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Manifestation de militants pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN), portant les masques du président américain Donald Trump et de son homologue nord-coréen Kim Jong-un

Ceci n'est pas une blague

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Donald Trump s'est déclaré touché par les propos du président sud-coréen Moon Jae-in, lequel a affirmé que le président américain pouvait avoir le prix Nobel de la paix.

Manifestation de militants pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN), portant les masques du président américain Donald Trump et de son homologue nord-coréen Kim Jong-un
Manifestation de militants pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN), portant les masques du président américain Donald Trump et de son homologue nord-coréen Kim Jong-un Crédits : BRITTA PEDERSEN / DPA - AFP

Après les propos lundi dernier du président sud-coréen, suggérant de donner à Donald Trump le prochain Prix Nobel de la paix, nombre de quotidiens restent ce matin encore médusés pour ne pas dire pétrifiés, quant à l'opportunité d'accorder une telle récompense au président américain. Quand le journal de Long Island NEWSDAY juge utile de préciser que ceci n'est donc pas une blague, son confrère de la capitale THE WASHINGTON POST, préfère encore en rire et publie, lui, ce qui pourrait ressembler le cas échéant au discours de remerciement de Donald Trump devant les membres du Comité : 

«Les haineux et les menteurs disent que je ne méritais pas ce prix, au prétexte que j'aurais bousculé le premier ministre du Monténégro, confondu la première ministre néo-zélandaise avec la femme de Justin Trudeau, admiré le corps de Brigitte Macron ou bien encore réécrit l'histoire de l'invasion de la Russie par Napoléon. Autant de fausses informations ! Sans compter, que le plus important est donc que j'apporte la paix dans le monde. Non seulement je l'ai fait en traitant Kim Jong-un de petit gros, mais aussi en envoyant mes missiles intelligents sur la Syrie, ou en dénonçant un accord nucléaire insensé avec l'Iran. Enfin, n'ai-je pas, également, rendu le transport aérien plus sûr, en veillant à ce que les gens de Syrie, d'Iran, de Libye, de Somalie et du Yémen ne viennent pas nous rendre visite ? Et d'ailleurs, je souhaite accueillir plus d'immigrants venus de Norvège. J'adore les Norvégiens ! Après tout, pourquoi devrions-nous nous contenter, seulement, de gens issus de pays de merde ? Enfin, j'ai reçu vous le savez, déjà, beaucoup d'honneurs : j'ai été élu président dès ma première tentative et j'ai fait la couverture du Time plus que n'importe qui d'autres. Bref, avec moi, vous battez, c'est sûr, tous les records». 

Et l'on pourrait encore ajouter un nouveau record, avec le vent de révolte qui souffle, désormais, de plus en plus forts chez les enseignants américains.Virginie-Occidentale, Kansas, Kentucky, Oklahoma, Arizona, Colorado et bientôt, peut-être, la Caroline du Nord. A travers un mouvement baptisé «Red for Ed», ils sont de plus en plus nombreux, dans nombre d'États républicains, à réclamer des hausses de salaires, mais aussi la défense d’un enseignement public de qualité. C'est même là le principal sujet de mécontentement des enseignants, raconte le Courrier International. Il faut dire que pour compenser les baisses d’impôt, l’enseignement public a pâti d'une réduction drastique de moyens, au point que le budget de l’éducation est aujourd'hui plus faible qu’il y a dix ans. Etcette révolte des écoles n'est donc pas considérée aujourd'hui comme le prêchi-prêcha des élites prétentieuses des côtes Est et Ouest, mais gagne des Etats de l'intérieur qui, tous, ont voté Trump en 2016. 

En février 2016, Donald Trump en campagne avait déclaré : «J’aime les gens peu instruits». Et de fait, à maints égards, celui qui entre temps est devenu président n’est finalement que la dernière incarnation de cet anti-intellectualisme, enraciné dans la politique américaine. Sauf que l’instruction est également perçue comme la clé du rêve américain. Et voilà pourquoi il n'est pas étonnant, à une époque où les étudiants sont lourdement endettés, où les établissements scolaires sont le théâtre de massacres et où l’enseignement public souffre d’un manque chronique de fonds, que le dernier terrain de rébellion en date se concentre, à présent, directement dans la salle de classe.

Une mauvaise élève, à présent : l’Union Européenne.Selon le dernier classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, il apparaît que la situation s'est détériorée en Europe plus que nulle part ailleurs dans le monde. Le cas le plus frappant est sans doute celui de la Bulgarie. En 2006, un an avant son adhésion à l'UE, le pays partageait le même rang que la France. Or aujourd'hui, onze ans plus tard, il a rétrogradé de la 35ème à la 111ème place. Mais que le pays se rassure, ironise aussitôt la DEUTSCHE WELLE : la Bulgarie n'a pas à craindre de remontrances venant de Bruxelles. Pourquoi ? Parce qu'elle présente des finances stables, un développement économique réjouissant et pratique une politique pragmatique en matière de réfugiés. 

La Slovaquie est, elle aussi, en chute libre dans le classement établi par Reporters sans frontières. Elle a perdu dix places. Ce qui, au vu des récents événements écrit le quotidien SME, paraît assez logique. L’assassinat du journaliste Ján Kuciak aurait même pu laisser attendre un rang bien pire encore. En revanche, lorsqu'on voit que des pays comme la Grande-Bretagne, la France ou les Etats-Unis arrivent après la Slovaquie, là, on se demande quel crédit accorder à ce classement. 

Enfin, ceci n’est pas une blague mais une série télévisée brésilienne. Intitulée «O Mecanismo» (Le mécanisme), cette production Netflix raconte l’enquête menée par un tandem de flics, qui vont peu à peu mettre au jour un vaste système de corruption. Bien évidemment toute ressemblance avec l’affaire Petrobras (qui a conduit à l'incarcération de l'ex-président Lula et à la destitution de sa dauphine Dilma Rousseff) n'est pas complètement fortuite. Sauf que la série, passée à la moulinette du site d’Arrêt sur Images, revendique des «libertés narratives». D'où l'accusation lancée aujourd'hui par Dilma Rousseff, elle-même : Netflix, créateur de fake news! Et de fait, plusieurs éléments apparaissent, pour le moins, discutables. Tout d'abord, une chronologie alternative : l'affaire Petrobras remonte aux années 1990, lors de la mandature de l'ex-président Cardoso. Or dans la série, l'affaire débute en 2003, c'est-à-dire sous la présidence de Lula. Et puis il y a, aussi, ce passage du cinquième épisode. On y voit le personnage incarnant Lula s’entretenir avec son ex ministre de la justice et lui dire au sujet de l’enquête anti-corruption : «Il faut arrêter cette hémorragie». Cette phrase, tous ceux qui au Brésil ont suivi le scandale Petrobras la connaissent. Sauf qu'en réalité elle n'a pas été prononcée par Lula mais par l'un de ses … ennemis politiques. Et voilà comment les partisans de l'ancien président, aujourd'hui derrière les barreaux, en appellent désormais carrément au boycott de Netflix.

Par Thomas CLUZEL

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