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Sympathisants du président turc Erdogan, célébrant sa victoire après l'élection

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Le chef de l'Etat turc Recep Tayyip Erdogan a été réélu dès le premier tour pour un nouveau mandat aux pouvoirs renforcés, venant à bout d'une opposition pourtant revigorée.

Sympathisants du président turc Erdogan, célébrant sa victoire après l'élection
Sympathisants du président turc Erdogan, célébrant sa victoire après l'élection Crédits : YASUSHI KANEKO / YOMIURI / THE YOMIURI SHIMBUN - AFP

Un dictateur peut-il être chassé par des élections ? La question, faussement naïve, soulevée il y a quelques jours par le quotidien CÜMHURIYET, semblait elle-même contenir la réponse. Et de fait, Recep Tayip Erdogan, qui règne en maître absolu sur la Turquie depuis 15 ans déjà, a été réélu hier dès le premier tour de scrutin pour un nouveau mandat de 5 ans. Avec un peu plus de 52% des voix, il devance de plus de 20 points son principal concurrent. Quant à son parti, l'AKP, il conserve sa majorité absolue au Parlement pour cinq ans également, grâce à son entente avec le parti nationaliste MHP. Ce matin, la photo du chef de l'Etat triomphant est à la Une, bien entendu, de toute la presse turque, à l'instar du DAILY NEWS et du DAILY SABAH lequel salue une victoire écrasante. En revanche, la presse occidentale, elle, se montre plus circonspecte. THE FINANCIAL TIMES comme le RHEINISCHE POST précisent tous deux en manchette, ce matin, que l'opposition dénonce d'ores et déjà des tentatives de fraude. Et puis même si la consécration d'Erdogan ne laissait que peu de place au doute, c'est vrai qu'un vent inédit d'optimisme semblait avoir soufflé durant toute la campagne. Jamais le chef de l’Etat n’avait eu à affronter un scrutin aussi incertain. De quoi rendre la double défaite de l'opposition d’autant plus sévère. Enfin, grâce à sa victoire, Erdogan renforce son pouvoir en Turquie, précise DER TAGESSPIEGEL. Il devient, désormais, seul chef de l’exécutif et pourra, par exemple, nommer et révoquer ses ministres, gouverner par décrets ou bien encore dissoudre le parlement. En ce sens, renchérit la correspondante du TEMPS, le résultat d'hier entérine la dérive autoritaire de ces dernières années, en dotant le président de prérogatives inédites dans l’histoire de la République. Ce que THE NEW YORK TIMES résume, lui, d'une phrase, ce matin : Une démocratie au bord du gouffre.   

Autre sujet à la Une de la presse, ce matin, le mini-sommet organisé hier à Bruxelles sur les défis migratoires pour contourner l'absence de consensus qui paralyse l'Union européenne.Quand le journal italien LIBERO titre ce matin sur la faillite de ce sommet informel, son confrère espagnol ABC ne dit pas autre chose : la réponse à la crise migratoire fracture l'Europe. C'est donc le scepticisme qui l'emporte surtout chez les éditorialistes. A l'évidence, la réunion d'hier n'aura pas réussi à réconcilier des positions antagonistes sur l'accueil des réfugiés et la fermeture des frontières. Ou quand l’idée de parvenir, au moins, à un socle commun de principes sur les migrants s’éloigne de plus en plus, renchérit la correspondante du TEMPS. Et pourtant, c'est bien une gigantesque crise humanitaire qui se profile à l'horizon, rappelle pour sa part le quotidien de Malte THE INDEPENDENT.   

La crise migratoire, toujours et encore. Le sujet fait également débat aux Etats-Unis. En particulier depuis que THE TIME a révélé la Une de son prochain numéro, à paraître au mois de juillet. On y voit une fillette de 2 ans (originaire du Honduras) en pleurs et minuscule face à un Donald Trump trois fois plus grand qu'elle, avec ce titre ravageur : Bienvenue en Amérique. Une manière pour le magazine américain d'illustrer la politique de «tolérance zéro» à l'égard des immigrés illégaux. Sauf que la fillette, en l'occurrence, n'a pas été séparée de sa mère. Du coup, accusé de couverture trompeuse par la Maison Blanche, THE TIME a été contraint de publier un correctif, tout en défendant son choix éditorial : «Notre couverture et notre reportage saisissent les enjeux du moment», y explique le rédacteur en chef. «Je pense que la force de cette Une réside dans la juxtaposition des deux personnages», précise pour sa part une ancienne rédactrice de TIME interrogée sur la chaîne CNN : «d'un côté cette petite fille qui représente tous les enfants dont nous parlons, et de l'autre le président qui lui prend les décisions sur leur sort».   De son côté THE WALL STREET JOURNAL note, ce matin, que dans une série de tweets le président a, de nouveau, intensifié sa rhétorique anti-immigration, en décrivant les immigrants comme des personnes qui «envahissent notre pays» et en suggérant qu'il aimerait changer le processus légal pour les demandeurs d'asile.   

Toujours aux Etats-Unis, preuve que décidément la politique de l'administration Trump suscite de plus en plus de mécontents, le magazine SLATE raconte, lui, comment des employés du géant du Web Amazon ont publié une lettre ouverte pour signifier leur refus de participer à la vente de technologies (telles que la reconnaissance faciale), destinées aux agences gouvernementales pour encadrer l'immigration. La direction n'a pas encore fait de commentaire.  

Enfin, la Commission sur les droits humains de New York vient de publier un rapport sur les discriminations dont sont victimes certaines minorités. S'agissant, par exemple, des discriminations à l'embauche ou dans le monde du travail, on y apprend que les Sud-asiatiques et les musulmans sont les plus affectés. Les jeunes sikhs, eux, ont presque deux fois plus de risques d'être agressés verbalement que les autres sondés. 80% des juifs ont dû essuyer des actes de vandalisme. Enfin, une femme sur quatre portant un hijab s'est déjà fait bousculer intentionnellement sur une plateforme de métro. En revanche, précise le site de CNN, le rapport manque de points de comparaison essentiels par rapport aux années précédentes. De sorte qu'on ne saurait en tirer un portrait fidèle de l'Amérique de Donald Trump.   

Et puis direction l'Arabie Saoudite, à présent, où depuis hier les femmes sont autorisées à prendre le volant et à conduire dans leur pays.Une mesure historique et surtout la fin d’un interdit unique au monde. Cette décision, prise en septembre dernier, fait partie du programme de modernisation mis en place à l’initiative du prince héritier Mohammed ben Salmane. Pour THE ECONOMIST, qui consacre sa Une au royaume ultra-conservateur, la révolution saoudienne est en route même si, nuance aussitôt l'hebdomadaire britannique, l’autorisation de prendre le volant n’est qu’un premier pas vers l’émancipation. Selon un historien interrogé dans les colonnes du TEMPS, si l’on regarde l’histoire de l’Arabie saoudite, on se rend compte que lorsque les religieux font des concessions c'est généralement pour mieux préserver leur autorité. Et d'en conclure : Le prince héritier est peut-être un coureur de 100 mètres, mais les oulémas, eux, sont des marathoniens. Et ils finiront par l’épuiser.

Par Thomas CLUZEL

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