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L'ex-président gambien Yahya Jammeh

Tout se paie ici-bas

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Yahya Jammeh, dont les 22 ans au pouvoir en Gambie ont été marqués par de nombreuses violations des droits humains, est mis en cause dans le meurtre de dizaines de migrants. L'ouverture d'une enquête par les autorités ghanéennes pourrait déboucher sur une demande d'extradition.

L'ex-président gambien Yahya Jammeh
L'ex-président gambien Yahya Jammeh Crédits : BANGALY TOURE / CROWDSPARK - AFP

Pendant près d'un quart de siècle, Yahya Jammeh a régné d'une main de fer sur son pays, la Gambie. Et à présent, les victimes de l'ancien dictateur (forcé à l’exil l'an dernier après sa défaite à la présidentielle) ont soif de justice. Parmi elles on trouve, tout d'abord, les séropositifs victimes de l’une des atteintes les plus monstrueuses de toute l’histoire de la crise du sida. Lorsqu'il était au pouvoir, Yahya Jammeh avait, en effet, annoncé à la stupéfaction générale avoir inventé un remède miracle contre la maladie. Et voilà comment 10 années durant, des milliers de Gambiens ont été convoquées dans son palais présidentiel pour y recevoir le fameux traitement, une préparation secrète à base de plantes. A la fin, les malades ne pouvaient faire autrement que confirmer avoir recouvré la santé. Aujourd'hui, on ignore le nombre de personnes décédées par les procédés de charlatan de l'ex-président, note le site d'information sud-africain BHEKISISA. Reste qu'un an après le départ du dictateur, les victimes survivantes osent, enfin, désormais parler de ce qu’elles ont vécu. Et pour cause, tant qu'il était au pouvoir, elles auraient risqué la torture, la détention ou la disparition.

Mais en plus des nombreuses récriminations dont il fait l’objet à l’intérieur de son pays, de plus en plus de voix s’élèvent, désormais, à l'étranger pour dénoncer l'ignominie de l’ancien dictateur gambien.C'est le cas, en particulier, au Ghana où des organisations de défense des droits de l’Homme demandent l’ouverture d’une enquête après la découverte d'une fosse commune contenant les corps de 12 Africains tués en 2005 par les «Junglers», cette force paramilitaire contrôlée par l'ancien président Jammeh et qui s’est rendue coupable de nombreuses exactions. C'était le 22 juillet 2005. Avec 43 autres migrants, tous avaient décidé de prendre la route de l’Europe par la mer. Cette nuit-là, tous seront arrêtés par un bateau de la marine gambienne, avant d'être torturés, puis conduits dans une forêt pour y être tués. Tous, sauf un. Interviewé il y a quelques jours dans les colonnes du GUARDIAN, Martin Kyere, originaire du Ghana, l'unique survivant de ce massacre y raconte comment il a réussi à s'enfuir de cet enfer. Placé à l'arrière d'une camionnette, l'un de ses compagnons d'infortune s'était plaint de souffrir de l'épaule. L'un des militaires lui a aussitôt sauté dessus avec son couteau. «Son bras a failli se détacher de son corps», dit-il. «Nous étions tous attachés par les mains. J’ai alors senti que mes liens étaient lâches. Puis j’ai réussi à m’en débarrasser, avant de sauter de la camionnette et m'enfuir dans les bois. Les balles sifflaient au-dessus de ma tête mais je n’ai pas arrêté de courir». 

Depuis ce jour-là, Martin Kyere s'est promis de ne pas se reposer jusqu'à ce que l'ex-dictateur soit, enfin, traduit en justice. Or, la semaine dernière, avec plusieurs organisations de défense des droits de l'homme, il a appelé son gouvernement à ouvrir une enquête sur la base de nouveaux éléments de preuve. De sorte que si la relance des poursuites par le Ghana a lieu, elle pourrait déboucher sur une demande d’extradition de Yahya Jammeh, afin qu’il réponde de ses actes devant la Cour africaine des droits de l’Homme. 

Le problème, précise pour sa part le journal de Ouagadougou LE PAYS, c'est que Yahya Jammeh s'est réfugié en Guinée-Equatoriale, dont le président Obiang Nguema (conscient qu’il pourrait lui-même répondre un jour devant ladite juridiction de ses errements) n’acceptera pour rien au monde d’extrader Yahya Jammeh. Car les dictateurs sont ainsi faits, écrit encore l'éditorialiste burkinabé, qu’ils sont solidaires entre eux et ne se trahissent que très rarement. Reste qu'en rouvrant ce dossier, dit-il, les familles des victimes envoient, néanmoins, un message fort à tous les dictateurs africains qui, une fois pour toute, doivent comprendre que tout se paie ici-bas. Bon ou mauvais, le passé de chacun finit toujours par le rattraper. 

Et de fait, même s'il n'y a évidemment rien de comparable, nombreux sont les politiques aujourd'hui à se voir rattraper par les affaires. C'est le cas, en particulier en Espagne où près d'un demi-million de militants de Podemos sont invités à se prononcer, à partir d'aujourd'hui, sur l'avenir politique de leur leader, préviennent tour à tour les quotidien ABC, EL MUNDO et LA RAZON. En cause, la révélation par les medias de ce que Pablo Iglesias et sa compagne se sont acheté une villa cossue de 268 m2 avec une piscine et un jardin décrit comme ostentatoire. L'opération n'a rien d'illégale. En revanche, si l’achat de cette villa provoque désormais un véritable scandale national, c'est parce que l’ensemble des partis politiques ont aussitôt saisi l'occasion pour moquer «les goûts de riches» des deux leaders de Podemos, lesquels se targuent, pourtant, de «représenter les gens normaux» et de dénoncer «les privilèges de la caste». 

Autre retour de bâton, en Suisse cette fois-ci. Pour Pierre Maudet c'est la dégringolade, tranche LE TEMPS. Après avoir été porté au pinacle, voici que le conseiller d'Etat est tombé au rang de ministre sur le gril. Il aura suffi pour cela d’un voyage ambigu et encore énigmatique à Abu Dhabi, pour que sa parole et même sa probité soient désormais publiquement mises en doute par nombre de politiques. Là encore, tous les ingrédients étaient réunis pour que cette affaire devienne explosive : le moment, tout d'abord, délicat après les élections au Conseil d’Etat où le même Pierre Maudet a triomphé ; le soupçon du scandale, ensuite, là où s’enchevêtrent invitation, luxe et pouvoir ; et enfin la personnalité du conseiller d’Etat genevois, lequel a souvent joué au redresseur de torts, en se montrant impitoyable envers ceux qui dérapaient. Désormais, l’enquête de la justice dira si les circonstances autour du fameux voyage correspondent à un conflit d’intérêts. Reste qu'en attendant, toutes les rédactions de Suisse travaillent d’ores et déjà sur d’éventuelles autres imprudences du conseiller d’Etat.

Si les scandales ont souvent fait trembler la famille royale, en revanche, les trois photos officielles du mariage qui s'étalent, ce matin, en première page de toute la presse britannique ne transpirent, elles, que joie et bonheur. 

Enfin, si son visage à lui s'affiche à la Une de toute la presse transalpine, ce matin, ce n'est pas non plus pour répondre d'un éventuel scandale, pas plus d'ailleurs que pour annoncer des noces véritablement heureuses. Et pour cause, Giuseppe Conte, proposé hier pour diriger le premier gouvernement populiste d'Italie est encore, auprès de tous, un parfait inconnu. 

Par Thomas CLUZEL

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