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Image du film "2001 l'odyssée de l'espace", 1968. Stanley Kubrick.

Décoder la pensée

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Des chercheurs ont mis au point un système capable de déchiffrer la pensée avant même qu’elle ne soit formulée par la parole.

Image du film "2001 l'odyssée de l'espace", 1968. Stanley Kubrick.
Image du film "2001 l'odyssée de l'espace", 1968. Stanley Kubrick. Crédits : ARCHIVES DU 7EME ART / PHOTO12 - AFP

Un jeune chercheur du prestigieux Institut de Technologie du Massachusetts (MIT) vient de mettre au point un appareil qui, au moyen de détecteurs placés entre le menton et l’oreille, est capable de lire les mots avant qu’ils soient prononcés. Ou pour le dire plus simplement : un décodeur de la pensée. Grâce à des électrodes captant les minuscules signaux électriques générés par les subtils mouvements musculaires internes qui se produisent lorsque vous vous parlez à vous-même, l'appareil envoie ces signaux à un ordinateur, lequel les interprète pour retranscrire ce moment particulier qui existe entre l'élaboration d'une pensée et sa formulation par la parole. Cette technologie appelée «AlterEgo» n'en est encore pour l’instant qu'à ses débuts, précise le site POPULAR SCIENCE. Le prototype ne reconnaît qu’un vocabulaire réduit. Quant au but recherché, explique pour sa part le magazine FORBES, il vise à vous permettre de communiquer avec un ordinateur en pensant simplement à ce que vous voulez lui dire, mais sans lui dire. C'est un peu comme si vous donniez un ordre à l'assistant «Siri» de votre smartphone uniquement par télépathie. 

Reste qu’on imagine aisément qu'elles pourraient être, aussi, les autres applications possibles. Dans le cadre, par exemple, d'un interrogatoire, un tel dispositif offrirait la garantie d'une totale transparence. Et voilà pourquoi ce qui semble a priori séduisant, écrit ce matin une chroniqueuse du TEMPS, se révèle surtout inquiétant. Bien sûr, on sourit en imaginant les courtisans de la planète démasqués, dit-elle. Sauf que si la sincérité sans filtre peut sembler chevaleresque, en réalité, c’est une plaie. Tout d'abord parce qu'elle peut blesser inutilement. Ensuite, la sincérité rend généralement aigres ceux qui la pratiquent, car ils se sentent seuls dans leur croisade de la vérité. Enfin, et surtout, si elle évite le défaut de duperie, elle précipite son adepte dans le péché d’orgueil. Car, après tout, qui possède vraiment la vérité ? Et y a-t-il seulement une vérité ? 

Quoi qu'il en soit cette course, aujourd'hui, à l'intelligence artificielle, fait débat en Allemagne. Plus exactement, selon DER SPIEGEL, les Allemands devraient s'inquiéter de ce que leur pays soit si en retard, notamment par rapport à la France, en matière d’intelligence artificielle. Dans cet article repéré par le Courrier International, le journaliste va jusqu’à dire que la comparaison entre les pays voisins est même une source de souffrance. Tandis qu’en Allemagne on considère l’Intelligence Artificielle comme de la dangereuse science-fiction, Emmanuel Macron, lui, déclare que «cette gigantesque révolution technologique est en fait une révolution politique». Et le magazine d'en tirer une conclusion amère : si la France a aujourd’hui une stratégie nationale dans ce domaine, l’Allemagne s’efforce seulement maintenant d’atteindre, en réalité, les objectifs affichés pour le haut débit en … 2013.

Lui était interrogé hier au Congrès américain. Et sans doute parce qu’il n'était pas encore muni d'un décodeur de la pensée, la presse s'est chargée de déchiffrer son intervention.Lui, c'est Mark Zuckerberg qui pour l'occasion, et ainsi qu'on le voit ce matin en Une du GUARDIAN, avait troqué son éternel t-shirt gris pour un costume cravate. Dans un exercice aux airs de grand oral, note THE NEW YORK TIMES le patron de Facebook témoigne depuis hier devant le Sénat et la Chambre des représentants. 5 heures durant, le jeune PDG a notamment réitéré ses excuses et assuré aux élus que son groupe mettrait tout en œuvre pour empêcher le détournement des données de ses utilisateurs (ainsi que l'a révélé le scandale Cambridge Analytica). 

Sauf que Zuckerberg aura surtout tenté, en réalité, de préserver sa société de toute réglementation plus stricte. Et la tâche ne lui a pas semblé, a priori, trop difficile, lui qui s'était préparé à répondre aux questions des parlementaires en embauchant non seulement des consultants mais aussi toute une équipe d’avocats. Il avait même organisé une session fictive, avec des membres de son personnel remplissant les rôles de sénateurs. Sauf qu'il aurait pu tout aussi bien demander à ses grands-parents de jouer les cobayes, tant il est apparu à maintes reprises, écrit THE INDEPENDENT, que ceux qui l'interrogeaient n'avaient qu'une vague idée du sujet. Certains semblaient même totalement ignorants.

Sans compter, rappelle pour sa part THE FINANCIAL TIMES, que de par son modèle commercial, Facebook ne pourra de toute façon jamais réviser sa protection des données. Et ce pour une raison simple : l'entreprise dépend de la collecte et du partage du plus grand nombre possible d'informations personnelles. Pourquoi ? Pour que ses clients publicitaires en profitent. Même analyse du quotidien économique letton DIENAS BIZNESS. Les données sont devenues aujourd’hui une véritable matière première, dit-il, et leur importance commerciale est appelée à augmenter encore à l'avenir. Que nous en soyons conscients ou non, nous payons aujourd'hui au prix fort la gratuité du Web. Et ce prix, c'est précisément notre vie privée. 

Reste à savoir si le monde serait, du coup, meilleur sans Facebook ?, interroge de son côté la FRANKFURTER RUNDSCHAU. Les avis sont encore partager. Mais surtout, sans doute, est-il déjà trop tard pour se poser la question. Ou quand Mark Zuckerberg est aujourd'hui dépassé par la créature qu’il a créée. 

Enfin une autre créature est à l'honneur cette semaine : le monolithe noir.Il y a un demi-siècle, en effet, sortait sur les écrans américains le chef-d’œuvre de Stanley Kubrick : «2001 l'Odyssée de l'espace». L'occasion pour un journaliste du très sérieux FINANCIAL TIMES de s'interroger : mais au fait, quelqu’un a-t-il jamais compris quelque chose à ce film ? Bien sûr, certains vous diront qu'il faut simplement se laisser emporter par l’art. Et c’était là, d'ailleurs, manifestement l’intention du réalisateur. En 1970, Stanley Kubrick a lui-même déclaré que le film était fondamentalement «une expérience visuelle non verbale». Dans le genre verbeux, on peut difficilement faire mieux. Toujours est-il que cinquante ans plus tard, les gens débattent encore sur ce que ce film signifie. Et pour moi, écrit le journaliste, c'est surtout une parabole sur l’évolution du public. Au début, nous sommes comme les primates de la scène d’introduction à nous bousculer pour vénérer la supériorité technologique du film. Et puis, alors que le monolithe noir qui déclenche le stade suivant de l’évolution nous entraîne vers l’ère de la conquête spatiale, nous ressortons du cinéma enthousiastes, bien qu’habités d’un sentiment persistant de doute quant au fait que nous n’avons rien compris. Et si vous avez le sentiment que j’ai tort, dit-il, je vous propose un test tout simple : avez-vous vraiment envie de revoir tout ce bazar en entier ?

Par Thomas CLUZEL

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