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Souad Abderrahim, tête de liste du parti islamiste tunisien Ennahdha et première femme élue maire de la capitale

Après l'euphorie, place aux questionnements

5 min
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A l'issue des premières élections municipales démocratiques en Tunisie, Souad Abderrahim a été élue maire de la capitale : une première pour une femme. Tête de liste du parti Ennahdha, elle rejette pourtant l'étiquette «d'islamiste».

Souad Abderrahim, tête de liste du parti islamiste tunisien Ennahdha et première femme élue maire de la capitale
Souad Abderrahim, tête de liste du parti islamiste tunisien Ennahdha et première femme élue maire de la capitale Crédits : YASSINE GAIDI / ANADOLU AGENCY - AFP

En Tunisie et pour la première fois, une femme a été élue, hier, au poste de maire de la capitale. Et bien entendu, toute personne un tant soit peu soucieuse de s'attaquer au fameux problème du plafond de verre, préoccupée par l'instauration d'une égalité entre les genres et attentive à la réussite de femmes à des postes de prestige, ne peut qu'être fière, ce matin, de cette élection. Et pourtant, s'interroge une chroniqueuse du HUFFINGTON POST (dans sa version en ligne pour les pays du Maghreb), faut-il rappeler qu’être femme n’est pas un gage de mérite, ni de compétence, ni une qualité en soi ? Assez du féminisme par fétichisme ! Car après tout, dit-elle, n’est-ce pas une autre forme de sexisme que de réduire ainsi la femme, en tant que personnalité publique, à son sexe ? 

La même analyse est reprise, ce matin, par l'une de ses consœurs du site d'information tunisien BUSINESS NEWS, dans une tribune intitulée : Souad Abderrahim n'est pas juste une femme. Si son élection à la municipalité de Tunis est sans conteste un événement, il ne faudrait pas non plus avoir la mémoire trop courte. N'oublions pas, par exemple, ses déclarations hostiles à la cause de l'émancipation féminine, ses propos incendiaires et moralisateurs contre les enfants nés en dehors du cadre légal du mariage, ou bien encore contre les mères célibataires qu'elle avait qualifiées d' «infamie » pour la société tunisienne. Ou dit autrement, Souad Abderrahim  saura-t-elle défendre les valeurs de ceux qui voient en son ascension un événement ? Saura-t-elle porter le message des citoyens qui aspirent à la liberté et à une avancée de leurs droits ? Il est évident que non. 

Et la chroniqueuse, toujours, de préciser : que ce soit bien clair, Souad Abderrahim ne doit pas ce poste à ses compétences, mais uniquement au fait qu'elle est la représentante du tout puissant parti islamiste Ennahdha et donc l'un de ses pions. En ce sens, ce n'est pas tant Souad Abderrahim que l'on devrait saluer aujourd'hui pour son élection, que l'acharnement dont les islamistes ont su faire preuve pour arriver à leurs fins, en donnant d'eux l'image d'un parti moderne grâce à cette militante, certes, habillée à l'occidentale et ne portant pas le voile, mais qui en portant leurs messages et leurs objectifs ne fera rien de plus que servir leur cause. Dès-lors, s'agit-il d'être content lorsqu'une femme, peu importe qui elle est, accède à un poste longtemps réservé aux hommes ? Non, tranche la chroniqueuse. Il ne suffit pas d'être une femme, dit-elle. Il ne s'agit pas de remplacer des incompétents par des incompétentes, ni de défendre le diable lorsqu'il porte des habits de femme.

En Allemagne, à présent, 24 heures seulement après l'accord conclu à l'arraché entre la CDU et la CSU, il semble que la situation reste, ce matin encore, tout aussi explosive. Le feu n'est, visiblement, toujours pas éteint. Le compromis sur la politique migratoire conclu, lundi soir, entre le parti de centre-droit et son allié conservateur bavarois suscite, désormais, le scepticisme des sociaux-démocrates. Et c'est ainsi, précise DER TAGESSPIEGEL, qu'après deux heures et demie de réunion hier soir à la chancellerie, aucun accord n'a pu être été conclu entre d'un côté l'alliance CDU/CSU et de l'autre le SPD, le troisième partenaire de cette coalition gouvernementale. Dans un entretien au RHEINISCHE POST, le secrétaire général du SPD se montre on ne peut plus clair : «Notre détermination reste la même. Nous ne voulons pas de camps fermés».

Et puis au-delà des bisbilles strictement nationales, nombre de journaux à l'instar du TEMPS, font remarquer que les mesures unilatérales prises par Berlin risquent de provoquer un effet domino dans toute l’Europe. L’Allemagne prévoit, en effet, de renvoyer les requérants entrés illégalement dans son pays depuis l’Autriche, laquelle craint que des contrôles plus stricts ne fassent grimper le nombre de migrants sur son propre territoire. Et c'est ainsi que Vienne menace, désormais, de fermer ses frontières avec la Slovénie et l’Italie. Du coup, le ministre italien de l'Intérieur a précisé, à son tour, que son pays ne resterait pas les bras croisés. «Si l'Autriche veut faire des contrôles, elle en a tout le droit. Et nous ferons la même chose», a-t-il prévenu. Ou quand chacun tente de repousser le problème chez son voisin et ainsi de suite, probablement jusqu’aux sables du Sahara, où l’hécatombe de la migration se déroule loin des regards, se désole l'éditorialiste. 

Enfin direction la Thaïlande où une histoire tient en haleine tout le pays.Une histoire absolument glaçante. Après neuf jours de recherches et alors que l’espoir de les retrouver vivants s’amenuisait, 12 enfants pris au piège dans une grotte sans nourriture et plongés dans l'obscurité totale ont été retrouvés sains et saufs. Âgés de 11 à 16 ans, les jeunes garçons accompagnés de leur entraîneur de football, avaient été surpris par une montée des eaux due à la mousson. Hier, toutes les chaînes de télévision, qui ont suivi l’affaire quasiment en temps réel, ont diffusé les premières images des enfants retrouvés, aux visages maculés de boue. Les photos sont à la Une ce matin du quotidien de Melbourne THE AUSTRALIAN, mais aussi du SOUTH CHINA MORNING POST, avec ce titre : Et maintenant ? Car après l'euphorie, une tâche redoutable attend désormais les enfants, peut-on lire encore ce matin sur le site de la chaîne américaine NPR. Pour sortir, deux options seulement s'offrent à eux : soit attendre que les eaux qui ont inondée la grotte commencent enfin à reculer, ce qui avec la saison des pluies pourrait prendre plusieurs mois ; soit apprendre à plonger pour sortir de la grotte. Sauf que la zone dans laquelle le groupe reste bloqué n'est accessible que par un canal étroit, inondé d'eau boueuse et long de 4 kilomètres. Un parcours qu’un plongeur chevronné met six heures à effectuer. Pour l'heure, de la nourriture a pu être acheminée sur place et des médecins ont rejoint les enfants. Ils doivent évaluer, à présent, leur capacité à plonger : «Il faut les entraîner. Voyons de quoi ils sont capables», a lancé hier le gouverneur de la province. Dans l’intervalle, les sauveteurs continuent, eux, de pomper le maximum d’eau de la grotte afin de faciliter, au maximum, leur sortie.

Par Thomas CLUZEL

Chroniques

8H35
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