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"Lorraine Motel" à Memphis, où Martin Luther King a été assassiné

Tous contre le silence

5 min
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Vers la fin de sa vie, Martin Luther King regrettait que son fameux rêve se soit transformé en cauchemar. Pour autant, 50 ans après sa mort, le legs du révérend est, lui, bien vivant.

"Lorraine Motel" à Memphis, où Martin Luther King a été assassiné
"Lorraine Motel" à Memphis, où Martin Luther King a été assassiné Crédits : BRENDAN SMIALOWSKI - AFP

«J’avais 8 ans et j’habitais à New York. Je me souviens des gens qui pleuraient dans la rue, plantés devant les magasins de télévisions, incapables d’y croire.» «Je m’en souviens comme si c’était hier. Je croyais alors que le monde était devenu fou et que rien ne pouvait aller plus mal.» Ce témoignage, à l'instar de milliers d'autres publiés sur les réseaux sociaux américains, le prouve : 50 ans plus tard, le traumatisme affleure toujours et encore. Et pourtant, note pour sa part l'écrivain Tony Norman dans la GAZETTE de Pittsburgh, on l’a oublié mais lorsqu'il a été assassiné dans cet hôtel de Memphis, où il était venu soutenir la grève d’employés au nettoyage payés un dollar de l’heure, Martin Luther King battait des records d’impopularité. La bonne société à la fois blanche et libérale regrettait sa critique du capitalisme, aussi féroce que celle du racisme. 

Quoi qu'il en soit, ressusciter le passé se fait sous les yeux du présent et ce que l’on retient d’hier, note LE TEMPS, porte désormais la marque d’aujourd’hui. Les droits des travailleurs, la ségrégation persistante, la pauvreté, un demi-siècle plus tard, écrit THE NEW YORK TIMES, tous ses combats lui ont survécu. Nous en avons tous hérité. Quand le journal local de Fayetteville en Caroline du Nord, THE OBSERVER, juge ce matin que ressusciter la mémoire de Martin Luther King n'a jamais été aussi utile qu'aujourd'hui, THE WASHINGTON POST le reconnaît : son rêve est encore à venir. Et s'il fallait encore se convaincre que Martin Luther King vit encore parmi nous, écrit pour sa part THE HILL, il suffit de citer tous ceux qui aux Etats-Unis poursuivent sa longue marche vers plus de justice, qu'il s'agisse de ces millions de femmes, d'étudiants ou de noirs qui défilent sans cesse à travers l'Amérique, aspirant à devenir la prochaine génération qui n'endossera plus le rôle de victime.

Nous avons longtemps eu une mentalité de martyrs. Désormais, ce n’est plus le cas.

A ce titre, d'ailleurs, un nouveau mouvement est en train de s'étendre comme une véritable traînée de poudre, note THE NEW YORK TIMES : après la Virginie-Occidentale, début mars, des milliers de professeurs sont sortis dans les rues dans l’Oklahoma et le Kentucky, cette semaine, pour protester contre le gel de leurs salaires et les coupes budgétaires dans l’éducation. Quand THE WASHINGTON POST titre : la rébellion s’intensifie, le site de la chaîne américaine CNN, s'interroge : quelle sera la prochaine étape ? Réponse du quotidien de New York : l'Arizona pourrait bien être le prochain État concerné par cette grogne du corps enseignant. Jusqu'à présent, toutes ces manifestations avaient pris les politiciens locaux par surprise. Il faut dire que dans chacun de ces états, solidement républicains, les employés du service public ne sont pas autorisés à faire grève. Et c'est la raison pour laquelle, d’ailleurs, les syndicats préfèrent parler de "débrayages". Enfin, toujours dans les colonnes du NEW YORK TIMES, un professeur de musique en école primaire, lance : «Nous avons longtemps eu une mentalité de martyrs. Désormais, ce n’est plus le cas». 

La «convergence des luttes» devient de plus en plus difficile à ignorer

Et d'une grève à l'autre, direction à présent la France qui, à en croire la presse, serait menacée par le chaos. C'est à se demander s’ils ne se sont pas tous passé le mot : de USA TODAY à DIE TAGESZEITUNG, en passant par AL JAZEERA, tous décrivent une situation confuse proche du «chaos». De son côté l'hebdomadaire britannique THE ECONOMIST semble déceler un paradoxe chez les Français vis-à-vis de ce mouvement social : d’un côté, l’opinion paraît soutenir les grévistes et de l’autre, elle approuve les réformes économiques. Le quotidien espagnol EL MUNDO résume, lui, ce conflit social essentiellement à un match entre le président français et le dirigeant de la CGT Philippe Martinez, le moustachu espagnol qui veut, dit-il, enflammer la France contre Macron. THE LOS ANGELES TIMES précise, pour sa part, que cette grève des cheminots est à rapprocher de celle du personnel d'Air France (partiellement détenue par l'État), mais aussi de celle des éboueurs municipaux dans plusieurs villes (dont Paris) ou bien encore des manifestations d'étudiants opposés aux réformes de l'éducation. Autant de mouvements, note le journal californien, qui s'ajoutent aux malheurs de Macron. Quant au magazine new-yorkais JACOBIN, il prévient qu'il est encore trop tôt pour prédire si ces diverses protestations s'uniront en un mouvement unifié. Force est de constater que pour l'heure, elles restent largement isolées les unes des autres. Reste que le potentiel de ce que les militants de gauche français appellent une «convergence des luttes» devient désormais, dit-il, de plus en plus difficile à ignorer. 

La colère, toujours et encore, au Portugal cette fois-ci. Et pourquoi ? Parce qu'entre 2007 et 2017,  précise le quotidien gratuit DESTAK le soutien de l’État aux banques a dépassé les 17 milliards d’euros, soit 1 708 milliard par an réglé, bien évidemment, par les contribuables. Une véritable décennie noire, résume de son côté CORREIO DA MANHA, repéré par le Courrier International. Le journal le plus lu du pays qui précise que ces opérations de renflouement des banques ont pesé un peu plus de 23 milliards d’euros dans la dette publique, l’équivalent de 12 % du PIB, selon les données divulguées cette semaine par la banque du Portugal. Ce qui représente pas moins de 2 300 euros pour chaque Portugais. 

Enfin direction la Suisse où un mouvementparti, au départ, d’un élan de colère sur Twitter et en train de prendre de l'ampleur. Au point qu’il pourrait même, peut-être, conduire à un référendum populaire. Et le journal LE TEMPS de raconter, ce matin, comment un petit groupe de citoyens s’est mis en tête de s’opposer à la révision du droit des assurances sociales. Dans leur viseur : les nouvelles dispositions validées par le parlement mi-mars, qui permettent aux assureurs de surveiller leurs clients. En cas de soupçon de fraude, les compagnies pourront désormais engager des détectives, recourir à des enregistrements sonores ou visuels, ou utiliser des drones pour la géolocalisation. Toutes ces mesures ont déjà donné lieu à un débat houleux au parlement entre la gauche et la droite, débat qui aurait pu retomber dans l’oubli. Mais c’était sans compter l’action citoyenne lancée sur la plateforme WeCollect il y a une semaine. Objectif : récolter suffisamment de promesses de signature pour envisager le lancement d’un référendum et ce, même si cette initiative aurait sans doute peu de chances face à une droite unie en faveur de cette loi. Mais après tout et comme en toute circonstance, le pire ce ne sont pas tant les actes et les paroles des méchants mais bien le silence des justes.

Par Thomas CLUZEL

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