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Photo d'une femme afghane tenant son bébé à Jalalalabad en 2014, signée du photographe Shah Marai, tué dans un attentat suicide à Kaboul le 30 avril 2018.

La promesse des fleurs n'est pas pour demain

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Au moins 37 personnes, dont un photographe de l'AFP et neuf autres journalistes, sont mortes en Afghanistan dans une série d'attentats meurtriers à Kaboul et dans le sud du pays.

Photo d'une femme afghane tenant son bébé à Jalalalabad en 2014, signée du photographe Shah Marai, tué dans un attentat suicide à Kaboul le 30 avril 2018.
Photo d'une femme afghane tenant son bébé à Jalalalabad en 2014, signée du photographe Shah Marai, tué dans un attentat suicide à Kaboul le 30 avril 2018. Crédits : SHAH MARAI - AFP

Le dernier message qu'il avait posté sur sa page Facebook était une photo, sur laquelle il apparaissait dans son jardin, derrière des pétales de roses printanières. Seulement voilà, si partout ailleurs le printemps est associé à la floraison, ici, il est considéré comme une saison où les morts s'accumulent. Tandis que les guerres dessinent généralement une ligne de front, ici écrit le correspondant du NEW YORK TIMES en Afghanistan, c'est le pays tout entier qui s'est transformé en une seule ligne de front géante et sa capitale Kaboul y déplore, année après année, le plus grand nombre de victimes. Aucun secouriste, aucun policier, aucun commerçant, aucun médecin n'est épargné. Et aucun journaliste non plus. Hier, au moins 37 personnes sont mortes en Afghanistan dans une série d'attentats. Et parmi elles, Shah Marai, le chef photographe de l'Agence France Presse à Kaboul. 

Il y a quelques temps, dans un billet devenu tristement prophétique et republié par l’AFP, il décrivait le calvaire qui consistait à prendre des clichés là où, pendant des années, «il était interdit de photographier tous les êtres vivants, les hommes comme les animaux». Il y décrivait son quotidien de journaliste. Et puis, évoquant le destin de ses propres enfants, il racontait comment «chaque matin pour venir au bureau et chaque soir en rentrant», il pensait systématiquement «à la voiture piégée, au kamikaze qui surgirait peut-être de la foule». Des enfants, précise LE TEMPS, Shah Marai en avait cinq au moment où il écrivait ces lignes. C'était à l’automne 2016. Entre-temps, il en avait eu un sixième. Sa dernière fille avait seulement 15 jours.

Souvent, son travail en tant que photographe de presse consistait à se précipiter sur le site du dernier attentat-suicide. Et hier, après l'explosion de la première bombe, juste avant 8 heures du matin, il s'était à nouveau rendu sur les lieux de l'attaque. C'est alors que la deuxième explosion s'est produite. Ce jour-là, le kamikaze s’était lui-même fait passer pour un journaliste. Ainsi ce matin, c'est la quasi-absence d'images sur cette attaque, qui vient illustrer la tragédie afghane. Gisant sur la route au milieu des flaques de sang, tous ceux qui auraient pu témoigner, photographes ou cameramen, en étaient précisément les victimes : 9 au total. 

Hier, reprend le correspondant du NEW YORK TIMES, sur une colline luxuriante à la périphérie de la ville, un endroit appelé «la vallée des fleurs», les collègues photographes de Marai, qui ont survécu au bombardement, ont brièvement déposé leur appareil pour pelleter la terre sur sa tombe. Son frère aveugle et son fils, lui aussi atteint de cécité, étaient assis là, incapables de voir. Mais le bruit de la terre qui roulait sur les pierres pendant que la tombe était scellée, était fort et clair. 

A présent, «qui s'occupera de nous ?», a demandé sa mère. «J'ai perdu ton frère et ton père, mais je n'ai jamais pensé que j'étais veuve, parce que tu étais avec moi. Tu étais tout pour moi. Tu n'étais pas seulement mon fils, tu étais mon ami». Après les funérailles, un autre de ses collègues de l'agence Reuters écrira : «Un incident ne commence pas par l'explosion, il commence par les cris d'une mère, d'une sœur, d'une épouse, dans une maison où un homme parti vivant le matin rentre dans un cercueil trois heures plus tard, le corps explosé. Tous ceux qui ont été réduits en pièces, ce lundi, étaient des hommes et des femmes d'une génération pleine de rêves, une génération désormais réduite en pièces par les attentats».

La guerre, toujours et encore ce matin, avec une nouvelle ligne de front de plus en plus marquée entre l'Iran et l'Etat hébreu. «L’Iran a menti.» Voilà ce que l’on pouvait lire, hier soir, sur le panneau géant figurant derrière Benyamin Netanyahou, en direct devant les télévisions israéliennes. A une heure de grande écoute, le Premier ministre a présenté une «archive atomique» de fichiers prouvant l’existence d’un programme nucléaire iranien secret. Plus de 100 000 documents et 183 CD au total, tous exposés sur l'estrade sur laquelle s'exprimait Benyamin Netanyahou, jouant là son rôle préféré, écrit ce matin l'éditorialiste d'HA'ARETZ, l'acteur principal d'un drame historique, au centre de la scène et sous le feu des projecteurs. De son côté, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Téhéran a aussitôt moqué ces «pseudo-révélations», dénonçant un «timing parfait», à quelque jours seulement de la date du 12 mai, à laquelle le président américain menace de sortir son pays de l'accord sur le nucléaire iranien. 

Toujours est-il que le risque, à présent, d’assister prochainement à un conflit direct entre Israël et l’Iran a sérieusement augmenté, s'inquiète ce matin L'ORIENT LE JOUR. Dimanche, déjà, au moins 26 combattants (dont une majorité écrasante d’Iraniens) avaient été tués dans des frappes contre des bases militaires en Syrie. Et même s’il a refusé de confirmer l’information, il ne fait pas de doute que l’État hébreu est à l’origine de cette attaque. Une source anonyme a rapporté au NEW YORK TIMES que 200 missiles auraient été détruits au cours de ces frappes, qui ont d'ailleurs provoqué un séisme de magnitude de 2,6 sur l’échelle de Richter.  

Et l'éditorialiste de L'ORIENT LE JOUR, à nouveau, de préciser : peu importe que les experts s’accordent à dire que les révélations de Benjamin Netanyahu, hier, n’en étaient pas. Dans son style provocateur et simplificateur qu’il maîtrise à merveille, le Premier ministre israélien est aujourd'hui dans une logique de story telling, visant à conforter Donald Trump dans sa décision de tuer l’accord avec l’Iran et à s’assurer du total soutien américain en cas de confrontation à venir avec Téhéran. Son discours à peine terminé, la Knesset votait, d'ailleurs, une loi facilitant le processus de décision d’entrer en guerre. 

Enfin, une trêve, cette fois-ci, dans la guerre commerciale que Donald Trump menace lancer contre l'UE. Ce matin, précise THE WALL STREET JOURNAL, le président américain a décidé de prolonger d'un mois les exemptions accordées à l'Union européenne, mais aussi le Canada et le Mexique pour les droits de douane sur l'acier et l'aluminium. En revanche, une source proche du dossier affirme qu'il n'y aura plus d'autres exemptions, au-delà du 1er juin. Ou dit autrement, il ne s'agit là que d'un simple report du conflit. Et le journal KÖLNER STADT-ANZEIGER d'enfoncer, lui, un peu plus encore le clou : il n'y a de toute façon rien à attendre, dit-il, d'un président qui considère la vie comme un grand champ de bataille.

Par Thomas CLUZEL

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