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Incendie de la Tour Grenfell à Londres, le 14 juin 2017

La maison brûle

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Selon les rapports d'experts présentés dans le cadre de l'enquête publique sur l'incendie de la Tour Grenfell à Londres, des équipements non conformes ou défaillants seraient responsables de la catastrophe.

Incendie de la Tour Grenfell à Londres, le 14 juin 2017
Incendie de la Tour Grenfell à Londres, le 14 juin 2017 Crédits : SHIHOMI KADOYA / YOMIURI / THE YOMIURI SHIMBUN - AFP

C'est peu de dire que les images à la Une de la presse britannique, ce matin, réveillent un douloureux souvenir. C'était il y a presque un an, jour pour jour : le 14 juin 2017. Cette nuit-là, 72 personnes allaient mourir dans l'incendie de la Tour Grenfell à Londres. Quand THE INDEPENDENT affiche en grand la photo du coupable, là où tout a commencé, un appartement dévasté où gît la carcasse calcinée d'un congélateur défectueux, THE DAILY TELEGRAPH montre, lui, la bête noire parcourue de la tête au pied par une immense colonne de feu, une photo prise quelques minutes seulement après le début de l'incendie et qui témoigne de la vitesse avec laquelle les flammes ont parcouru les 19 étages supérieurs en à peine 12 minutes. 

Hier, après avoir auditionné les proches des victimes pendant deux semaines, cinq rapports d’expertise ont été présentés dans le cadre de l’enquête publique qui s’attache à déterminer les causes de la tragédie. Dans la litanie des défaillances ayant conduit à la catastrophe, écrit THE GUARDIAN, on trouve le revêtement inflammable du bâtiment, mais aussi la présence de plus d'une centaine de portes coupe-feu non conformes, ou bien encore la présence d'un ascenseur censé protéger du risque d'incendie mais défectueux. Et puis surtout, plusieurs documents font état de preuves selon lesquelles l'ordre donné aux résidents de demeurer dans leur appartement, à mesure que le feu se propageait, a sans doute fait toute la différence entre la vie et la mort. Pourquoi ne leur a-t-on pas dit de sortir ? La question, laissée volontairement et tragiquement sans réponse, barre ce matin la Une du DAILY TELEGRAPH. Le journal qui rapporte que les victimes avaient tout au plus une demi-heure pour pouvoir s'échapper de la tour avant que les escaliers ne se remplissent de fumée. Sauf qu'on leur a dit de rester sur place. D'où ce commentaire de la principale association rassemblant les anciens habitants de la tour : «La tragédie a détruit nos vies. Et ce qui la rend encore plus insupportable est de savoir que ces morts étaient évitables».

Direction l'Italie, à présent, où le nouveau gouvernement dirigé par Giuseppe Conte affrontera, à partir d'aujourd'hui, le Parlement pour obtenir la confiance. Un vote en principe sans danger pour la coalition, laquelle détient la majorité dans les deux chambres. Reste que le discours de Giuseppe Conte sera certainement scruté à la loupe par les chancelleries européennes, tant l'Italie semble devenue aujourd'hui le laboratoire de cette droite populiste et xénophobe au sein de l'UE. Un laboratoire caricaturé en Une de l'hebdomadaire britannique THE ECONOMIST par un cornet de glace, avec trois boules symbolisant les trois couleurs du drapeau de la péninsule et desquelles émergent trois mèches de dynamite en train de crépiter dangereusement. 

A ce titre, d'ailleurs, après l'Italie et plus récemment encore la Slovénie, sans oublier avant elles la Hongrie, la Pologne et l'Autriche, voilà qu'un nouveau pays pourrait bien créer encore la surprise et confirmer ce glissement à droite évident en Europe. Ce pays, c’est la Suède. Là-bas, les Démocrates de Suède (ainsi qu’on appelle la formation populiste de droite) ont le vent en poupe. Pis encore, s’inquiète le journal UPSALA NYA TIDNING, il est tout à fait possible qu’en septembre prochain, à l’occasion des élections législatives, ils deviennent carrément la première formation politique du pays. Son confrère AFTONBLADET semble tout aussi pessimiste et évoque notamment des similitudes avec l’électorat américain. Lorsque le soir de sa victoire, Donald Trump a lancé : «Les femmes et les hommes oubliés de ce pays ne doivent plus être oubliés», nous avions ri de lui. Sauf que les oubliés de Trump rappellent fortement, aujourd’hui, l'électorat traditionnel social-démocrate en Suède. Ils vivent loin des métropoles rutilantes et de leurs élites libérales et sont restés à quai : les trains n'y passent plus, la poste n'y achemine plus de lettres, les pharmacies ont fermé. Le fait est que les politiques ont négligé la province (et plus particulièrement les zones rurales) au profit des grandes agglomérations. Ils ont oublié que la Suède ça n’était pas que Stockholm. Même si la capitale est, évidemment, importante, huit Suédois sur dix aujourd’hui vivent ailleurs. Un oubli que les partis traditionnels risquent de payer au prix fort, aussitôt l’été achevé. Et nous avec. 

Résilience de la monarchie ou réminiscence du printemps arabe ? En Jordanie, des manifestations contre la politique fiscale du gouvernement ont eu raison du Premier ministre. Voilà plusieurs jours que les mesures d’austérité exigées par le FMI (qui devraient se traduire par une forte hausse des impôts) avaient mis le feu aux poudres. Une contestation populaire inédite. Et, hier, l'heure était donc à l'euphorie après que le chef du gouvernement a été contraint à la démission. Son successeur, un ancien ministre de l’Education et ex-cadre à la Banque mondiale, perçu comme plus accommodant envers les contestataires, a été aussitôt désigné par le Roi. Ou quand la crise aboutit à une victoire des institutions royales sur les institutions gouvernementales, résume le quotidien RAI AL-YOUM. En réalité, adoptant une tactique déjà bien rodée par le passé, analyse pour sa part LE TEMPS, le roi s’est tout simplement servi de son premier ministre comme d’un fusible. 

Enfin, deux mois et demi après l’affaire Cambridge Analytica, revoilà Facebook sous le feu de critiques. Un nouveau scandale lié au réseau social a éclaté avec la publication d’une enquête du NEW YORK TIMES, selon laquelle Facebook aurait permis aux fabricants de smartphones d’accéder largement aux données de ses utilisateurs. Au cours des dix dernières années, Facebook a conclu des partenariats avec au moins 60 entreprises (dont Apple, BlackBerry et Samsung). Ces accords visaient à permettre aux fabricants de téléphones d’offrir à leurs clients des fonctionnalités de Facebook, telles que la messagerie ou les contacts. Mais pas seulement puisque Facebook a autorisé ces entreprises à accéder, non seulement aux données de ses utilisateurs, mais aussi de leurs amis, sans que ces derniers aient exprimé leur consentement. Certains fabricants ont ainsi pu récupérer des informations personnelles, y compris d’amis qui pensaient avoir interdit tout partage de leurs données. Ce qu'un consultant spécialisé dans la protection de la vie privée résume ainsi dans les colonnes du journal : c'est un peu comme si vous faisiez installer des serrures, pour vous rendre compte ensuite que le serrurier a aussi donné les clés à tous ses amis, afin qu’ils puissent entrer et fouiller dans vos affaires, sans avoir à vous demander la permission.

Par Thomas CLUZEL

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