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Tom Wolfe, écrivain américain décédé à New-York le 15 mai 2018

La légitimité du statut

6 min
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Le tout nouveau président de la Généralité de Catalogne, Quim Torra, a demandé au pouvoir central espagnol de renoncer à administrer directement la province. Dans le même temps une polémique enfle sur des propos violemment anti-espagnols prêtés au dirigeant séparatiste.

Tom Wolfe, écrivain américain décédé à New-York le 15 mai 2018
Tom Wolfe, écrivain américain décédé à New-York le 15 mai 2018 Crédits : ULF ANDERSEN / AURIMAGES / ULF ANDERSEN / AURIMAGES - AFP

En Espagne, Quim Torra vient à peine d'être nommé à la tête de la Catalogne, que déjà la polémique enfle au sujet de propos tenus dans le passé par cet indépendantiste virulent : «Les Espagnols viennent ici pour nous surveiller. Qu'ils s'en aillent une fois pour toutes». Ce tweet daté de 2012, effacé depuis, a été exhumé par les médias. Et puis d'autres déclarations publiques sont jugées carrément xénophobes par ses détracteurs, comme lorsqu'il a qualifié l'Espagne de «pays exportateur de misères» et traité de «charognards, de vipères et de hyènes» ceux qui ne défendaient pas la culture et la langue catalanes. Une position qui lui vaut un premier surnom, relate le site catalan non séparatiste CRONICA GLOBAL : «Quim Jong Torra». Mais on pourrait encore en ajouter deux autres, qui fleurissent également dans la presse : «Pantin Torra» et «Puigdetorra» (en référence à Carles Puigdemont). Pourquoi ? Parce qu'hier, autrement-dit au lendemain de son investiture, le nouveau président du gouvernement autonome catalan s’est aussitôt rendu à Berlin pour y rencontrer son prédécesseur, considéré comme le véritable leader des indépendantistes. Avec ce voyage, il semble désormais de plus en plus évident, écrit le site EL INDEPENDIENTE, que Torra ne fera rien sans l’accord de Puigdemont. En attendant l’avènement de la République idéale, renchérit pour sa part LA VANGUARDIA, la capitale de la Catalogne se retrouve donc transférée à Berlin. Ce que ne saurait tolérer le journal madrilène EL MUNDO, pour qui il s’agit d’une sorte de gouvernement en exil ce qui sort, dit-il, de la légalité.

Direction l'Italie, à présent, où le Mouvement 5 Etoiles et La Ligue d'extrême droite poursuivent leurs pourparlers. Et à en croire le Courrier International, la presse transalpine ne cache plus, sinon son agacement, du moins, son impatience. Quand Il SOLE écrit : les deux camps ne semblent d'accord que sur deux points, la nécessité d’avoir plus de temps mais aussi l’absence d’accord sur le nom du Premier ministre ; son confrère LA REPUBLICCA résume : il apparaît soudainement que faire de la politique et gouverner le pays sont des choses très différentes. Et de préciser encore : puisqu’aucun accord n’a été trouvé malgré leurs annonces, il semblerait que les leaders du Mouvement 5 Etoiles et de la Ligue aient raconté des histoires non seulement à la presse, mais aussi à l’opinion publique et enfin à leurs électeurs respectifs. 

Que signifie être allemand ? C'est la question, cette fois-ci, qui agite la presse outre-Rhin. La polémique, en l’occurrence, dure depuis deux jours maintenant, après que deux joueurs de football allemands d’origine turque ont posé tout sourire, à Londres, aux côtés du président Recep Tayip Erdogan. L'un d'eux a même signé un maillot de son club Manchester City, avec cette dédicace personnelle : «Avec grand respect pour mon président». Voilà qui fait franchement mauvais effet, s'insurge notamment le tabloïd de Hambourg MORGEN POST, pour qui il y a vraiment de quoi être indigné par cette rencontre. Face à cette polémique, le magazine DER SPIEGEL préfère, lui, replacer ce geste dans le contexte des élections présidentielles et législatives anticipées à venir en Turquie, tout en rappelant que le fait qu’un sportif s’affiche aux côtés d’un homme politique n’est pas une première. L'hebdomadaire évoque également le rejet par une partie du public allemand des joueurs d’origines étrangères et met ainsi en garde contre les risques de rejet de la double nationalité. Être allemand, dit-il, ne signifie pas que vous pouvez soutenir certains politiciens et pas d'autres. Il ne dicte pas non plus quelle langue vous devez parler, quelle musique vous êtes autorisé à écouter, ou ce que vous devez manger, toutes ces choses qui sont autant de bonnes raisons d'être un citoyen allemand. 

Enfin qui était-il vraiment ? La presse américaine, elle, rend hommage ce matin à l'écrivain Tom Wolfe décédé hier. Il était une sorte de mouton noir, tout de blanc vêtu. Il était aussi celui qu'on adorait détester, pour ses propos comme pour son apparence. Et peut-être, aussi, parce que le journalisme et la littérature sont bien deux choses différentes. Or, lui, était les deux à la fois. Ses romans étaient imprégnés par ses enquêtes, autant que ses reportages débordaient de littérature. Décédé hier à 87 ans, Tom Wolfe, le Zola new-yorkais, était non seulement l'auteur du cultissime «Bûcher des Vanités», mais également l’un des pionniers du «Nouveau Journalisme», une manière de saisir l’air du temps en mêlant la subjectivité de l’observateur et la réalité qu’il décrit. Mais la prose de l'écrivain n'était pas son seul geste stylistique notable, insiste ce matin THE NEW YORK TIMES, dans cet article intitulé : l'autre héritage de Tom Wolfe. Laissons aux autres le soin de déballer l'héritage littéraire extravagant et souvent provocateur de l'auteur, écrit le quotidien de New-York, en fin de compte, c'est peut-être le chic de Tom Wolfe qui aura été le plus radical. Pensez à la silhouette étrange qu'il s'était taillée dans des costumes de flanelle blanche coupés sur mesure et méticuleusement ajustés et imaginez, ainsi, le paon resplendissant, dans des vêtements immaculés dont la palette de teintes allait de la crème glacée à la vanille ou beurre de noix de pécan, se pavaner dans le décor résolument terne des rassemblements littéraires de Manhattan. Le fait de s'habiller comme il l'a fait lui donnait l'avantage certain d'être facile à distinguer, mais pas seulement. L'écrivain, lui-même, a peut-être été parmi les premiers punks. A bien des égards, la bravoure stylistique de Tom Wolfe ressemblait à celle de sa prose. Que vous l'aimiez ou que vous la détestiez, il fallait bien admettre qu'elle était exécutée à la perfection. Et THE NEW YORKER, à son tour, de s'interroger ce matin : pourquoi donc Tom Wolfe portait-il un tel déguisement, que lui-même qualifiait de «néo-prétentieux» ? Personne à New-York ne porte de costume blanc trois pièces. Sauf que ce costume le rendait socialement impossible à cataloguer. C'était au fond une échappatoire au problème du statut, qui nourrissait la plupart de ses écrits. Selon lui, «le statut d'un individu dans la société, son appartenance à une classe sociale et culturelle, déterminent ce qu'il est, la façon dont il pense et se comporte, bien davantage que sa psychologie personnelle ou son histoire intime». D'où cette conclusion à lire, cette fois-ci, dans les colonnes du WASHINGTON POST, sous ce titre : le génie des costumes blancs de Tom Wolfe. Bien sûr, Tom Wolfe aurait été tout aussi brillant sans son costume blanc, écrit le journal, mais il n'aurait sans doute pas été aussi intéressant. Quand ses costumes faisaient allusion à la civilité, ses livres, eux, s'attaquaient à l'incivilité. 

Par Thomas CLUZEL

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