LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Le premier ministre hongrois Viktor Orban, réélu pour un troisième mandat

Le prix à payer

5 min
À retrouver dans l'émission

La victoire écrasante du parti du Premier ministre hongrois Viktor Orban a été saluée au plus haut sommet de l'UE, mais tous ont rappelé au dirigeant controversé le nécessaire respect des valeurs européennes.

Le premier ministre hongrois Viktor Orban, réélu pour un troisième mandat
Le premier ministre hongrois Viktor Orban, réélu pour un troisième mandat Crédits : FERENC ISZA - AFP

Comment se poser, aujourd'hui, en gardien des valeurs démocratiques ? La question parcourt ce matin de très nombreux sujets d'actualité, à commencer par celui de la Hongrie qui, selon THE WALL STREET JOURNAL, devrait être perçue comme une leçon, ou disons plutôt un avertissement, pour l'Europe. Pourquoi ? Non pas pour ce que l'on savait déjà, que Viktor Orbán serait réélu dans un pays où les atteintes à l'Etat de droit se sont pourtant multipliées, mais parce qu'avec près de 50% des suffrages, la légitimité démocratique est aujourd’hui de son côté. Pis encore, relève à son tour la DEUTSCHE WELLE, puisque si l'on y adjoint les résultats du premier parti d'opposition (Jobbik) cela signifie que près de 7 Hongrois sur 10 ont voté pour un parti d'extrême droite et un autre parti encore plus à droite. 

Or, dès l'instant où un chef d’Etat ou un gouvernement est élu par le peuple, rappelle un professeur honoraire de droit international interrogé dans les colonnes du TEMPS, on les considère comme des représentants légitimes. D'où cette question, a priori paradoxale : à quelles conditions peut-on considérer le résultat d’un vote populaire comme légitime ? 

A l'évidence, la frontière aujourd'hui entre démocratie et dictature tend à s’estomper. En Europe, reprend le site de la DEUTSCHE WELLE, chaque nouvel État membre signe la Charte des droits fondamentaux de l'UE, qui interdit toute forme de discrimination, qu'elle soit raciste, religieuse ou sexiste. L'État de droit en tant que condition préalable au bon fonctionnement de la démocratie est la raison identitaire de cette union des pays européens. Or depuis des années, nous assistons à une augmentation du nombre de pays gouvernés par des partis qui ridiculisent et même luttent activement contre les valeurs fondamentales de l'UE. Nous en avons été témoins. Mais nous n'avons rien fait. De sorte qu'en détournant notre regard, nous avons aujourd'hui porté atteinte à notre propre crédibilité en tant que gardiens des valeurs démocratiques. 

Dès-lors, comment condamner, par exemple, le racisme du président turc Recep Tayyip Erdoğan d'un côté et de l'autre sourire sur la photo du prochain sommet de l'UE aux côtés de Viktor Orbán ? Et le quotidien de Londres THE GUARDIAN de résumer, ainsi, le dilemme auquel se retrouvent désormais confrontées les institutions européennes : comment réaffirmer ses objectifs moraux, quand cela revient à répudier aujourd'hui le verdict démocratique des urnes de ses Etats membres ? 

Depuis quelques jours, la question de la légitimité démocratique se pose également dans un autre pays de l'UE : la Belgique.Vendredi dernier, nous apprend le Courrier International, le parti Islam (acronyme pour : Intégrité, solidarité, liberté, authenticité, moralité) a annoncé qu’il se présenterait dans 28 communes à Bruxelles et en Wallonie lors des élections à l'automne prochain. Et il en a profité pour présenter quelques axes de son programme. Parmi ceux-ci, on trouve notamment : l’instauration d’un État islamique en Belgique, l’application de la charia et une séparation des hommes et des femmes dans les transports en commun. D'où cette question débattue aujourd'hui dans la presse : faut-il interdire le parti Islam ? Pour le quotidien flamand HET NIEUWSBLAD, la prudence s’impose avant d’interdire une formation politique. Pourquoi ? Tout d'abord, parce qu'elles sont un baromètre de ce qui agite la société. En clair, les idées ne disparaissent pas subitement quand on interdit leur véhicule politique. Et ensuite parce que l’interdiction d’un parti est plus facile à dire qu’à faire. En l'occurrence, il faudrait pour cela créer une nouvelle loi. 

Mais plus encore, renchérit son confrère DER STANDAARD, il n’y a que dans les dictatures que l’on interdit des opinions. Et l'éditorialiste d'ajouter aussitôt : « Je connais, en revanche, une façon de couper l’herbe sous le pied du parti Islam : mettre fin au racisme et à la discrimination sur le marché de l’emploi et de l’immobilier, ainsi que dans l’enseignement, afin que les musulmans se sentent acceptés et respectés».

A présent, quelle réponse apporter au régime de Bachar el-Assad, un peu plus de 48 heures après l'attaque chimique présumée qui a fait des dizaines de morts dans la Ghouta orientale ?La question est à la Une ce matin, notamment, d'une bonne partie de la presse britannique. Quand l'ex-ministre des affaires étrangères, William Hague, interrogé dans les colonnes du DAILY TELEGRAPH juge que l'alternative pour l'Occident se résume à «prendre des mesures militaires contre Damas ou risquer de légitimer la guerre chimique», THE TIMES note que la Première ministre est désormais sous pression pour se joindre à des frappes en représailles, dirigées par les États-Unis. Après que Donald Trump a promis, hier soir, une décision imminente sur une réponse «forte» visant à faire «payer» Bachar el-Assad, l'option militaire est de retour sur la table, prévient de son côté THE NEW YORK TIMES

Et, d’ailleurs, pour THE WALL STREET JOURNAL l'affaire semble entendue : la triste vérité, dit-il, c’est que seule la ligne dure peut empêcher des dictateurs comme le président syrien d’utiliser des armes de destruction massive contre leurs citoyens. Reste, toutefois, à savoir si l'on impose la démocratie avec des bombes ? 

Enfin révolution stratégique ou volte-face temporaire ?Dans les colonnes du TEMPS, un spécialiste des relations israélo-palestiniennes écrit : «Une politique juste, c’est celle qu’adopte un gouvernement après avoir essayé toutes les autres». Une manière, selon lui, de décrire la nouvelle arme du Hamas contre Israël à Gaza : la non-violence. La semaine dernière, en effet, le groupe islamiste a appelé les Palestiniens à maintenir le caractère «pacifique» des manifestations à Gaza contre l’occupation israélienne. Et c'est ainsi que vendredi dernier, les Gazaouis mobilisés le long de la frontière ont brûlé des pneus, lancé des cocktails Molotov et jeté des pierres, mais les heurts n’ont pas dégénéré en affrontements armés, du moins, entre les deux camps. 

Sauf que la non-violence n’est pas, pour autant, une potion magique : neuf Palestiniens ont encore été tués et quelques 300 autres blessés. En revanche, en renonçant à faire feu sur les soldats israéliens, le Hamas a ainsi atteint un objectif majeur : faire pression sur Israël, en mettant en avant les civils désarmés, tués par les snipers de Tsahal.

Par Thomas CLUZEL

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......