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L'ex-président du conseil italien Giuseppe Conte

Gare aux turbulences

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En plein chaos politique, le président italien Sergio Mattarella s'apprête à désigner Carlo Cottarelli, incarnation de l'austérité budgétaire, pour diriger le pays vers de nouvelles élections, après avoir imposé son veto à un gouvernement populiste clairement eurosceptique.

L'ex-président du conseil italien Giuseppe Conte
L'ex-président du conseil italien Giuseppe Conte Crédits : VINCENZO PINTO - AFP

En Italie, flotte décidément un air fétide, une odeur répugnante de guerre des gangs. Les mots choisis, ce matin, par l'éditorialiste de L'ESPRESSO pèsent lourds. Hier soir, l'Italie a connu, dit-il, la nuit la plus sombre de son histoire récente, plongeant le pays tout entier dans un vaste cauchemar. A peine nommé, le tout nouveau premier ministre Giuseppe Conte a, en effet, renoncé à former un gouvernement. Ou plus exactement, il a décidé de jeter l'éponge après que le président de la République, Sergio Mattarella, a mis son veto à la nomination de Paolo Savona (un économiste connu pour son hostilité envers l'euro et les institutions européennes) au poste de ministre des Finances. 

Dans une allocution télévisée, hier soir, le chef de l'Etat s'est justifié : «J'ai accepté toutes les nominations, sauf celle du ministre de l'Economie. Pour ce ministère, j'avais demandé aux partis de la coalition une personnalité politique qui ne soit pas partisane d'une ligne qui pourrait provoquer la sortie de notre pays de la zone euro». Or à ce titre, remarque IL CORRIERE, c'est vrai que les positions clairement anti-européennes de Paolo Savona n'étaient pas moins inquiétantes que l'inexpérience politique et le CV enjolivé de Giuseppe Conte. D’où il ressort que cette obstination à vouloir proposer, coûte que coûte, un eurosceptique à l'Economie apparaît plus que jamais comme un défi au bon sens politique, puisqu'elle n'aura fait, au final, que prolonger un peu plus encore la crise italienne de manière disproportionnée. 

Sans compter que maintenant que Giuseppe Conte a sauté, le ciel s'assombrit dangereusement pour le président Mattarella, prévient ce matin IL GAZZETTINO. Le veto présidentiel a aussitôt provoqué, en effet, la fureur des dirigeants de La Ligue et du Mouvement 5 Etoiles, lesquels accusent désormais le chef de l'Etat d'avoir trahi la constitution et réclament, même, sa destitution. Un véritable paradoxe, reprend à nouveau l'éditorialiste de L'ESPRESSO. Comment vouloir juger le Président pour haute trahison et atteinte à la Constitution, alors même qu'exerçant les pouvoirs prévus par ladite Constitution il n'aura fait que la respecter ?

Quoi qu'il en soit, les jours à venir seront lourds, poursuit le quotidien. Ce matin, le chef de l'Etat a convoqué un ancien haut responsable du Fonds monétaire international (Carlo Cottarelli) à qui il pourrait demander de former un gouvernement de transition composé de techniciens, croit savoir son confrère LA REPUBBLICA. Sauf que, le cas échéant, ce gouvernement n'obtiendra certainement pas la majorité au Parlement. Ce qui pourrait conduire à l'organisation de nouvelles élections législatives, dès l'automne prochain. 

Et direction, à présent l'Espagne, où la situation politique n'est guère plus enviable.Motion de censure ? Elections anticipées ? Gouvernement zombie limité à expédier les affaires courantes ? La situation de l’exécutif au pouvoir est aujourd'hui si critique, écrit le correspondant du TEMPS, que tous les scénarios sont désormais envisageables. Le Parti populaire du chef du gouvernement Mariano Rajoy est sur la sellette et ses jours au pouvoir pourraient même être désormais comptés, depuis que la justice a rendu son verdict, la semaine, dans une gigantesque affaire de corruption, la plus grave de toute l’histoire de la démocratie espagnole, précise EL PAIS

Mais surtout, ce verdict a fait l’effet d’une bombe politique, puisqu'aussitôt le Parti socialiste (PSOE), principal parti d’opposition, en a profité pour déposer une motion de censure contre le gouvernement de Mariano Rajoy. Reste qu’une telle motion n’est pas gagnée d’avance. Si le PSOE peut compter sur l’appui du parti de gauche Podemos et de certaines petites formations, il n’est pas sûr, en revanche, que la motion de censure obtienne une majorité absolue. Le quotidien LA RAZON en est, d'ailleurs, convaincu ce matin : selon l’arithmétique parlementaire, le Parti populaire l'emporterait à nouveau.

Et puis toujours à la Une de la presse espagnole ce matin, à l'instar d'El PAIS, le chef de Podemos (Pablo Iglesias) et sa compagne ont obtenu hier la confiance des adhérents du parti de gauche. Le couple s'était vu reprocher par certains militants d'avoir trahi les principes du mouvement en achetant une maison de plus de 600.000 euros. Au total, près de 190.000 adhérents ont pris part au vote, ouvert mardi dernier et qui a pris fin hier soir. A la question : «Pensez-vous que Pablo Iglesias et Irene Montero doivent continuer» dans leurs fonctions, 68% des votants ont répondu "oui". Le parti qui s'est aussitôt félicité de ce résultat «historique» et d'un «record» de participation.

Enfin, après avoir annulé le sommet du 12 juin avec son homologue nord-coréen, Donald Trump semble avoir finalement choisi de laisser la porte ouverte à une rencontre. Le président américain a, en effet, annoncé hier qu'une délégation était arrivée en Corée du Nord, afin de préparer le sommet : «Notre équipe est arrivée en Corée du Nord pour les préparatifs du sommet entre Kim Jong-un et moi», a écrit Donald Trump sur Twitter. Ou quand Donald Trump ravive les espoirs autour d'un possible sommet de paix avec la Corée du Nord, titre ce matin THE TIMES. Une nouvelle volte-face qui intervient après que le président sud-coréen et le dirigeant nord-coréen eurent, eux-mêmes, créé la surprise en se rencontrant, la veille, dans la zone démilitarisée entre leurs deux pays. 

Le sommet aura-t-il lieu ou pas ? Pour le quotidien de Tokyo ASAHI SHIMBUN, l’abandon jusque-là du sommet par la Maison-Blanche ne représentait qu’une carte abattue au cours de la négociation. Mais surtout, il ne faut pas s’attacher à la question de la date d’un éventuel sommet, écrit toujours le quotidien, suggérant ainsi que les jeux, en réalité, ne sont toujours pas faits. Et pourquoi ? Parce que l’attitude nord-coréenne est tout aussi inflexible, dit-il, que la stratégie diplomatique de Trump, elle, est imprévisible.

Par Thomas CLUZEL

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