LE DIRECT
La chancelière allemande Angela Merkel

La débandade

5 min
À retrouver dans l'émission

Au lendemain du compromis trouvé avec la CSU bavaroise sur la politique migratoire, la CDU d'Angela Merkel espère que le SPD acceptera de s'y rallier, ce qui achèverait de sauver la coalition gouvernementale allemande d'une crise politique majeure.

La chancelière allemande Angela Merkel
La chancelière allemande Angela Merkel Crédits : JÖRG CARSTENSEN / DPA / AFP - AFP

Quelques heures, seulement, avant sa rencontre hier soir avec Angela Merkel, le ministre allemand de l'Intérieur avait déclaré au SÜDDEUTSCHE ZEITUNG : «Je ne vais tout de même pas me faire virer de mon poste par celle qui est devenue chancelière uniquement grâce à moi». Ambiance. Plus tard, lorsque les barons de l'exécutif bavarois se sont présentés devant le siège de la CDU, l'air grincheux, on aurait dit qu'ils s'apprêtaient à embarquer pour une expédition de l'extrême, raconte le journal de Munich. Il suffisait de regarder leurs visages pour comprendre que les discussions à venir ne seraient pas seulement celles de la dernière chance, mais qu'il en irait également de leur survie politique à tous. 

Les pourparlers se sont ainsi déroulés dans une atmosphère glaciale. Et puis, peu après 22 heures, alors même que plus personne n'imagine qu'un compromis est encore possible, voilà que la CDU et la CSU annoncent qu'un accord a été trouvé sur la politique migratoire. Oubliées les inimitiés personnelles, les menaces de démission, le risque de voir s'effondrer une alliance historique vieille de 70 ans. Après des semaines de disputes, l'unité est sauvée et la crise évitée. A première vue tout va bien, donc, écrit le SPIEGEL ONLINE. Mais à première vue seulement. Et surtout à quel prix ? Quand le FRANKFÜRTER ALLGEMEINE ZEITUNG estime, ce matin, que l'accord conclu hier ne trompe personne, son confrère DIE WELT estime qu'Angela Merkel a cédé dans le conflit qui l'opposait à son ministre rebelle. Sauf que rien n'est résolu. Le problème a seulement été reporté. Rien de plus.

Le compromis trouvé hier soir prévoit, en réalité, l'instauration de «centres de transit», à la frontière entre l'Allemagne et l'Autriche. C'est là qu'y seront installés à l'avenir les demandeurs d'asile arrivant en Allemagne, mais déjà enregistrés dans un autre Etat européen (c'est-à-dire la quasi-totalité d'entre eux) en attendant leur expulsion vers le pays d'entrée. Ou dit autrement, cet accord clôt définitivement la politique d'accueil généreuse inaugurée par la décision d'Angela Merkel d'ouvrir, en 2015, les portes de son pays à des centaines de milliers de demandeurs d'asile. 

Et c'est ainsi que le compromis trouvé hier soir suscite, d'ores et déjà, de vives critiques. Un dirigeant de la gauche radicale allemande a notamment estimé que les «centres de transit» envisagés équivalaient à des «camps d'internement de masse», référence explicite au passé nazi de l'Allemagne. A présent, la question est de savoir si les sociaux-démocrates, troisième partenaire de la coalition gouvernementale, donneront ou leur accord. Dans les colonnes de DIE WELT, l'un des spécialistes des questions migratoires au sein du SPD fustige un accord qui, selon lui, va «totalement dans le sens de l'extrême droite». Toujours est-il qu’une nouvelle réunion au sommet des trois partis, cette fois-ci, de la coalition est prévue ce soir. Et si le SPD venait à rejeter cet accord, cela signifie que tous les efforts d'Angela Merkel pour sauver son gouvernement seraient remis en cause.

Direction la Suisse, à présent, où le président iranien est arrivé hier pour une visite de deux jours. Une visite riche en flonflons officiels et en propos optimistes sur les relations bilatérales. N’y manque, en réalité, que l’essentiel, tranche ce matin l'éditorialiste du TEMPS : un aveu clair, de la part de notre pays, qu’il ne fera rien pour garantir aux entreprises helvétiques leurs affaires en Iran contre les menaces de sanctions américaines. Et invoquer la souveraineté ou l’indépendance de la Suisse n’y fera rien. Il n’existe pas aujourd'hui de formule magique, dit-il, pour immuniser les exportateurs helvétiques contre les foudres de Washington. Pourquoi ? Parce que le pouvoir de contrainte américain repose sur deux armes combinées et surtout imparables : d'une part, l’usage universel du dollar, qui oblige presque toutes les banques du monde à se plier aux mesures décidées par Washington ; et d'autre part, les «sanctions secondaires» qui peuvent viser des entreprises non américaines commerçant avec l’Iran, les transformant en pestiférées économiques. 

D'où le titre de cet édito : Face à Donald Trump, la débandade européenne. Ou quand l’incapacité des Européens (Suisse comprise) à protéger leurs entreprises des sanctions américaines contre l’Iran montre qui est aujourd'hui le vrai patron. Lorsque le président américain a décrété le retrait de son pays de l’accord avec l’Iran, certaines voix avaient pourtant clamé haut et fort que les Etats-Unis se retrouveraient isolés face à un axe Bruxelles-Téhéran-Pékin. Ce n’était, en réalité, qu’une chimère. Washington reste bel et bien le maître, certes, contesté, mais indéboulonnable du grand jeu mondial.

Et Donald Trump, justement, il en est encore question, ce matin, après l'élection du nouveau président mexicain. Dimanche, Andres Manuel López Obrador a offert à la gauche mexicaine une victoire historique sur fond de rivalités exacerbées avec les Etats-Unis. Et c'est ainsi que nombreux sont ceux parmi les médias américains, à l'instar de THE HILL ce matin, à se demander désormais si cette élection sera susceptible de changer ou non la nature des relations entre les deux pays. Donald Trump demeure profondément impopulaire au Mexique. Pour autant, et durant toute sa campagne, le nouveau président élu a plutôt faire preuve de retenue à l'égard du président américain, du moins comparativement à ses adversaires. Et c’est ainsi que THE WALL STREET JOURNAL veut croire que cette élection offrira, notamment, une nouvelle chance à l'ALENA (l'Accord de libre-échange nord-américain), que les deux pays négocient laborieusement depuis des mois. 

Quoi qu’il en soit, hier, López Obrador a appelé Donald Trump par téléphone, sans doute avec l'aide d'un traducteur précise à nouveau THE HILL, car le nouveau président mexicain est réputé pour ne pas parler anglais. Manifestement, les premiers échanges ont été plutôt cordiaux. Et le style assez semblable des deux hommes n'y est, d'ailleurs, peut-être pas tout à étranger. A ce titre, c’est sur Twitter que le nouveau président mexicain a annoncé avoir proposé à son homologue américain un accord global pour relancer l'emploi, réduire l'immigration et améliorer la sécurité. Une possible alternative, donc, au mur que Donald Trump souhaite faire ériger à la frontière. 

Par Thomas CLUZEL

Chroniques

8H35
24 min

L'Invité culture

L'Odyssée d'un auteur en mouvement
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......