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Carlo Cottarelli, choisi par le chef de l'Etat italien (Sergio Mattarella) pour occuper le poste de président du conseil

Le complot est partout

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L'Italie est toujours dans l'attente de son futur gouvernement, lequel a toutefois peu de chance d'obtenir la confiance d'un Parlement dominé par les populistes eurosceptiques. En clair, le nouvel exécutif devra surtout préparer de nouvelles élections.

Carlo Cottarelli, choisi par le chef de l'Etat italien (Sergio Mattarella) pour occuper le poste de président du conseil
Carlo Cottarelli, choisi par le chef de l'Etat italien (Sergio Mattarella) pour occuper le poste de président du conseil Crédits : MICHELE SPATARI / NURPHOTO - AFP

Nouvel acte de cette tragi-comédie sans fin, après la démission de Giuseppe Conte, l'Italie attend de connaître aujourd'hui la composition du futur gouvernement de transition qu'entend proposer Carlo Cottarelli, le dernier né des Premiers ministres choisi, hier, par le chef de l'Etat. Sauf que la liste des techniciens appelés à la rescousse, pour former ce qui plus que jamais mérite d’être qualifié de gouvernement du président, n'est pas encore connue que, déjà, un écueil émerge, relève THE HUFFINGTON POST. Ce futur gouvernement n’a, en effet, quasiment aucune chance d’obtenir la confiance du parlement, tant le Mouvement 5 Etoiles et la Ligue d'extrême droite sont vent debout contre lui. Ou dit autrement, l'unique mission du nouveau Premier ministre italien pourrait se résumer ainsi : mener son pays à de nouvelles élections.

Et le climat promet d'être électrique. Pourquoi ? Parce que les deux formations qui ont remporté les législatives en mars dernier crient, aujourd'hui, au diktat de Bruxelles et accusent pêle-mêle les marchés et les banquiers de prendre en otage leur pays. Ce faisant, le vote à venir sera donc, à coup sûr, un référendum sur l'Europe, prédit d'ores et déjà l'éditorialiste du CORRIERE. Même analyse pour son confrère de LA REPUBBLICA : les élections que l’on nous promet verront s'opposer deux conceptions de l’Europe, en particulier sur le rôle de la monnaie unique, et plus généralement sur le vivre-ensemble au sein de l'UE.

Dès-hier, Luigi Di Maio et Matteo Salvini ont appelé leurs militants à la mobilisation. Une manière d'ouvrir la campagne électorale, avant même que celle-ci n'ait été officiellement lancée. Reste, toutefois, une incertitude, relève pour sa part THE NEW YORK TIMES. Le leader de La Ligue a laissé entendre qu'il était disposé à se présenter avec le Mouvement 5 Etoiles. Selon lui, il y aurait dans le programme politique des deux partis «une bonne base pour travailler ensemble». Sauf qu'à la différence du mouvement d'extrême droite, la formation antisystème, elle, ne veut pas sortir de l’euro. D'où cette analyse partagée désormais par de très nombreux journaux, à l'instar de DIE WELT mais aussi LA REPUBBLICA, selon laquelle la direction de la Ligue n'a jamais, en réalité, voulu donner une chance à cette coalition. Ce n'est pas sans raison que le leader de La Ligue, contrairement au chef du Mouvement 5 Etoiles, a prétendu miser sur un Premier ministre invisible (Giuseppe Conte) auquel il n'a jamais cru. Et ça n'est pas sans raison, non plus, qu'il n'a pas cherché à remplacer Paolo Savona par un candidat plus rassurant au poste de ministre de l'Economie. Tout cela relevait de la pure stratégie politique, sinon politicienne. En brandissant le drapeau du souverainisme, le leader d'extrême droite misait dès le départ sur l'échec de cette coalition, sachant que cela conduirait inévitablement à de nouvelles élections qu'il espère bien, cette fois-ci, remporter en écrasant le Mouvement 5 Etoiles.

Et les jeux d'appareil commencent, aussi, à se dessiner en Espagne.Hier, la justice espagnole a envoyé en prison l'ex trésorier du parti au pouvoir de Mariano Rajoy. Le tribunal a suivi, en cela, le parquet qui avait requis l'incarcération immédiate. Et puis deux autres anciens élus du parti ont également été envoyés derrière les barreaux, avant même d'avoir fait appel du jugement. Toujours est-il que c'est ce jugement qui a conduit le Parti socialiste, première formation d'opposition, à déposer une motion de censure. Dès vendredi, précise THE WALL STREET JOURNAL, le Parlement sera appelé à se prononcer sur la destitution du Premier ministre. De quoi injecter une sérieuse dose d'incertitude dans la politique espagnole, écrit le journal. 

Et pour cause, même s'ils obtiennent l'appui très probable de la coalition de gauche radicale Podemos, ce soutien ne sera pas suffisant aux socialistes pour que cette motion aboutisse. De sorte que deux solutions s’offrent désormais à eux, résume le quotidien en ligne INFO LIBRE repéré par le Courrier international : obtenir l'appui soit des centristes de Ciudadanos, soit des partis indépendantistes. Alors s'agissant des catalans, les socialistes ayant toujours soutenu jusqu'à présent la mise sous tutelle de la région par Madrid, l’hypothèse d’un soutien des indépendantistes semble a priori écartée, à moins que ceux-ci n'obtiennent en échange des contreparties. Quant à l'option Ciudadanos, pour l'instant, le parti centriste ne semble pas prêt à appuyer la motion de censure. Sauf qu'il pourrait bien changer d'avis. Et pourquoi ? Parce qu'il est aujourd'hui donné largement en tête dans les sondages et pourrait, ainsi, tirer lui-même parti des déboires du Parti Populaire en convoquant immédiatement de nouvelles élections.

Enfin direction la Turquie, à présent, avec un début de campagne difficile pour Erdoğan, à un mois des élections anticipées.Même si grâce à son alliance avec l'extrême droite, le président espère emporter le scrutin dès le premier tour, «le Chef», comme le surnomment ses partisans, est en berne dans les sondages. D’après une enquête citée par le quotidien d'opposition SÖZCU, Recep Tayip Erdoğan ne serait crédité que de 42 % des intentions de vote au premier tour et ne serait même que légèrement en tête lors d’un éventuel second tour. A coup sûr, l’état de l’économie turque, et en en particulier la chute spectaculaire du cours de la monnaie nationale, joue aujourd'hui en sa défaveur. 

Et voilà pourquoi, il vient d'appeler ses concitoyens à changer leurs dollars et leurs euros en lires, afin de «protéger la devise nationale». Mais c'est aussi le moment qu'a choisi la presse pro-gouvernementale pour voir derrière la chute de la lire la main de l’étranger. C'est le cas, en particulier, du quotidien islamo-nationaliste YENI SAFAK : que l’on me traite de complotiste tant que l’on voudra, écrit l'éditorialiste, mais le retrait des investisseurs de Turquie est une opération politique. Pour la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, en revanche, ces appels impuissants ne serviront pas à grand-chose car, dans le doute, les partisans d'Erdoğan seront même les premiers, dit-il, à vouloir protéger leur patrimoine financier. Mais c'est également la raison pour laquelle la seule chose que sache faire un populiste en de telles circonstances, conclue le journal, c'est désormais de chercher des boucs émissaires.

Par Thomas CLUZEL

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