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Le président américain Donald Trump montre le document signé actant le retrait des Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien

Le pari risqué de Donald Trump

6 min
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Le président américain, Donald Trump, a annoncé que les Etats-Unis se retiraient de l'accord sur le programme nucléaire iranien, et allaient rétablir les sanctions américaines contre Téhéran.

Le président américain Donald Trump montre le document signé actant le retrait des Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien
Le président américain Donald Trump montre le document signé actant le retrait des Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien Crédits : SAUL LOEB - AFP

Même si le président américain n'a fait, au fond, que confirmé hier ce que beaucoup redoutaient, sa décision de retirer les Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien n'en soulève pas moins bon nombre d'interrogations. Quelles sont les principales leçons à tirer de cette annonce ? Selon THE HILL, le retrait pur et simple des Etats-Unis de cet accord marque, tout d'abord, une rupture brutale avec l'Europe. Quand THE TIMES rapporte que la décision de Donald Trump a provoqué la consternation parmi ses alliés européens, son confrère THE FINANCIAL TIMES y voit, lui, une défaite amère pour les dirigeants à la fois français, allemands et britanniques qui, chacun à leur tour, que ce soit lors de déplacements à Washington ou à l'occasion d'innombrables conversations téléphoniques, avaient cherché, par tous les moyens, à dissuader les Etats-Unis de s'engager sur cette voie.

Autre enseignement, toujours selon THE HILL, Donald Trump ne cache pas son aversion pour le multilatéralisme dans de très nombreux domaines (du commerce à la sécurité) et cette décision de déchirer l'accord sur le nucléaire iranien est donc une manière comme une autre de réaffirmer, haut et fort, son slogan de campagne : «America First !». Quant au WASHINGTON POST, il y voit aussi et surtout une occasion de plus pour le président américain de torpiller l'héritage de son prédécesseur. 

Toujours est-il que ce que THE DAILY EXPRESS entrevoit comme le plus gros pari jamais entrepris par Donald Trump plonge le monde entier dans la plus grande incertitude, s'inquiètent tour à tour, ce matin, THE I et THE INDEPENDENT.   

Désormais, tous les yeux se tournent, en particulier, vers Téhéran.Hier, le président iranien a fait savoir que l'accord resterait en vigueur, aussi longtemps que ses objectifs pourraient être atteints avec les autres signataires. Quand THE TEHRAN TIMES titre, d'ailleurs, ce matin : L’Iran restera dans l’accord, son confrère IRAN DAILY se réjouit de ce que le président exprime pour l'heure son mépris vis à vis de Donald Trump par un simple haussement d'épaules et préconise, donc, des liens constructifs avec le monde. Reste qu'hier, Hassan Rouhani a tout de même envoyé des signaux contradictoires. Même s'il a donné des raisons d'espérer à tous ceux qui veulent voir cet accord survivre, il a également averti que si ses arrangements avec les autres signataires n'étaient pas satisfaisants, l'Iran recommencerait à enrichir de l'uranium. 

D'où cette question du NEW YORK TIMES, ce matin : combien de temps faudrait-il à l'Iran pour construire une bombe nucléaire ? Réponse du journal : au moins un an et peut-être beaucoup plus, en supposant que Téhéran décide de fabriquer seul son propre combustible, plutôt que de l'acheter à une autre puissance nucléaire. En revanche, dans le cas contraire, le temps d'alerte pourrait se réduire à seulement trois mois, c'est-à-dire peu ou prou la même durée qui existait avant que le président Barack Obama ne conclue l'accord nucléaire.

Ou dit autrement, la décision du président américain de sortir de cet accord pourrait, tout aussi bien, pousser Téhéran à recourir à l’escalade contre les États-Unis et leur allié Israël. Donald Trump vient de mettre l'Etat hébreu en danger immédiat, s'inquiète d'ailleurs ce matin en Une le journal HA'ARETZ, qui précise : une guerre Israël-Iran devient maintenant beaucoup plus probable. Et de fait, le raidissement américain devrait encourager les faucons à Téhéran, lesquels n’ont jamais eu de cesse, eux, de critiquer cet accord. 

Et le journal de Beyrouth L'ORIENT LE JOUR de dresser, ce matin, la liste des scénarios-catastrophes possibles. L'Iran pourrait, notamment, demander au Hezbollah d’ouvrir un front avec Israël depuis le Liban. Téhéran pourrait, également, décider d’ouvrir les hostilités de façon plus subtile en Irak, où quelque 5 500 GI's restent déployés. En clair, l'Iran pourrait pousser des groupes de la résistance islamique à attaquer sur place les forces américaines. Enfin, les alliés de l’Iran qui combattent aux côtés du régime syrien ont également la possibilité de harceler les troupes américaines déployées dans le nord et l’est de la Syrie pour soutenir les combattants kurdes.  

Ou quand Donald Trump pourrait déclencher une nouvelle crise dans le Golfe

C'est effectivement l'avertissement lancé, ce matin, en première page du GUARDIAN. C'est également l'analyse partagée par un professeur à l'Université de Genève, interrogé dans les colonnes du TEMPS, pour qui les Etats-Unis continuent d’empoisonner le jeu régional au Moyen-Orient. «D’un côté nous avons un pays, l'Iran qui de l’avis pratiquement unanime, y compris de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), a respecté les termes de l’accord. Tout le monde en convient, sauf les dirigeants de deux pays : l’Américain Donald Trump, qui a un rapport problématique à la vérité, et l’Israélien Benyamin Netanyahou, qui a, lui, un lien compliqué à l’honnêteté. Et ce qui resurgit ici, c’est tout le thème du deux poids deux mesures.  L’Iran est systématiquement stigmatisé pour ses ingérences, dans une région dont il est pourtant un acteur central depuis des siècles. Il y a une espèce de distorsion des faits en niant à l’Iran la légitimité de ses intérêts d’Etat dans une région qui est la sienne, avant qu’elle devienne, éventuellement, celle des pays européens ou des Etats-Unis. Naturellement, il ne s’agit pas d’accepter n’importe quoi. Mais s’il y a des violations du droit international dans la région, elles ne sont pas le privilège exclusif de l’Iran, loin s'en faut».

Enfin, le pari risqué de Donald Trump révèle un certain nombre de contradictions.Pour certains des plus fervents détracteurs de cet accord à Washington, au lieu de la dénucléarisation, les États-Unis auraient toujours dû avoir pour objectif un changement de régime à Téhéran, note THE ATLANTIC repéré par le Courrier International. Or le démantèlement de l’accord sur le nucléaire ouvrira la voie à de nouvelles sanctions économiques. Et étant entendu que l’Iran peine déjà à faire face aux besoins économiques de sa population dans le cadre de l’accord nucléaire, sans celui-ci, la situation pourrait devenir plus désastreuse encore. Ce qui signifie que les modérés du régime favorables à une ouverture vers l’Occident se retrouveront un peu plus marginalisés, au profit des Gardiens de la révolution et de leurs alliés les plus intransigeants. En clair, non seulement si Trump parvenait à faire chuter le pouvoir iranien, le nouveau régime risque fort ne pas lui convenir. Mais, rétrospectivement, les Américains risquent aussi de regretter cette folle stratégie, par laquelle ils auront eux-mêmes convaincu l’Iran de chercher de nouveau à devenir une puissance nucléaire.

Enfin, le gouvernement Trump se retrouve aujourd'hui dans une bien curieuse situation, à dénoncer l’accord nucléaire avec l’Iran tout en en négociant un autre avec la Corée du Nord. De sorte que Pyongyang pourrait en tirer un enseignement précieux : un accord négocié par un président peut ne plus rien valoir sous son successeur.

Par Thomas CLUZEL

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