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Retour aux origines

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À retrouver dans l'émission

Le premier homme britannique connu de notre ère, qui a vécu il y a environ 10.000 ans, révèle des caractéristiques inattendues : cet homme avait les cheveux noirs bouclés, les yeux bleus et la peau noire.

Il aura attendu pas moins de 10 000 ans pour se retrouver, ce matin, à la première page des journaux. Cheddar Man (c'est son nom), un chasseur-cueilleur qui a migré depuis le Moyen-Orient vers le nord de l'Europe, après la fin de la dernière ère glaciaire précise THE TIMES, est aujourd'hui le plus vieil ancêtre connu des Britanniques. Son squelette, retrouvé dans le sud-ouest de l'Angleterre, est exposé au musée d'histoire naturelle de Londres et il y a quelques années, une reconstitution de son visage l'avait fait renaître sous les traits d'un homme aux cheveux noirs, aux yeux marron et à la peau claire. Mais grâce à un scanner complet du crâne de son squelette, voilà que deux modélistes néerlandais ont réalisé, depuis, un nouveau portrait de lui en trois dimensions. Et c'est ce portrait qui s'affiche, donc, ce matin en grand à la Une du GUARDIAN et du DAILY TELEGRAPH. Or qu'y voit-on ? Un homme dont les cheveux noirs ont bouclé, dont les yeux sont devenus bleus et surtout dont la peau est à l'évidence de couleur ... noire. Le premier homme Britannique, avec lequel 10% de la population actuelle du Royaume-Uni a une ascendance directe, serait considéré comme «noir» s'il vivait aujourd'hui. Cette découverte extraordinaire, écrit THE DAILY MAIL, suggère en effet que les premiers habitants des îles britanniques ont développé une peau de couleur blanche, bien plus tard que ce que l'on imaginait, notamment avec l'invention de l'agriculture, la modification des régimes alimentaires, mais aussi des vagues de peuplement de migrants qui ont apporté, avec eux, le gêne d'une couleur de peau plus claire.

Autre retour en arrière, ce matin, un peu plus récent celui-ci, c'était il y a 100 ans.Le 6 février 1918, très exactement, les femmes obtenaient le droit de vote au Royaume-Uni. Et dans les colonnes du DAILY TELEGRAPH, Helen Pankhurst, l'arrière-petite-fille de celle qui a fait basculer l'histoire (Emmeline Pankhurst, la leader des suffragettes) a bien l’intention, visiblement, de continuer à mener la lutte. Le monde est certes devenu plus clément, moins cruel, mais le chemin à parcourir jusqu’à l’égalité totale reste sinueux, prévient-elle, et on peut s’attendre à certains «retours en arrière». Et de préciser encore : «cette idée que les femmes sont des usurpatrices de la vie publique reste obscurément ancrée dans les esprits». Pour autant, Helen Pankhurst se réjouit évidemment de voir le centenaire de la victoire de son aïeule coïncider, aujourd'hui, avec la vague #MeToo. Et d'ajouter : «Dans cent ans, on dira que 2018 a été le moment où les attitudes ont changé».

Sauf qu'il y en a encore certains pour qui ce changement de mentalité agace. Pour preuve, la dernière polémique au Canada.Ou quand Justin Trudeau se retrouve sous les feux des critiques, ou plutôt des moqueries, après avoir tenu des propos que certains jugent comme exagérément féministes. Jeudi dernier, raconte LE JOURNAL DE MONTREAL, lors d’une assemblée publique à Edmonton, Justin Trudeau a corrigé une citoyenne pour son utilisation du terme "mankind" («genre humain», mais que l'on pourrait littéralement traduire par le «genre de l’homme»). «Nous préférons dire "peoplekind", parce que c’est plus inclusif», a déclaré le Premier Ministre. Aussitôt, la vidéo de cet échange est devenue virale sur le Net et les critiques n’ont pas tardé à fuser. Hier encore, lors d'une question à la Chambre des Communes au sujet de ses récentes vacances sur l'île privée d'un richissime homme d'affaires aux Bahamas, une députée conservatrice s’est moquée du Premier Ministre : «Allez-vous vous comporter en homme courageux, en faisant la seule bonne chose à faire, c'est-à-dire, en remboursant vos dépenses ?» a-t-elle lancé, en prenant soin de remplacer l’expression «to man up» (agir en homme) par «person-up» (agir en tant que personne). Et puis ce sont surtout les commentateurs politiques au Royaume-Uni et aux Etats-Unis qui se sont emparés de l'affaire. THE DAILY MAIL y a notamment consacré une longue chronique, hier, fustigeant le premier ministre canadien pour avoir poussé la rhétorique féministe à l’extrême. «Il y a toujours un moment où quelqu’un essaie si fort de faire partie d’un mouvement qu’il en devient un parfait idiot de la rectitude politique», écrit le journaliste. De son côté, l’émission matinale américaine préférée de Donald Trump, FOX & FRIENDS, a également fait ses choux gras de la controverse, en interviewant un professeur de psychologie de l’Université de Toronto : «Je crains que notre premier ministre ne soit capable de faire avancer ses idées que sur des rails idéologiques très étroits», a notamment déploré le commentateur bien connu au sein de la droite pour certaines de ses positions antiféministes.

Direction l'Allemagne, à présent, où un nouveau mouvement prétend dénoncer les violences faites aux femmes.Ce mouvement de femmes a choisi de se placer sous la bannière du mot-dièse #120db, ce qui correspond au niveau sonore (120 décibels) des alarmes de poche qu’on peut acheter outre-Rhin pour se défendre. Sauf que pour le Faktenfinder de la chaîne de télévision allemande ARD, #120db est, en réalité, le «MeToo» de la droite et même de l’extrême droite germanophone. Car ce site dénonce exclusivement la violence provenant des migrants. Tout a commencé avec une courte vidéo, raconte LE TEMPS, qui a beaucoup circulé sur Twitter et YouTube. Intitulé : «Les Femmes se défendent», ce clip égrène les noms des victimes de meurtre ou de viol commis par des étrangers. Dans ce film, neuf jeunes femmes accusent les pouvoirs publics de ne rien faire pour les protéger. «Vous le savez, vous avez ouvert les frontières et nous en sommes le prix.», lance notamment l'une d'entre elle, sur une petite musique de fond au piano, stressante à souhait. Ou quand le féminisme est désormais récupéré par l’extrême droite.

Enfin toujours s'agissant d'usurpation, DIE TAGESZEITUNG analyse l'offensive sociale lancée par le parti d'extrême droite AfD sous le nom de «patriotisme solidaire», une stratégie inspirée par le modèle du Front national. Une façon d'aller pêcher dans l'électorat traditionnel de la gauche, en se présentant comme le parti de ceux qui sont déclassés ou se sentent oubliés. La création de ce nouveau syndicat apparenté à l'extrême droite inquiète également la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG qui note que tout cela va à l'encontre de la tradition qui veut que les syndicats ouvriers soient plutôt de gauche que de droite.

Par Thomas CLUZEL

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