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Le président du Conseil italien Giuseppe Conte et la chancelière allemande Angela Merkel

L'heure est venue de choisir son camp

5 min
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Le ministre italien de l'Intérieur a lancé une nouvelle polémique, en annonçant le prochain recensement des Roms, afin d'expulser ceux de nationalité étrangère et «malheureusement» de garder les Italiens. Ce projet a déclenché un tollé dans les rangs de l'opposition.

Le président du Conseil italien Giuseppe Conte et la chancelière allemande Angela Merkel
Le président du Conseil italien Giuseppe Conte et la chancelière allemande Angela Merkel Crédits : KAY NIETFELD / DPA - AFP

De quel côté êtes-vous ? Dans sa dernière édition, le magazine italien L'ESPRESSO pose la question sans détours et oppose à sa Une deux voies possibles pour le pays, en réalité, deux visages : d'un côté Matteo Salvini, le patron de la Ligue d'extrême droite et nouveau ministre de l’Intérieur, et de l'autre Aboubakar Soumahoro, syndicaliste italien d’origine ivoirienne, diplômé de sociologie, qui se bat pour les droits des travailleurs immigrés. Et l'hebdomadaire de centre gauche de trancher lui-même la question, en résumant ainsi l'alternative : d'un côté le cynisme, l’indifférence et la course aux suffrages fondée sur la peur. Et de l'autre la rébellion morale, l’empathie et l’appel à l’unité des plus faibles. 

Ce matin encore, le choc Salvini, ainsi que l'écrit IL CORRIERE, est à la Une de toute la presse transalpine, après que le ministre de l'Intérieur a indiqué, hier sur la chaîne de télévision TELELOMBARDI, vouloir procéder à un recensement de la communauté Rom et évaluer, ainsi, la possibilité d'expulser ceux de nationalité étrangère qui se trouveraient en situation irrégulière. Avant de préciser : «Quant aux Roms italiens, malheureusement, tu dois te les garder à la maison». D'où le titre de cet édito, à lire ce matin dans les colonnes de LA REPUBBLICA : La pitié est morte ! Ce que les italiens, eux-mêmes, semblent d’ailleurs cautionner si l'on en croit le dernier sondage diffusé hier soir, duquel il ressort que la Ligue d'extrême droite est en tête avec 29% d'opinion favorable.

Choisir son camp face au défi migratoire, c'est également tout le sens du débat qui agite aujourd’hui l'Allemagne. Hier, face aux caméras du monde entier, le ministre de l'Intérieur, poussé par l’aile la plus radicale de son parti, a fixé un nouvel ultimatum de deux semaines à Angela Merkel pour réduire au niveau européen le nombre d'arrivées de migrants, faute de quoi le pays fermera ses frontières, quitte à provoquer une crise politique majeure.  

Qui de la chancelière ou du ministre de l'Intérieur finira par s'imposer ? Quand le journal de Vienne DIE PRESSE juge qu'hier Merkel a gagné, mais uniquement du temps, son confrère DER STANDARD ne dit pas autre chose ce matin : la CDU et la CSU ne font que reporter le conflit. Ou dit autrement, selon DER TAGESSPIEGEL, la lutte sans relâche se poursuit. Étrange climat, donc, que cette guerre larvée que chacune des deux «sœurs», comme on les appelle en Allemagne, semble à la fois vouloir désamorcer et attiser, analyse pour sa part LE TEMPS. Pour la CDU, il en va de l’essence de son identité. Angela Merkel est prête à faire des compromis sur l’asile, mais dans les clous de l’Union européenne. Quant à la CSU, elle a sur le fond les mêmes valeurs. Sauf que son patron, le ministre de l'Intérieur, est aujourd'hui mis sous pression par le nouveau chef du Land de Bavière, lequel est prêt, lui, à dévier de cette identité dans l’espoir de contrer la poussée du parti d’extrême droite AfD aux élections régionales de l’automne prochain.

Et puis  tandis que la chancelière tente, tant bien que mal, de surmonter cette crise, voilà qu'un nouveau coup dur survient pour Angela Merkel. Selon un document des services de renseignement extérieur allemands, transmis à l’hebdomadaire de Vienne PROFIL, il apparaît que l’Allemagne aurait pratiqué une activité massive d’espionnage sur son voisin autrichien entre 1999 et 2006, voire sur une période plus longue encore. Des révélations qui suscitent l'indignation à Vienne. 

Enfin Angela Merkel, toujours et encore, sous le feu des critiques. Hier, Donald Trump a décidé de souffler un peu plus encore sur les braises du conflit gouvernemental de la chancelière en estimant, dans un tweet, que «le peuple allemand [était] en train de se retourner contre ses dirigeants sur la question de l'immigration». L'attaque du président américain est, notamment, à la Une ce matin de nombreux journaux britanniques, à l'instar du TIMES du GUARDIAN et du FINANCIAL TIMES

De son côté, DER TAGESSPIGEL précise que l'ingérence de Donald Trump dans la politique intérieure allemande (surtout en temps de crise) n'est pas uniquement liée à la politique d'immigration défendue par la chancelière. Trump, lui-même, est actuellement sous pression. En l'occurrence, sa politique de «tolérance zéro» (visant à séparer les enfants de leurs parents aux frontières du pays) est de plus en plus critiquée, y compris dans son propre camp. «Cette politique est cruelle. Elle est immorale. Et elle me brise le cœur.» Ces lignes signées de l'ancienne première dame Laura Bush, extraites d'une tribune publiée dans THE WASHINGTON POST, symbolisent à elles seules la contestation de plus en plus forte vis-à-vis de la politique migratoire mise en place par le gouvernement Trump. Même l'épouse du président, Melania, s'est fendue d'une déclaration (elle qui généralement ne prend pas parti sur les questions politiques), en faisant savoir qu’elle «[détestait] voir des enfants séparés de leur famille. Nous devons être un pays qui respecte toutes les lois, mais aussi un pays qui gouverne avec humanité», a-t-elle indiqué dans un communiqué. Selon THE WALL STREET JOURNAL, Donald Trump pourrait se rendre aujourd'hui au Capitole (où siège le Congrès) pour en discuter.

Enfin à l'heure du choix sur la politique migratoire, il serait trop facile d’avoir la critique sélective.C'est là le sens d'un éditorial du journal burkinabé FASO, repéré par le Courrier International et intitulé : Honte aux dirigeants africains ! Et le journaliste de noter qu'au cours des sept jours de galère des «paumés» de l'Aquarius, dit-il, pas un chef d’État africain n’a levé le petit doigt, par exemple, pour condamner la position de l’Italie. Mais surtout, ce sont ces mêmes dirigeants, dit-il, qui sont en partie sinon quasiment responsables des innombrables pérégrinations marines sans issue de ces boat people contemporains. Pourquoi ? Parce qu'ils sont incapables de créer les conditions d’émergence de richesses ou d’emplois pour une jeunesse désespérée. Or tant qu'ils ne cesseront pas de retourner l’argent des bailleurs de fonds en Europe sous forme de comptes personnels offshore dans des paradis fiscaux, ils feront de leurs pays des repoussoirs pour les jeunes, qui plutôt que de mourir de misère, se porteront candidats à de mortelles épopées.

Par Thomas CLUZEL

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