle de premier plan dans cette transaction douteuse) a été effacée. Ou dit autrement, conclue le journal : le gouvernement aurait ni plus ni moins manipulé la vérité et menti aux électeurs. Quoi qu’il en soit, ce matin encore, le Premier ministre a affirmé, lui, que même au vu des documents originaux, rien n'indique une implication de sa part ou de la part de son épouse. Reste que cette affaire porte aujourd’hui un sérieux coup à sa popularité et amenuise ses chances d'être réélu à la tête de son Parti libéral démocrate en septembre prochain.

Par Thomas CLUZEL

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