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Carlos Ghosn en 2012 à Yokohama

Carlos Ghosn ou la chute d'un tycoon en mondovision

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L'arrestation au Japon du tout-puissant PDG de Renault-Nissan-Mitsubishi connaît un retentissement mondial, à la mesure du poids acquis par l'homme d'affaires sur tous les continents. Inquiétudes autour de la possible arrivée d'un russe à la tête d'Interpol.

Carlos Ghosn en 2012 à Yokohama
Carlos Ghosn en 2012 à Yokohama Crédits : TORU YAMANAKA - AFP

L'arrestation de Carlos Ghosn au Japon créée une déflagration mondiale, à la mesure de cet homme d'affaires sans frontières. 

Carlos Ghosn, né au Brésil de parents libanais, citoyen français, adulé au Japon où il est considéré comme le sauveur de Nissan qu'il a marié à Renault pour aller faire construire ses voitures en Inde, au Maroc et en Roumanie : avec un passeport aussi rempli, forcément, depuis hier, la chute de ce "symbole" du business mondialisé, comme le qualifie L'Orient-Le Jour à Beyrouth, cette chute, donc, a lieu en mondovision. 

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Sur le fond de l'affaire qui précipite cette disgrâce, c'est la presse japonaise qui donne le plus de détail :on déchiffrera donc le journal économique Nikkei, pour apprendre qu'au-delà de la fraude fiscale, des revenus non déclarés, la justice nipponne reproche à Carlos Ghosn d'avoir détourné, à son profit personnel, des fonds de Nissan, via des filiales. Il aurait ainsi bénéficié de logements très haut standing achetés par le groupe au Japon, aux Pays-Bas et dans d'autres pays. 

Dénoncé après une enquête interne à Nissan, arrêté par la police japonaise à la descente de son jet privé, et depuis placé aux arrêts, en garde à vue, le très grand patron connait une très spectaculaire déchéance, reconnait le quotidien de Tokyo Asahi Shimbun : des dirigeants du constructeur automobile ont dit dès hier leur intention de le démettre de ses fonctions à compter de jeudi. 

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Et déjà aux Etats-Unis Bloomberg prédit la chute tout l'empire : avec Ghosn mis hors-jeu, on voit déja se fissurer tout le ciment qui tenait ensemble les pièces du puzzle assemblé ces deux dernières décennies, Renault, Nissan, Mitsubishi, mais aussi Dacia ou Lada. L'édifice vacille, et les langues se délient : Carlos Ghosn était "un patron ténébreux avec trop de pouvoir et pas assez de vision" selon un de ses anciens confidents japonais cité par Bloomberg. Certaines de ses décisions étaient "biaisées", le marché japonais "sous-évalué" : on découvre aujourd'hui les fragilités d'un échafaudage, qui nous dit-on, tenait avant tout grâce à la "personnalité" et aux méthodes du tout-puissant "cost-killer".  Les tensions régulières entre Japon et France, lui seul savait les contenir, et à présent elles menacent d'éclater au grand jour.  

Et quand le château de cartes tangue, les premiers à s'en inquiéter ce sont les pays en développement où Carlos Ghosn avait installé ses usines à bas-coût. 

Exemple, en Roumanie, où la chaîne Stirile ProTV se passionne elle aussi pour les les déboires judiciaires de l'enfant chéri du capitalisme globalisé. Mais à Bucarest les médias, comme le site d'info HotNews font aussi entendre certaines inquiétudes autour du sort du constructeur roumain Dacia. Propriété de REnault, la marque a vu les ventes de ses modèles low-cost, Logan, Duster, Sandero, exploser sous le règne du franco-libanais 

HotNews précise tout de même que Ghosn, avec Dacia, n'a fait qu'intensifier la stratégie de la "berline à 5000 euros" mise en place par son prédecesseur Louis Schweitzer, mais pour ce faire il a accéléré la délocalisation vers les usines roumaines des lignes de productions françaises. Alors, dans la tempête qui s'est levée hier au Japon, quel avenir... pour les milliers d'emplois créés en Roumanie ? Les médias à Bucarest s'interrogent ce matin. Ça ne les consolera pas, mais ils ne sont pas seuls dans l'expectative :on retrouve les mêmes craintes chez leurs confrères indiens et marocains notamment.

Un autre sujet d'inquiétude, à la Une de la presse internationale : la possible arrivée d'un Russe à la tête d'Interpol. 

Les pays membres désigneront ce mercredi le nouveau patron de l'agence internationale basée à Lyon, et celui qui tient la corde, aux côtés d'un candidat sud-coréen, c'est bien le Russe Alexandr Prokopchuk. 

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"Il a le soutien du Kremlin", confirme le Wall Street Journal, cet "ancien Major Général du Ministère de l'Intérieur" qui dirige le bureau moscovite d'Interpol depuis 2011, et en assure la vice-présidence. Le genre de profil de bureaucrate zélé, passé par l'administration des douanes et des taxes, qui inquiète au plus haut point les défenseurs des droits de l'Homme,  en Russie et bien au-delà. Ils craignent que Moscou, ayant la mainmise sur les mandats d'arrêts émis par l'agence, les fameuses "notices rouges", n'en use et n'en abuse pour se débarrasser des opposants politiques. 

Hier, nous dit le Wall Street Journal, Alekseï Navalny, la bête noire de Vladimir Poutine, a expliqué à quel Interpol était déjà devenu une arme de coercition politique ces dernières années pour entraver ses actions. 

Après un Chinois, ce serait donc un russe qui prendrait les commandes d'Interpol? Le Financial Times en vient à se demander: "Et si l'agence était manipulée par les régimes autoritaires?" Et cela semble déjà être le cas, à croire le quotidien qui cite pour preuve les poursuites lancées à la demande de la Russie contre l'avocat américain Bill Browder, lanceur d'alerte dans la retentissante affaire Magnistky, et harcelé, depuis, par la justice moscovite qui trouve en Interpol un moyen d'internationaliser sa répression politique. 

Le site russe Meduza note d'ailleurs cette coïncidence : ce lundi on apprenait dans la foulée qu'un Russe est favori à Interpol, et que la Procurature générale à Moscou lançait une nouvelle procédure contre Bill Browder, réfugié à Londres mais désormais plus à l'abri nulle part. 

"Si La Russie arrive à placer Alexandr Prokopchuk à la direction d'Interpol, alors l'Ukraine claquera la porte", annonce le quotidien de Kiev Segodnya qui prédit aussi une multiplication des procédures de recherches internationales contre les dissidents ukrainiens, en particulier en Crimée occupée par les Russes. 

"Imaginez ce que le Kremlin serait capable de faire s'il avait un accès aussi privilégié aux bases de données policières les plus sensibles au monde", écrit pour sa part Vladimir Karamurza dans les pages "Opinion" du Washington Post.

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Enfin c'est The Independent, le britannique, qui conclut: en tentant d'imposer un russe à Interpol, "Vladimir Poutine tente son coup diplomatique le plus audacieux jusque-là".

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