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Des réfugiés centraméricains visés par des gaz lacrymogènes à la frontière USA/Mexique

Les gaz lacrymogènes en question à la frontière USA/Mexique

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La presse américaine s'interroge sur la légalité et la dangerosité des gaz lacrymogènes utilisés mardi pour disperser des migrants la frontière mexicaine. En Israël le travailliste Avi Gabbay inflige un humiliation publique à Tzipi Livni. Des médias méprisés à l'investiture de Jair Bolsonaro.

Des réfugiés centraméricains visés par des gaz lacrymogènes à la frontière USA/Mexique
Des réfugiés centraméricains visés par des gaz lacrymogènes à la frontière USA/Mexique Crédits : Joebeth Terriquez - Maxppp

Les journaux américains s'inquiêtent ce matin des méthodes pratiquées par les douaniers à la frontière mexicaine. 

Hier matin, à Tijuana, aux premières heures de la nouvelle année, quelque 150 réfugiés d'Amérique centrale ont tenté de forcer le passage, par-dessus ou par-dessous les barbelés de la frontière, pour entrer illégalement aux Etats-Unis. La réaction des gardes-frontière a été immédiate, et c'est elle qui fait débat aujourd'hui dans les journaux:  : les douaniers ont tiré trois salves de gaz lacrymogènes pour disperser la foule.   

En lisant le reportage que consacre le New York Times aux événements de Tijuana, on comprend que c'est la deuxième fois seulement qu'est utilisé à la frontière ce moyen de maintien de l'ordre, devenu tristement banal en France, mais loin de l'être Amérique du Nord. La dernière fois c'était en novembre quand des milliers de personnes fuyant le Guatemala et le Honduras, avaient, déjà, tenté d'entrer aux Etats-Unis pour y déposer leur demande d'asile. Et déjà cela avait créé un tollé. 

Cette fois, les gardes-frontière expliquent qu'ils ont du faire usage des "gaz chimiques non-létaux" car les migrants leur lançaient des pierres, et avançaient vers les barbelés avec des enfants en bas âge, qu'ils ont voulu "protéger".  Mais la pratique en elle-même continue de questionner les médias américains qui, comme CNN en novembre, citent des médecins pour lister les effets, loin d'être négligeables et passagers, que les gaz lacrymogènes ont sur le corps humain... en partie celui des enfants qui hier encore ont été visés. 

Plus largement, si ces gaz suscitent la controverse, nous dit le New York Times, c'est parce qu'ils illustrent la manière "brutale et souvent à la limite de la légalité", avec laquelle l'administration Trump traite les demandeurs d'asile centraméricains. 

Quant à l'industrie américaine du gaz lacrymogène, elle se porte à merveille, nous apprend l'hebdo The Week. Il consacre une enquête à cette arme chimique, née en France pendant la première guerre mondiale, et adaptée ensuite pour un usage civil en temps de paix.  "Il est ridicule de dire que c'est une arme non-létale", insiste dans The Week l'auteure d'un livre sur le sujet : selon elle, "des morts, il y en a, à court ou plus long terme, c'est juste que les gouvernements ne cherchent pas à le savoir". 

L'hebdomadaire cite enfin Noor, jeune Égyptien aujourd'hui  étudiant aux Etats-Unis mais qui a fait l'expérience des gaz en 2011 sur la place Tahrir du Caire. Pour lui, "les lacrymo, c'est l'odeur de Satan", mais c'est aussi le parfum de la Révolution : Noor reconnait qu'il en garde une "nostalgie quasi-masochiste".

En Israël le Premier ministre Benyamin Netanyahou a pris tout le monde de court, la semaine dernière, en annonçant des élections anticipées pour le mois d'avril prochain. Et hier l'opposition de gauche a étalé au grand jour ses divisions. 

Une scène "glaçante" décrite par le Times of Israël : hier se tenait à la Knesset, le Parlement israélien, une conférence de presse de l'Union sioniste, l'alliance de centre-gauche qui regroupait le parti Travailliste mené par Avi Gabbay et Hatnua, la formation politique de l'ancienne ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni.  

Elle était assise ; lui est monté à la tribune, et sans que son alliée n'ait été mise au courant, sans lui adresser un seul regard, il s'est lancé dans une diatribe particulièrement cinglante sur la "déloyauté" supposée de Livni et de son parti, avant d'annoncer que les travaillistes mettaient fin, tout bonnement, à l'Union sioniste. 

Ce qui choque la presse israélienne, c'est la manière dont Avi Gabbay a "sciemment piégée" celle avec qui il devait mener la campagne contre Netanyahou. Le Times of Israël décrit le regard fixe de Tzipi Livni, la tension ultra-perceptible dans ses yeux et ses mâchoires, la femme politique clairement abasourdie par ce qu'elle est en train d'entendre et de vivre.  

Une "humiliation publique et volontaire", analyse pour sa part le quotidien de gauche Haaretz qui va jusqu'à comparer ça "avec une vidéo d'exécution digne de Daech : "Après de longues minutes de torture verbale, Gabbay a tranché la tête de Livni devant les caméras" écrit Yossi Verter. Mais ce que nous dit l’éditorialiste de Haaretz, c'est qu'Avi Gabbay pourrait bien regretter cet affront fait à la grande figure féminine de la politique israélienne, celle que le quotidien décrit comme "la meilleure première ministre qu'Israël n'a jamais eu", mais qui paye une nouvelle fois le fait d'être une femme et d'avoir des idées jugées trop à gauche.  

En l'humiliant de la sorte devant tout le pays, Avi Gabbay tend la main à une autre figure proéminente de l'opposition, le beaucoup plus centriste Benny Ganz, mais il s'est mis à dos hier une grande partie de son électorat féminin, et ça pourrait lui coûter cher le 9 avril prochain.

Et pendant ce temps Benyamin Netanyahou assistait hier à la cérémonie d'investiture de Jair Bolsonaro à Brasilia. 

Celui qui n'était il y a encore un an qu'un député nationaliste d'extrême-droite assez insignifiant est donc devenu hier le 38e président du Brésil, devant les caméras et micros de centaines de journalistes de la presse internationale venu commenter l'avènement du "Trump des tropiques". 

Mais ce qui ressort surtout ce matin dans les compte-rendus, de la Deutsche Welle allemande à nos compatriotes de France 24 en passant par les chinois de Xinhua ou les espagnols d'El Pais, c'est que tous témoignent des obstacles qui ont été mis à leur travail journalistique pendant la cérémonie. Des témoignages recensés par le site brésilien de vérification d'informations Aos Fatos : il fallait arriver des heures à l'avance pour se retrouver parqués dans des salles éloignées de ce qui se passait, parfois sans même une fenêtre, le tout après s'être fait confisquer toute nourriture et boisson.  

Ça peut paraître anecdotique, mais les récits sont éloquents, venant de journalistes étrangers pourtant habitués à ce genre de gros événements, et choqués par la manière dont ils ont été traités. D'ailleurs plusieurs titres de la presse brésilienne comme La Folha se font l'écho de ce mépris affiché de la liberté d'informer, lequel selon l'éditorialiste Monica Bergamo présagent d'un mandat présidentiel de Jair Bolsonaro particulièrement compliqué pour les journalistes. Et en particulier, c'est bien ce qui pose problème à nos collègues brésiliens, pour les journalistes des médias traditionnels, ceux qui selon le nouveau président incarneraient "le politiquement correct socialisant" qu'il a encore juré de combattre hier dans son discours d'investiture. 

Aos Fatos note que, pendant que des médias dominants étaient parqués loin de la cérémonie, des sites alternatifs à la déontologie parfois douteuse étaient laissés libres de circuler et de travailler comme ils l'entendaient. Bolsonaro a remporté la présidentielle en faisant campagne sur les réseaux sociaux, contre les mass-media, à grand renfort de fake news : son arrivée au pouvoir a déjà commencé à redessiner le paysage médiatique brésilien.

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