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L'Aquaris au cours d'une opération de secours de migrants en août 2018

Privé de pavillon panaméen, l'Aquarius va-t-il devenir un "pirate humanitaire" ?

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Le navire humanitaire Aquarius affrété par SOS Méditerranée et MSF devrait perdre son pavillon panaméen, suite selon les ONG à des pressions politiques italiennes. A la Une également, les louvoiements de Jéremy Corbyn sur un possible second référendum sur le Brexit, et la ligne TGV Hong-Kong/Canton.

L'Aquaris au cours d'une opération de secours de migrants en août 2018
L'Aquaris au cours d'une opération de secours de migrants en août 2018 Crédits : Guglielmo Mangiapane - Maxppp

Le sort du navire humanitaire l'Aquarius se joue en ce moment à des milliers de kilomètres de la Méditerranée, au Panama.   

Le petit pays d'Amérique Centrale où l'Aquarius, rebaptisé Aquarius 2, avait trouvé un refuge administratif, le mois dernier après que Gibraltar lui avait retiré son pavillon, le Panama donc, s'apprête à en faire de même, nous dit le journal panaméen El Siglo qui détaille la justification officielle : le bateau s'était enregistré dans les registres maritimes comme navire océanographique, mais il effectue des missions de secours aux migrants, en violation, nous dit-on, des lois internationales sur l'immigration et l'asile.  

L'espagnol  El Pais décrypte pour nous : ce qui est reproché, à l'équipage géré par SOS Méditerranée et Médecins sans Frontières, c'est d'avoir secouru ces derniers jours 58 réfugiés, et d'avoir refusé de les livrer aux gardes-côtes libyens censés organiser les secours, et prendre en charge les rescapés pour les ramener à terre. Or les ONG brandissent elles aussi les lois maritimes, mais pour justifier le fait qu'il est hors de question de débarquer des migrants en Libye, pays qu'ils ont fuit et qui est loin de leur assurer des conditions de sécurité suffisantes. 

Et derrière la décision panaméenne, c'est bien le gouvernement italien et son ministre de l'Intérieur Matteo Salvini qui sont pointés du doigt, nous confirme El Pais. Rome aurait exercé des "pressions politiques et économiques brutales" sur le Panama, pour que l'Aquarius se retrouve sans pavillon, sans statut légal pour naviguer.  

Le risque, selon La Stampa à Rome, c'est que le bateau, qui est l'un des derniers à continuer ses opérations de secours là où tant d'autres ont baissé les bras, ne devienne un "bateau-fantôme", une sorte de "pirate humanitaire", ce qui ferait la joie de Matteo Salvini, mais rendrait le travail de l'équipage, et les conditions de survie des personnes secourues, encore plus ingérables. 

C'est donc de Panama que devrait venir la prochaine grande victoire juridique de Salvini, au moment, nous rappelle Il Corriere della Serra, où le ministre d'extrême-droite présente en Conseil des ministres son décret sécurité/immigration.  

Un texte qui durcit considérablement la politique d'accueil de l'Italie, remplace les permis de séjours pour raisons "humanitaires", par d'autres attribués sur des critères "de mérite civil". Il renforce aussi la criminalisation des migrants, facilite l'expulsion de ceux auraient des démêlés avec la Justice, et de ceux qui seraient considérés, arbitrairement, comme représentant "une menace à la sécurité nationale".  

Autant de mesures, critiquées comme contraire au droit d'asile international, par l'éditiorialiste du Corriere. Mais à en croire Il Giornale, Matteo Salvini s'amuse par avance de ces critiques. Hier il fanfaronnait même : "Vous allez voir que mon décret va faire hurler l'ONU, La Croix-Rouge, les végétariens et les défenseurs des animaux. Mais je m'en fous !"

En Grande-Bretagne la tempête du Brexit souffle désormais sur le camp travailliste. 

Le Labour réunit son congrès depuis hier et jusqu'à mercredi à Liverpool. Son leader Jeremy Corbin pourrait bien détenir "la clé du cauchemar Brexit", analyse The Independent, mais il faudrait pour cela qu'il arrive à sortir de l’ambiguïté. Le Parti Travailliste doit voter demain une motion affirmant sa position sur la possibilité d'un nouveau référendum sur le Brexit. Mais Corbyn, lui, continue de privilégier une autre voie : celle d’élections générales anticipées dont il espère tirer plus de bénéfices politiques pour son parti. Le pari est très risqué, selon The Independent, qui se base sur les derniers sondages : ils donnent le Labour et son rival le Parti Conservateur dans la marge d''erreur, ou presque, en cas d'élections cet automne. Les deux partis traditionnels n'auraient rien à en attendre de bon. 

Alors ? Et bien alors, Corbyn devrait suivre la grande majorité des militants travaillistes, et se prononcer en faveur d'un nouveau vote du peuple sur le Brexit, selon Matthew D'Ancona à lire dans The Guardian.  Bien sûr, l'organisation de ce deuxième référendum polariserait la vie politique britannique pendant des mois, ce serait un casse-tête, rien que d'écrire la question posée aux citoyens, mais "quelle autre solution, après tout ?" , semble se demander l’éditorialiste. 

Et pourtant, cette possibilité d'un retour au vote ne convainc pas Scott McTague, dans Politico. "Je ne parierai pas dessus", nous dit-il, en tous cas pas sur ce qui est présenté comme un vote sur le principe même d'une sortie de l'Union Européenne. "Si référendum il y a, ce qui est loin d'être sûr, il portera sur les termes du divorce, mais plus sur la décision de divorcer", conclut McTague.   

Inquiétudes des démocrates d'Hong-Kong alors qu'une ligne de train à grande vitesse relie depuis hier le continent chinois à l'ancien protectorat britannique.  

Hong-Kong, désormais branchée sur le réseau ferré chinois : c'est une première et c'est lourd de sens politique, nous dit The Wall Street Journal, pour qui la ligne longue de 26 kilomètres seulement jusqu'à Canton, inaugurée en grande pompe hier, est avant tout un symbole. Car derrière les promesses de développement et d'intégration, entre le Hong-Kong et la zone économique de Shenzhen, juste de l'autre côté de la frontière, se font jour des craintes, de voir le train conduire à une nouvelle perte d'autonomie vis-à-vis de Pékin. 

Ces craintes, on les retrouve en filigrane dans le South China Morning Post, basé justement à Hong-Kong, et qui rappelle les critiques de ceux qui voient derrière ce chantier ferroviaire à 10 milliards de dollars, un "éléphant blanc", un investissement coûteux et politique. Huit années de travaux dont trois de retard, un budget qui a explosé, tout cela sera-t'il rentabilisé un jour, s'interroge The Financial Times qui cite également des habitants de Hong-Kong, inquiets de voir leurs quartiers d'affaires délaissés, leur économie fragilisée, et leur dépendance à la Chine renforcée, à rebours de ces "valeurs" qui avaient fondé la ville : ce pari de l'ouverture maritime plutôt que continentale, et cette distance, toujours réaffirmée, avec la politique telle qu'on la fixe à Pékin, à désormais 9 heures de train grande vitesse de là.

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