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Manifestation dans les rues de Tunis à l'occasion de la Journée des Femmes le 13 août 2018

La Tunisie tranche en faveur de l'égalité homme-femme dans l'héritage

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La presse nous emmène notamment ce matin en Tunisie où le président, Béji Caïd Essebsi, défend l'égalité homme-femme dans l'héritage. Il a annoncé un projet de loi à l'occasion de la Journée de la Femme dans ce pays, qui pourrait devenir le premier du Maghreb à offrir ce droit.

Manifestation dans les rues de Tunis à l'occasion de la Journée des Femmes le 13 août 2018
Manifestation dans les rues de Tunis à l'occasion de la Journée des Femmes le 13 août 2018 Crédits : CHEDLY BEN IBRAHIM / NURPHOTO - AFP

Sans être drastique, analyse Jeune Afrique, ce projet d'égalité homme-femme dans l'héritage bouleverse des traditions ancrées dans les pays arabo-musulmans. Il permet au légataire d'opter pour l'égalité entre ses héritiers ou de préférer la formule édictée par la loi coranique : les Tunisiennes touchent aujourd'hui la moitié de la part réservée à un homme. Le projet permet donc un système "à la carte" qui permet de satisfaire l'ensemble des partis écrit l'hebdomadaire  La démarche n'en demeure pas moins audacieuse au regard d'une mesure aussi taboue que clivante pour la société. Depuis la publication, en juin, du rapport de la Colibe, la Commission des libertés individuelles et de l'égalité, une polémique virulente enfle, alimentée par les islamistes et les conservateurs. Le président tunisien a lancé à sa manière une révolution tranquille et sait que la partie est à peine amorcée.  

Le débat s'annonce houleux au Parlement continue Slate Afrique, surtout à l'approche des scrutins législatifs et présidentiels prévus en 2019. Difficile d'évaluer les chances que ce texte soit voté à courte échéance : peu d'élus ont pris position clairement sur un sujet qui divise au sein même de chaque parti.  

Ce serait dangereusement prématuré de crier victoire, de tresser des couronnes à la jeune démocratie tunisienne, estime aussi Le Point Afrique. Il ne s'agit à cet instant que de 235 pages de rapport. Ambitieuses. Téméraires. Mais aucune décision n'a été prise. Et les regards se portent ostensiblement vers Ennahda. Le parti islamiste est dans une position du "wait and see". A un an des élections dans le pays, on pourra jauger le courage politique des partis. Les modernistes, réformistes et autres "istes" auront ils le cœur à brusquer leurs électeurs ? s'interroge le journal. Le conservatisme traverse toutes les strates de la société. La religion n'est pas le seul obstacle à l'égalité homme-femme. Pour la présidente de la Colibé, il s'agit avant tout d'une histoire "d'argent". Une partie des hommes n'ont pas du tout envie de partager des biens, des terres avec leurs sœurs, avec leurs filles. Mais quelque soit l'issue du vote au parlement estime au Maroc, Médias24  "la Tunisie ouvre une brèche dans le tabou de l'héritage". L'initiative est historique dit le site d'information marocain, même si autour du rapport, il y a peu de débats... surtout des invectives, des insultes. Ce week-end, des milliers de Tunisiens étaient dans les rues pour crier leur opposition au rapport, considéré comme attentatoire aux prescriptions islamiques. Pourtant, poursuit Médias24, le président tunisien, et c'est là que réside toute la force de son initiative, n'a fait référence qu'au droit positif et à la loi fondamentale. Il exclut explicitement la religion et le Coran, sauf pour ce qui concerne les convictions personnelles de chacun.  

>> Fin octobre, Nadine Epstain proposait un Magazine de la rédaction qui évoquait cette question de l'héritage : Tunisie : et Dieu créa la femme

La Tunisie reste pionnière en matière d'émancipation féminine rappelle La Libre Belgique. Et ce depuis 62 ans. Le 13 août 1956, le président Bourguiba promulgue le code du statut personnel. Il abolit la polygamie, interdit la répudiation et fixe l'âge minimum du mariage à 17 ans pour la femme, sous réserve de son consentement. En 2017, l'interdiction du mariage avec un non-musulman a aussi été levé dans le pays.  

Le mariage qui fait sa révolution aussi en Ecosse, et c'est la presse anglaise qui en parle. The Guardian nous raconte le mariage de Robyn et Andrew, 29 et 34 ans. Des filles d'honneur, un témoin, le père qui accompagne sa fille jusqu'à la porte...toutes les apparences d'un mariage écossais traditionnel. Mais ni maire ni curé pour diriger la cérémonie. Comme des milliers d'Ecossais, explique le quotidien anglais, le couple est uni par un représentant de la société humaniste d'Ecosse. Pour la première fois l'an dernier, cette société a célébré plus d'unions que l'Eglise. Des mariages qui en Ecosse ont le même statut, légal, que les mariages religieux ou civils. "L'Ecosse est même aujourd'hui le leader mondial des mariages non religieux" affirme un historien de l'université de Glasgow. Et pour la première fois cet été les mariages humanistes ont été légalement reconnus à Jersey et en Irlande du nord.

Et la presse nous fait voyager sur les îles San Blas. La BBC nous emmène au large de la côte Est du Panama. Un archipel, explique le reporter, qui défie les stéréotypes : on vénère les femmes et il y a une communauté importante du "troisième genre", ces personnes à la fois homme et femme. Ici ce sont surtout des hommes qui deviennent des femmes. Les  femmes qui jouissent d'un statut élevé. Un mariage traditionnel sur l'archipel comprend un enlèvement cérémoniel du marié et non de la mariée. Il n'y a pas de hiérarchie de la valeur du travail. "Mais parce que c'est le jeune homme qui emménage dans la maison de la jeune femme et que la femme devient le distributeur de nourriture, la masculinité peut être perçue comme difficile à atteindre", explique Diego Dias, chercheur à l'université de Sao-Paulo, interrogé par la chaîne anglaise. "Au bout du compte, poursuit-il, il semble que le genre ne soit pas tant une question de biologie, d'hormones et de sciences, que d'expression de soi et d'une manière personnelle et particulière d'être dans le monde."

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