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La police turque a mené lundi soir la fouille du consulat saoudien d'Istanbul

Meurtre de Jamal Khashoggi : Riyad peaufine sa version des faits, accréditée par Donald Trump

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Deux semaines après la mort présumée du journaliste dissident Jamal Khashoggi, CNN et CBS révèlent le projet d'alibi du Royaume saoudien évoquant "un interrogatoire qui a mal tourné". Le Brexit bute sur la frontière irlandaise. Le Burundi accuse la Belgique d'un crime colonial vieux de 57 ans.

La police turque a mené lundi soir la fouille du consulat saoudien d'Istanbul
La police turque a mené lundi soir la fouille du consulat saoudien d'Istanbul Crédits : ERDEM SAHIN - Maxppp

Deux semaines après la disparition à Istanbul de Jamal Khashoggi, l'Arabie Saoudite s'apprêterait à annoncer la mort du journaliste dissident. 

L'information est arrivée hier soir par les chaînes américaines, d'abord CNN puis CBS. Toutes les deux citent des sources proches du régime saoudien, accusé par la Turquie d'avoir fait arrêter, torturer, tuer puis fait disparaître Khashoggi dans l'enceinte du consulat d'Arabie Saoudite d'Istanbul. 

Jusque-là Riyad nie la mort de l'éditorialiste, mais selon CNN le régime prépare un rapport qui officialisera son décès, tout en en mettant la responsabilité directe sur le compte d'un interrogatoire qui aurait "mal tourné". Oui, consentirait Riyad, Khashoggi devait être arrêté au consulat pour être ramené en Arabie Saoudite, mais les agents chargés de cette mission auraient outrepassé les ordres, entraînant la mort du journaliste. Un crime, affirmerait le régime, dont les auteurs "seront tenus responsables". 

CBS, avec ses propres sources, a obtenu les mêmes informations mais précise que le plan qui prévoyait d'exfiltrer Khashoggi de force vers Riyad était supervisé par un général saoudien proche du prince héritier Mohammed Bin Salmane, lequel avait personnellement approuvé l'opération. 

Alors autant dire que cette version des faits, "l'arrestation qui aurait mal tourné", ne convainc pas grand-monde aux Etats-Unis : elle se heurte aux révélations des services de sécurité turcs, reprises par le New York Times.  Il a notamment été établi que parmi le groupe d'agents saoudiens envoyés à Istanbul le jour de la disparition de Khashoggi se trouvait un spécialiste de médecine légale, et que dans leur équipement figurait une scie orthopédique, outil dédié à découper des os et pas vraiment à mener de "simples interrogatoires".  

Mais ce qui frappe plus encore les médias américains, ce sont des déclarations de Donald Trump quelques heures avant les révélations de CNN et CBS. 

Donald Trump, interrogé sur le dossier Khashoggi ce lundi, explique qu'il a parlé avec le roi Salmane d'Arabie Saoudite qui nie toute responsabilité, et voilà ce qu'il déclare ensuite:

"Il m'a semblé qu'il pourrait s'agir de l'oeuvre de 'rogue killers' de tueurs affranchis, hors de tout contrôle. Qui sait?" suppute le président américain, et ses propos ont été commentés, critiqués, un peu partout, même sur la chaîne pro-trump Fox News:  

Le présentateur Shepard Smith répète d'abord la phrase de Trump, franchement dubitatif ; puis il ajoute que le président n'a pas détaillé ce qu'il entend par le terme très flou de "rogue killers" et il insiste sur le fait que "Fox News n'a connaissance d'aucune preuve pour étayer cette version, qui n'a d'ailleurs été formulée par personne d'autre que par Donald Trump lui-même".  

CNN enfin rappelle que cette prise de position du chef de l'Etat n'est qu'une nouvelle déclinaison du soutien continu de la Maison Blanche au royaume Saoudien : le gendre et conseiller diplomatique de Trump, Jared Kushner a développé des liens très solides avec le prince héritier Bin Salmane. Il ne serait donc pas étonnant de les voir endosser une version des faits qui permettrait de dédouaner Riyad, surtout quand on sait, ajoute donc CNN, que les Etats-Unis négocient depuis des mois des achats d'armes américaines à hauteur de 110 milliards de dollars par le royaume saoudien.

En Europe, les négociations sur le Brexit butent encore et toujours sur un mur irlandais. 

"L'hypothèse d'un Brexit sans accord est plus probable que jamais" écrivait ce lundi Donald Tusk, le président du Conseil européen, à 48 heures d'un sommet décisif à Bruxelles, et ces mots résonnent particulièrement ce matin dans la presse irlandaise. 

Ils sont repris par The Irish Examiner, quotidien basé à Cork, qui ne se fait pas d'illusion: c'est bien sur "l'impasse" de la frontière entre les deux Irlandes que butent les négociations sur le Brexit. L'Irlande du Nord appartient au Royaume-Uni, la République d'Irlande, elle, restera quoi qu'il arrive dans l'Union européenne : la démarcation entre les deux sera donc la seule frontière terrestre concernée par le Brexit, et cela pose un casse-tête absolu. Car les unionistes nord-irlandais du DUP, alliés incontournables de la premier ministre britannique Thereza May,  rappellent cette dernière à sa promesse : celle que la circulation de biens ne sera jamais entravée entre les deux Irlandes.

 Dans le Financial Times, la ministre DUP Arlene Foster rejette à nouveau la proposition de Bruxelles qui permettrait à l'Irlande du Nord de rester dans la sphère commerciale de l'UE pour ne pas créer de barrière douanière avec le sud : une telle solution, pour le coup, créerait une barrière douanière avec le reste du Royaume-Uni, et celà les unionistes le refusent catégoriquement, tant ils craignent de devenir des britanniques de seconde zone.  

Voilà où l'on en est. Enfin non : il faut ajouter à cela le retour tonitruant sur la scène politique de Nigel Farage, l'ex-leader des anti-Brexit de Ukip, qui sort de sa retraite pour déclarer dans les colonnes du Daily Express que les Européens n'ont aucunement l'intention d'arriver à un accord, qu'ils utilisent cette question irlandaise pour "piéger Thereza May".  

Une nouvelle qui agite la presse au Burundi, mais ne fait l'objet que d'une dépêche reprise dans la Libre Belgique

Et pourtant elle concerne les deux pays, à travers les blessures de l'histoire coloniale qu'ils partagent : l'Etat burundais, nous apprend The African Exponent,  a décidé d'en rouvrir une particulièrement douloureuse, celle de la mort en 1961 de l'éphémère Premier ministre et héros de l'Indépendance, le prince Louis Rwagasore.  

Un personnage, dont la radio internationale allemande Deutsche Welle dressait le portrait en vidéo il y a quelques jours : prince éduqué dans les meilleures universités belges, il avait mené au Burundi une bataille pour l'Indépendance, mais aussi et surtout pour l'union des burundais par-delà les divisions ethniques, entre Hutus et Tutsis principalement. 

En accusant publiquement, 57 ans après les faits, la Belgique d'avoir commandité son assassinat ainsi que celui de ses 2 fils à la veille de l'indépendance, Bujumbura veut que l'ancienne puissance coloniale "s'explique enfin". Pour l'African Examiner, c'est une démarche "courageuse" de la part du Burundi qui "emprunte un chemin mémoriel que bien peu de pays africains osent suivre". 

Mais nos confrères de RFI, eux, rappellent qu'elle ne se fait pas sans arrières-pensées politiques et anti-occidentales, au moment où le président burundais Pierre Nkurunziza isole toujours plus son pays, fait fermer les ONG étrangères, rappelle son ambassadeur en Belgique et accuse Bruxelles d'être à l'origine des sanctions internationales qui lui sont imposés. 

Mais RFI cite aussi l'historien belge Ludo de Witt qui a travaillé dans les archives diplomatiques, et qui affirme que "oui, la Belgique aurait bien donné son feu vert, en 1961, à l'élimination du trublion indépendantiste Louis Rwagasore".

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