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Masque de danse lors d'une cérémonie dans la province du Sichuan

La colère gronde

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En Chine, quand certains travailleurs ne sont plus du tout payés, d’autres ne gagnent pas assez pour survivre. D’où la hausse conséquente aujourd’hui du nombre de grèves dans toute le pays.

Masque de danse lors d'une cérémonie dans la province du Sichuan
Masque de danse lors d'une cérémonie dans la province du Sichuan Crédits : DUCOIN-ANA / ONLY WORLD / ONLY FRANCE - AFP

La colère gronde en Chine. Là-bas, nous apprend la correspondante du TEMPS, les grèves se multiplient. Sur les trois premiers mois de 2018, la hausse est même spectaculaire : 96% par rapport à l'an dernier. Dans leur très grande majorité les revendications sont toujours les mêmes : au mieux elles portent sur le niveau des rémunérations et au pire sur le non-paiement des salaires ou des contributions patronales (comme la caisse de pension ou la subvention au logement que chaque travailleur est en droit de toucher). Or le problème c'est qu'en Chine les travailleurs qui décident de faire grève doivent se débrouiller tous seuls. Pourquoi ? Tout simplement parce que dans l'Empire du Milieu les syndicats officiels sont tous contrôlés par le Parti Communiste Chinois. 

De leur côté les autorités, elles, ferment les yeux. Du moins tant que ces mouvements ne débordent pas dans l’espace public, comprenez tant qu'ils ne risquent pas de donner des idées aux autres. Car dès-lors que les manifestants se mettent à bloquer une rue ou à protester dans les centres villes, le gouvernement intervient aussitôt, en envoyant la police et en procédant à des arrestations. Et c’est ainsi que les grèves en Chine deviennent, désormais, de plus en plus sophistiquées. Les employés coordonnent leurs actions avec l’application WeChat. Ils pointent avant de faire grève, ce qui rend difficile l’identification des participants. Enfin les récits et les vidéos de ces mouvements de contestation (publiés sur les réseaux sociaux) étant immédiatement effacés par les autorités, certains protestataires, pour contourner la censure, se sont mis à remplacer le mot «grève» par «arrêt de travail».

Au Japon, en revanche, difficile de nier la contestation de la rue.Dans un rassemblement d'une ampleur inhabituelle pour le pays, des milliers de manifestants se sont réunis devant le Parlement, le weekend dernier, pour appeler à la démission du Premier ministre, acculé par la réapparition d'un second scandale de favoritisme. Un mouvement de contestation confirmé également par les enquêtes d’opinion. Shinzo Abe voit désormais sa côte de popularité s'effondrer. Selon une enquête publiée hier par le quotidien ASAHI, celle-ci s'établirait à seulement 31%. Dans les colonnes de l'hebdomadaire AERA, son ex mentor, l'ancien Premier ministre Koizumi, prédit même que Shinzo Abe pourrait démissionner dès le mois de juin, c'est-à-dire après la fin de la session parlementaire. 

Toujours est-il que c’est dans ce contexte politique particulièrement mouvementé que le Premier ministre japonais est attendu, aujourd'hui, aux Etats-Unis, dans la luxueuse résidence privée du président américain en Floride. D'où ce commentaire du WASHINGTON POST : Trump et Abe auront, au moins, tout le loisir de réfléchir ensemble à cette question : comment faire face aux vagues interrompues de ce qu'il faut bien appeler, aujourd'hui, une véritable tempête politique ?

Car le président américain, lui non plus, n'est pas en reste.C'est aujourd'hui que sort, en effet, aux Etats-Unis un livre de Mémoires explosif, celui de James Comey, l'ex directeur du FBI limogé par Donald Trump l'an dernier. Intitulé : «La loyauté avant tout. Vérité, mensonges et gouvernance», il promet des révélations inédites qui pourraient discréditer un peu plus encore le locataire de la Maison-Blanche. En réalité, depuis quelques jours, déjà, des extraits de son brûlot ont fuité dans la presse. Et puis surtout, interrogé l'autre soir sur la chaîne ABC, Comey n'y est pas allé avec le dos de la cuillère : Pour lui, Donald Trump est un président «égocentrique», «menteur», qu'il n'hésite pas à comparer à un «parrain» de la mafia. «Je ne crois pas à ces histoires selon lesquelles il serait mentalement déficient ou dans les premiers stades de la démence. Je ne crois pas qu’il soit médicalement inapte. En revanche, je crois qu’il est moralement inapte à être président», a-t-il déclaré. De son côté, le locataire de la Maison-Blanche a aussitôt répondu par une bordée d’invectives sur Twitter, en le traitant tout à la fois de «pire patron du FBI de l’histoire», mais aussi de «menteur» et de «raclure». 

Autant de déclarations aussi choquantes qu’attendues, résume THE ATLANTIC mais qui viennent, surtout, renforcer l’impression d’une vie politique devenue surréaliste au cours des deux dernières années. Sans compter que ces échanges de noms d'oiseaux ont eu tendance à éclipser un nouveau développement dans l'ingérence de la Russie dans la campagne électorale américaine de 2016. Hier, l’avocat personnel de Donald Trump comparaissait devant un tribunal.

Enfin quand l'on reparle, à nouveau, de la Syrie. Voilà presque trois jours, maintenant, que les experts de l'OIAC (l'Organisation internationale pour l'interdiction des armes chimiques) attendent toujours de pouvoir visiter le site où a été perpétrée l'attaque présumée dans la Ghouta orientale. Hier encore, écrit THE LOS ANGELES TIMES, les inspecteurs internationaux ont été empêché d'accéder au lieu, officiellement, pour des raisons de sécurité. Mais l'OIAC craint que les Russes ne se soient, en réalité, rendu sur place pour y falsifier d'éventuelles preuves et contrecarrer ainsi les efforts de la mission internationale pour mener une enquête efficace.

Reste que la Russie et la Syrie n’ont aucun intérêt à provoquer un nouveau raid occidental et à impliquer un peu plus les Etats-Unis la France et le Royaume-Uni, lesquels ne tiennent pas non plus, d’ailleurs, à s’engager davantage. En revanche, dans ce jeu d'échecs, ce qui devrait nous inquiéter par-dessus tout, écrit THE NEW YORK TIMES repéré par le Courrier International, c’est la guerre ouverte qui se joue à présent entre Israël et l’Iran. La semaine dernière, l’aviation israélienne a lancé un raid sur une base occupée par des drones iraniens.  Or c'est pour la première fois que l'Etat hébreu s'en prend ainsi à des cibles iraniennes réelles, à la fois des installations mais également des personnes (7 membres des gardiens de la révolution ont été tués). Evidemment, cette opération aurait dû faire grand bruit. Sauf qu'elle a, pour l’essentiel, été occultée par les réactions de la communauté internationale face à l’emploi d’armes chimiques par les troupes de Damas deux jours plus tôt. «Ces crimes ne resteront pas sans réponse», a aussitôt clamé de son côté un proche conseiller du guide suprême de la révolution. D’où la conclusion du journal de New York : la vraie prochaine guerre en Syrie verra donc s'affronter l'Iran contre Israël. Et l'éditorialiste d’insister : «Ce ne sont pas là que de simples spéculations» !

Par Thomas CLUZEL

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