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Le candidat de l'opposition camerounaise Maurince Kamto vote à l'élection présidentielle du 7 Octobre 2018

Au Cameroun, Maurice Kamto bouscule une élection présidentielle jouée d'avance

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Le principal opposant au président camerounais Paul Biya, Maurice Kamto, a proclamé sa victoire à la présidentielle de dimanche, en l'absence de résultats officiels. Le Nobel d'économie suscite la controverse sur le climat. La Géorgie interdit les sacs plastiques, "la fin de l'ère soviétique ? "

Le candidat de l'opposition camerounaise Maurince Kamto vote à l'élection présidentielle du 7 Octobre 2018
Le candidat de l'opposition camerounaise Maurince Kamto vote à l'élection présidentielle du 7 Octobre 2018 Crédits : JEAN PIERRE KEPSEU - AFP

La nature politique a horreur du vide : ça se confirme ces jours-ci au Cameroun. 

Là-bas se déroulait dimanche une élection présidentielle que l'on beaucoup dite verrouillée en faveur du président Pau Biya, six mandats déjà à la tête de son pays et "un tapis rouge déroulé en sa faveur"' à en croire ce qu'en disait, avant le vote, le site AfricaNews.  

Mais 48 heures plus tard, toujours aucun résultat officiel n'a été annoncé, mais le ton a changé : on le voit à la Une du quotidien Mutations, de Yaoundé, ce mardi : "La Saison des Longs Couteaux", c'est le grand titre, avec en dessous les photos de deux hommes, deux opposants à Pau Biya qui dès hier se sont engouffré dans le vide, l'absence de résultats officiels, et ont annoncé publiquement leur victoire. 

Il y a le jeune Cabral Libii, qui déclare, sans apporter plus de preuves, "il n'y a pas de doute, je suis l'élu du peuple camerounais", et il y a surtout Maurice Kamto, le plus sérieux des concurrents au président sortant.  On retrouve sa déclaration dans Jeune Afrique, notamment, avec une métaphore destinées aux amateurs de football : "J'ai tiré le pénalty historique, et le but a été marqué". C'est un peu codé, mais la suite est beaucoup plus claire et volontairement solennelle.

Maurice Kamto, ancien batonnier et ministre de la Justice camerounais, "amorce donc le bras de fer avec Paul Biya", analyse Jeune Afrique, pour qui les 8 minutes que ce discours a duré "changent considérablement" la narration d'une élection que l'on disait écrite à l'avance. 

Mais en faisant cela Kamto s'expose à la riposte du camp présidentiel : AfricaNews compile les contre-attaques qui lui ont été adressées hier, ces ministres qui l'ont déclaré "hors-la-loi", accusé de "se mettre en travers des institutions". Et le site d'info africain semble s'inquiéter des suites possibles de cette crise post-électorale, qui pourrait s'envenimer, alors que le Conseil Constitutionnel camerounais a 15 jours pour proclamer les résultats officiels : "On n'est pas trop loin, nous dit-on, des scénarii à la gabonaise, quand le pays d'Omar Bongo en 2016 avait connu une vague d'arrestations et de violences, après que le principal candidat d'opposition se fut déclaré vainqueur de la présidentielle". La victoire finale avait été attribuée à Ali Bongo, le fils du vieux président gabonais décédé.

Retour sur l'attribution, lundi, du prix Nobel d'Economie à deux américains qui ont été les premiers à intégrer les enjeux climatiques à leurs travaux sur des modèles de croissance mondiale durable. 

Et le moins que l'on puisse dire, à lire la presse internationale, c'est qu'en ce jour d'hier, où les climatologues du GIEC rendaient un rapport particulièrement alarmant sur le réchauffement climatique, ce Nobel d'économie semblait faire consensus.  A en croire la BBC, les lauréats William Nordhaus et Paul Romer, sont récompensés "à point nommé", en ce qu'ils ont pu proposer des solutions concrètes aux défis posés à l'économie globale par les changements climatiques, comme l'instauration d'une taxe carbone ou de subventions ciblées à l'innovation. 

Mais ce concert de louanges est tempéré ce matin par la revue Science qui empoigne la "controverse" autour de ce Nobel.  Si les travaux de Romer et Nordhaus sont si unanimement loués, dit le magazine citant plusieurs économistes dissidents, c'est parce que leur travaux permettent de préserver, dans le chaos climatique qui nous menace,  le totem d'une croissance de long terme.  Or "la croissance, comme ultime élément de mesure des succès de nos économies, c'est justement cette approche qui a conduit à l'aggravation de la crise climatique", lit-on dans Science. Les travaux de William Nordhaus, ces trente dernières années, y lira-t-on aussi, "n'ont fait que permettre aux gouvernements de retarder une vraie réponse à la hauteur des impératifs climatiques", en se réfugiant derrière des dispositifs comme la taxe carbone. Efficaces, certes... mais insuffisants.    

Puisque l'on parle des divers moyens de préserver notre environnement : dans le Caucase, en Géorgie, l'interdiction des sacs plastique est en vigueur depuis le 1er octobre, et ça donne lieu à des articles assez surprenants dans la presse. 

Cet article, en particulier trouvé sur le site d'info en ex-URSS Eurasianet.org. Pour son auteur Giorgi Lomsadzé, l'interdiction des sacs plastiques dans son pays, c'est ni plus ni moins que "la fin d'une époque" : celle de l'Union soviétique, où la fameuse poche en polyéthylène était "un marqueur de modernité." 

"On pourrait écrire l'histoire du monde soviétique rien qu'à travers les sacs plastiques", à en croire l'article, qui nous raconte leur prolifération sur les marchés dans les années 70, ornés d'images de femmes aguicheuses, de perroquets aux couleurs criardes ou de vedettes de la variété russe. "On ne choisissait pas au hasard le sac que l'on allait arborer au marché", il y avait des effets de mode très puissants, nous explique Lomsadzé. 

Puis ce furent les années 90, la chute de l'Union, la grande crise économique associée dans l'imaginaire collectif à ces grands cabas renforcés au motif écossais (ailleurs dans le monde on les a appelés les "sacs du bled") : des milliers de femmes géorgiennes les ont utilisés pour aller gagner quelques sous, en passant la frontière pour acheter des produits turcs et les revendre au bazar.  

Eurasianet conclut cette saga post-soviétique en nous apprenant qu'aujourd'hui encore, "les géorgiens utilisent en moyenne 525 sacs plastique par an et par habitant", contre 14 en Irlande.  La Géorgie est la première république d'ex-URSS à appliquer cette interdiction, imposée par l'Union Européenne dans le cadre d'un accord de libre-échange. Preuve que derrière un petit changement du quotidien, des mouvements géopolitiques beaucoup plus complexes sont à l'oeuvre.

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