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Le chef du parti au pouvoir en Afrique du Sud (ANC), Cyril Ramaphosa, devant un poster de Nelson Mandela

Une nouvelle ère, mais laquelle ?

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En Afrique du Sud le parti au pouvoir ANC a donné 48 heures au président pour démissionner, rejetant ainsi la demande de Jacob Zuma de conserver son poste encore quelques mois.

Le chef du parti au pouvoir en Afrique du Sud (ANC), Cyril Ramaphosa, devant un poster de Nelson Mandela
Le chef du parti au pouvoir en Afrique du Sud (ANC), Cyril Ramaphosa, devant un poster de Nelson Mandela Crédits : RODGER BOSCH - AFP

«Comment extraire l'os sans créer d'hémorragie ?» C'est avec ce titre, pour le moins imagé, que le journal LE PAYS tente de résumer le drame politique qui se noue, actuellement, en Afrique du Sud. Voilà bientôt une semaine que l’affaire Jacob Zuma tient en haleine la population : le président, affaibli par toute une série de casseroles, va-t-il enfin céder son fauteuil ? Hier soir, à l'issue d'une réunion marathon de 13 heures qu'on annonçait cruciale, le parti au pouvoir (ANC) a officiellement demandé au chef de l'Etat de renoncer à ses fonctions. Selon la radio-télévision sud-africaine SABC, le président du parti, Cyril Ramaphosa, est allé voir Jacob Zuma pour lui annoncer qu'il avait 48 heures pour démissionner de la tête de l'Etat. Sauf qu'à en croire le service d'informations sud-africain EYE WITNESS NEWS, le président se serait contenté de lui répondre : «Faites ce que vous voulez». Ou dit autrement, Zuma, bien cramponné à son fauteuil, ne semble pas près de vouloir le quitter. D'autant qu’aucune disposition constitutionnelle ne l’y oblige. A moins qu'il ne soit emporté par une motion de défiance, dont la prochaine est prévue pour le 22 février prochain, c'est-à-dire une éternité pour les Sud-Africains qui, eux, sont à bout, épuisés par cette attente sans fin. En réalité, tout porte à croire que les discussions achoppent aujourd'hui sur les requêtes d’immunité formulées par le chef de l’Etat. Sachant toutes les casseroles qu’il traîne dans son sillage, rappelle à son tour le site LEDJELY, Jacob Zuma voudrait s’offrir une assurance contre les risques de poursuites judiciaires. Problème, le nouveau patron de l’ANC, Cyril Ramaphosa, lequel piaffe d'impatience d'occuper le fauteuil présidentiel, ne peut pas satisfaire les requêtes de Zuma sans se mouiller. Il y laisserait sa crédibilité et surtout l’espoir que ces compatriotes lui ont témoignés en lui confiant les rênes du parti. Dès-lors, comment faire ?, s'interroge à nouveau l'éditorialiste du PAYS. Faut-il aller en douceur en caressant Zuma dans le sens du poil et courir le risque de laisser perdurer une situation déjà difficile à tenir ? Ou bien faut-il trancher dans le vif et courir le risque d'une implosion du parti, avec la probabilité d'un échec électoral programmé ? Quoi qu'il en soit, voilà donc comment aujourd'hui le parti de Nelson Mandela, pour lequel Zuma est devenu un véritable os en travers de la gorge, se démène à présent pour trouver le moyen de l’extraire sans causer une hémorragie interne qui pourrait engager son pronostic vital. 

Et la question du pronostic vital se pose également s'agissant, cette fois-ci, de l'Allemagne. Voilà plusieurs mois que l'Allemagne est devenue, inopinément, un pays instable politiquement. Celui que l'on vantait jusqu’à présent comme un modèle de stabilité, note le journal tchèque MLADA FRONTA DNES, a pris soudain des allures de paquebot à la dérive, s'avançant en terrain inconnu. En particulier, on ne compte plus désormais dans les rangs de la CDU les appels à trouver de jeunes éléments dynamiques et intelligents et à nommer, enfin, des visages frais et neufs aux postes de direction. Longtemps restés dans l’ombre d'Angela Merkel, ses successeurs potentiels se pressent, à présent, au portillon pour dire tout le mal qu’ils pensent d'elle, au point que la question de la succession de la chancelière ne semble même plus taboue. Comment en est-on arrivé là ? Pour l'éditorialiste du TEMPS, ce matin, cet imbroglio allemand est un bon échantillon de toutes ces maladies devenues fâcheusement ordinaires. Non seulement il rappelle le désastre du Brexit (sur le mode le «peuple» contre les «élites»), mais il fait aussi fait resurgir la débâcle française des dernières élections et recèlerait même un arrière-goût d’impasse espagnole ou italienne. En clair, une désaffection envers les partis traditionnels, une usure du pouvoir dont on se garde d’anticiper les conséquences et enfin une gauche sociale-démocrate qui peine à trouver la pertinence de sa mission jusqu'à se faire déborder par les mouvements populistes. En clair, le dilemme infernal de l'Allemagne pourrait se résumer ainsi : sauver coûte que coûte la coalition gauche-droite au risque de confirmer l’idée que tous les partis se ressemblent ou bien tout faire exploser. Avec, dans tous les cas, un spectateur ravi de l’aubaine : le parti d'extrême droite AfD, promu au rang de seule véritable force de renouvellement.

Pour le magazine SLATE, le meilleur exemple de cette véritable débâcle politique s'appellerait Italie. Ce pays, dit-il, où la gauche (qui fut pourtant des décennies durant la plus brillante d'Europe) a aujourd'hui disparu, rayée de la carte. Et sa sortie de l'Histoire est, d'ailleurs, programmée dans un mois : les partis se revendiquant de la «sinistra» n'étant même pas assurés de siéger au Parlement.  

Enfin dernière illustration, ce matin, avec l'Amérique latine où les déçus de la classe politique se jettent, à présent, dans les bras des extrêmes. Toujours dans les colonnes du magazine, une journaliste du site LATINA.ECO s'inquiète, elle, de ce que la dizaine d'élections prévues cette année dans la région pourrait, en effet, faire émerger des candidats issus des extrêmes et plus généralement de la droite conservatrice. En 2018 et 2019, la quasi-totalité des électeurs latino-américains se rendra aux urnes. Le coup d’envoi a été donné ce mois-ci avec le premier tour de la présidentielle au Costa Rica et un référendum en Equateur. Suivront, rien que cette année, pas moins de cinq élections présidentielles : Paraguay, Venezuela, Colombie, Mexique, Brésil. La région n’avait pas connu une telle intensité électorale depuis le précédent cycle des années 2005 et celui du grand virage à gauche. Or, aujourd’hui, on s’attend à un retour de balancier, ou plus exactement à la poursuite de ce coup de barre à droite initié en Argentine, qui s'est poursuivi au Brésil et a été, encore récemment, confirmé au Chili. Il faut dire que, dans une Amérique latine traditionnellement catholique, l’influence des évangélistes ne cesse de croître : ils sont désormais près de 20% de la population (contre  3% il y a 30 ans) et jouent un rôle politique actif en faveur des plus conservateurs. Mais au-delà, poursuit l'article, on assiste surtout à l’émergence d’outsiders radicaux, en réaction à une classe politique fragilisée et décrédibilisée. C'est le cas, par exemple, au Guatemala, où la population écœurée par ses politiciens véreux a élu un acteur comique sans la moindre expérience politique et qui s’avère aujourd’hui plus consternant, encore, que ses prédécesseurs. Et puis on pourrait citer l'exemple du Brésil où un outsider, ex capitaine nostalgique de la dictature et de la torture, s’est solidement installé en deuxième position dans les sondages, avec 18% d’intentions de vote. Un essor qui résulte, là encore, en grande partie, du profond rejet des partis politiques traditionnels et de leurs turpitudes. 

Enfin sans transition, comme on dit, aux grands maux les grands remèdes. Le site d'information QUARTZ nous apprend, lui, que dans un musée bolivien résiderait un crapaud mâle qui pourrait bien être le seul survivant de son espèce. Voulant à tout prix éviter son extinction, les biologistes désespérés ont décidé de lui créer un profil sur match.com (le célèbre site de rencontres sur Internet), histoire de multiplier les chances de lui trouver une partenaire et enclencher, ainsi, un processus de survie de l’espèce. 

Par Thomas CLUZEL

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