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Meeting de soutien à Jaïr Bolsonaro à Copacabana

Sans front démocratique face à lui, Jair Bolsonaro en route pour la présidence brésilienne

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Le candidat d'extrême-droite Jair Bolsonaro ne semble pas inquiété par les timides ralliements à son rival Fernando Haddad du Parti des Travailleurs, à cinq jours du second tour de la présidentielle. Au Mexique la "caravane des migrants" alimente les fantasmes anti-immigration de Donald Trump.

Meeting de soutien à Jaïr Bolsonaro à Copacabana
Meeting de soutien à Jaïr Bolsonaro à Copacabana Crédits : FABIO TEIXEIRA - AFP

Au Brésil, à cinq jours du second tour, l'élection présidentielle semble plus que jamais promise au candidat d'extrême-droite Jair Bolsonaro

A en croire les derniers sondages publiés par la presse brésilienne, Bolsonaro garde les faveurs de 57% des électeurs contre 43% pour Fernando Haddad, le candidat du Parti des Travailleurs, qui a bien du mal à fédérer l'union des forces démocratiques. La dernière illustration en date, c'est le ralliement dans la dernière ligne droite hier de l'ex-candidate écologiste Marina Silva. Figure progressiste, très engagée dans la lutte contre la corruption, la sénatrice Silva a finalement annoncé qu'elle soutient Fernando Haddad, mais elle l'a fait avec tellement de réserve, nous dit O Globo, que ça en devient presque gênant.

Si elle votera Haddad, c'est clair, c'est parce que Jair Bolsonaro "fait courir un risque immédiat au Brésil, à ses programmes de protection de l'environnement, au respect des minorités et des droits civiques". Mais elle détaille aussi tous les griefs qu'elle garde contre le Parti des Travailleurs, accusé d'avoir "construit un système basé sur le pouvoir pour le pouvoir, faisant peu de cas pour la pluralité politique et incapable de reconnaître ses erreurs".  Marina Silva est d'autant mieux placée pour le dire qu'elle a été ministre sous la présidence de Lula, avec Fernando Haddad. 

Voilà donc un "tout sauf Bolsonaro" édicté du bout des lèvres, pour cette candidate qui, il faut tout de même le rappeler, au-delà de son crédit dans les milieux intellectuels brésiliens, n'a récolté qu'1% des voix au premier tour. Ce n'est donc pas elle qui va faire gagner Haddad dimanche. Ce dernier, écrit l'Estadao de Sao Paulo, lorgne bien plus du côté de Ciro Gomes, centre-gauche, 12 et demi % des voix au premier tour... et qui n'a toujours pas donné de consigne de vote.  

Et pendant ce temps Jair Bolsonaro a un boulevard devant lui, et ne fait plus vraiment d'efforts pour adoucir son discours. 

On en jugera par ses déclarations vidéo dimanche, citées par la Veja : il y promettait à ses électeurs "d'accélérer le grand nettoyage du pays des marginaux rouges, des hors-la-loi gauchistes" qui ont trop longtemps accaparé le pouvoir et qu'il promet d'envoyer, ou bien en prison, ou bien en exil.  

Voilà pour la rhétorique haineuse de cette fin de campagne d'un Jair Bolsonaro qui a tout de même du, nous dit la Folha de Sao Paulo, taper sur les doigts de son fils Edouardo. Son plus proche lieutenant a choqué, en menaçant d'envoyer ses troupes s'en prendre physiquement aux juges du Tribunal Suprême Fédéral,  si d'aventure ils ne reconnaissaient pas la victoire de son père dimanche. Il a dénoncé au passage la "dictature judiciaire" que représente selon lui la plus haute instance du Brésil, qu'il a dit vouloir "supprimer". 

Alors c'est vrai, reconnait la Folha, qu'en terme d'attaque radicale contre les institutions démocratiques, c'était un peu fort, du pain béni pour les opposants des Bolsonaro père et fils. Le père a donc publiquement tiré les oreilles de son fiston, dont il a reconnu l'erreur due selon lui à "l'ignorance et à la fougue de la jeunesse". Et de rappeler son attachement aux cadres démocratiques. Autant vous dire qu'il n'a pas convaincu beaucoup d'éditorialistes brésiliens.

Au Mexique, plus de 7000 personnes venues de toute l'Amérique centrale avancent, à pied, vers la frontière américaine qu'ils espèrent atteindre et franchir la semaine prochaine. 

La presse internationale les a surnommé "la caravane des migrants", et c'est vrai que leur nombre, qui ne cesse d'augmenter, le caractère photogénique de cette longue marche, et la détermination de ces familles qui la composent lui donnent une visibilité médiatique inédite. 

Pourtant le magazine Time nous rappelle que cette pratique, ces convois collectifs à travers le Mexique pour éviter la violence des gangs et les rafles de la police, est devenue courante au fil des dernières années. Sauf que cette fois, nous sommes en pleine campagne des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, et Donald Trump utilise ces images pour dénoncer le "laxisme des lois migratoires démocrates", le "péril imminent" pour la sécurité américaine, auquel il promet d'opposer les garde-frontières et l'armée si besoin.  

Plus de 7000 migrants centre-américains en route vers la frontière des Etats-Unis
Plus de 7000 migrants centre-américains en route vers la frontière des Etats-Unis Crédits : Visactu

Trump assure aussi, nous dit Time, que parmi les flots de honduriens et de Guatémaltèques, se sont dissimulés "des criminels et des individus louches venus du Moyen-Orient".  Mais El Pais, qui a dépêché une envoyée spéciale dans la caravane, n'y a pas vraiment débusqué de tels profils :  seulement des familles pauvres, des enfants par centaines, une foule exténuée par les journées de marche ininterrompue, sous un soleil sans faille.   

Alors bien sûr, lira-t-on dans le quotidien mexicain La Jornada, les autorités de Mexico ont assuré qu'elles ne procéderait pas à des arrestations massives de marcheurs, qu'elle les incitait plutôt à régulariser leur situation et à renoncer à l'eldorado nord-américain. Il n'en reste pas moins, selon le journal, que le choix du Mexique de prôner "la coopération" avec l'administration américaine, d'accepter implicitement son discours anti-migrants, est "une erreur politique majeure".  

La Jornada rappelle que l'immigration illégale aux Etats-Unis, quoi qu'en dise Donald Trump, est à son niveau le plus bas depuis 2000. Ces dernières années il y a eu plus de Mexicains qui sont rentrés au pays que de nouveaux arrivants. Et loin de l'épouvantail "criminel" voire "terroriste" que brandit la Maison Blanche, c'est bien l'aggravation de la pauvreté, de l'insécurité et des inégalités qui poussent sur les routes des milliers de centre-américains.  "Il n'y a donc pas de crise migratoire", nous dit David Brooks, qui est éditorialiste au New York Times mais qui signe cette tribune dans la Jornada.  

L'analyse...  est d'ailleurs la même pour Time, qui cite l'universitaire d'Arizona Elizabeth Oglesby :  pas de crise frontalière, selon elle, juste un cortège de pauvres villageois qui cheminent au grand jour, sans rien cacher de leurs intentions, se présenter aux portes des Etats-Unis et y faire valoir leur droit en déposant des demandes d'asile. La vrai "crise", elle survient par contre, quand l'Amérique de Trump fait tout pour les priver de ce droit, en les menaçant par exemple de les séparer de leurs enfants s'ils persistent dans leur détermination.

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