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Un groupe de migrants africains à Bardonecchia, à la frontière entre Italie et France

La presse italienne, derrière Matteo Salvini, accuse la France d'abandonner des migrants de son côté de la frontière

5 min
À retrouver dans l'émission

Matteo Salvini refuse les excuses françaises après que des gendarmes ont abandonné des migrants du côté italien de la frontière. Une pratique illégale mais courante, reconnaissent les journaux italiens. En Russie, interrogations autour d'une mobilisation sans précédent de la population.

Un groupe de migrants africains à Bardonecchia, à la frontière entre Italie et France
Un groupe de migrants africains à Bardonecchia, à la frontière entre Italie et France Crédits : PIERO CRUCIATTI - AFP

Reportage à la frontière entre France et Italie où se cristallisent de très vives tensions autour de la gestion des migrants. 

Le village frontalier de Clavière fait la Une de la presse italienne ces derniers jours ; on lira en particulier ce long reportage du Corriere della Serra sur les lieux où vendredi dernier, des gendarmes français ont été vus, en train de relâcher en toute illégalité deux migrants du côté italien de la frontière, et s'en retourner côté français sans avoir prévenu les autorités transalpines. 

L'affaire fait scandale depuis deux jours, parce que Matteo Salvini s'en est emparé pour dénoncer cette France d'Emmanuel Macron qui lui donne des leçons sur son refus de laisser les navires humanitaires accoster dans les ports italiens, mais abandonne des africains dans ses montagnes, comme si l'Italie était un "vulgaire camp de réfugié". La charge est violente, dans le style du ministre d'extrême-droite, mais elle fait beaucoup réfléchir les journaux à Rome. 

Le Corriere, donc, a dépêché sur place un envoyé spécial pour confirmer le fait que ce qui s'est passé vendredi est loin d'être un "incident isolé", une "erreur" comme l'ont reconnu du bout des lèvres les autorités françaises.  A Clavière, les habitants disent qu'ils voient "plus souvent les gendarmes français que les policiers italiens".  Ils décrivent ces fourgonnettes de gendarmerie qui viennent, déchargent des sans-papiers et leur montre la direction, "par là", vers le village. Ce serait devenu "une routine", depuis des mois.  Et si ce qui s'est passé vendredi  a été surpris, pour une fois, par les policiers italiens, c'est parce que ces derniers sont beaucoup plus présents à Clavière depuis qu'ils ont évacué la semaine dernière un centre d'accueil de migrants installé dans une église occupée, et qu'ils traquent dans les bois les militants anarchistes qu'ils en ont délogé.    

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Il Fatto Quotidiano insiste sur ces mauvaises pratiques françaises, en rappelant le cas de ce Nigérian, fin mars, qui avait été interpellé directement, là encore sans prévenir les autorités italiennes,  à la gare de Bardonecchia : l'affaire avait, déjà, provoqué la colère de Rome, et poussé le Parquet de Turin à ouvrir une enquête. 

Alors, bien sûr, la presse italienne n'est pas dupe de ce que la posture de Matteo Salvini peut avoir d'hypocrite, compte tenu de sa politique migratoire particulièrement répressive et xénophobe. Mais le ministre a beau jeu de mettre la France face à ses propres hypocrisies, nous dit en substance Il Giornale.  Il cite un syndicaliste policier italien qui, comme Salvini, refuse "les excuses" présentées hier par la préfecture des Hautes-Alpes : "Le pansement est bien pire que la blessure", dit-il, expliquant que "même un enfant de deux ans ne pourrait pas croire que des gendarmes en uniformes fassent trois kilomètres... sans se rendre compte qu'ils ont passé la frontière".  

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Le mensonge et la posture de donneurs de leçons des français seraient finalement pire que le fait même d'abandonner des migrants dans la montagne. On lira enfin cet éditorial, toujours dans Il Giornale, qui conclut qu'en tournant le dos dans ce dossier à l'honnêteté morale et au "bon sens", Emmanuel Macron a fait un involontaire "cadeau aux souverainistes" européens,  à commencer par Matteo Salvini.

Autre histoire de frontière, celle qui agite depuis des semaines la minuscule république russe d'Ingouchie, dans le Nord du Caucase.  

Le Moscow Times nous raconte ça : depuis fin septembre, des dizaines de milliers d'Ingouches (sur 400 000 habitants en tout) occupent pacifiquement le centre de  leur capitale, Magas. Ils exigent un référendum sur leur frontière avec la Tchétchénie, leur voisin de l'est, autre République de la Fédération de Russie, dont le président Ramzan Kadirov a signé avec son homologue ingouche Younouz-Bek Yevkurov un accord frontalier. Car non, la frontière entre les deux n'avait jamais été tracée précisément depuis 1992 et la création des deux Républiques sur les ruines de l'URSS. 

La population ingouche n'accepte pas de ne pas avoir été consultée, et accuse les tchètchènes d'avoir mis la main au passage sur des terres qui lui appartiennent. Malgré cette opposition pacifique, d'une ampleur jamais vue dans la région, l'accord en question est entré en vigueur mardi. Et ce mercredi, à en croire le quotidien Kommersant, est le dernier jour où les manifestations sont tolérées par le pouvoir ingouche. Jusque-là, ce dernier s'est retenu d'envoyer les forces de l'ordre, conseillé en ce sens par un Vladimir Poutine pour une fois partisan de la méthode douce. Mais aujourd'hui, le conflit pourrait s'envenimer, à partir du moment où les rassemblements ne sont plus autorisés. 

Les meneurs du mouvement, nous dit encore Kommersant, ont été reçus hier par un émissaire de Moscou qui leur a proposé de participer à une commission ad hoc sur les questions frontalières. Eux veulent toujours l'annulation de l'accord avec la Tchétchénie, la démission du président Yevkulov, et menacent de porter l'affaire devant un tribunal islamique. Car l'Ingouchie, comme la Tchétchénie sont des terres russes d'Islam, et les manifestations de ces dernières semaines n'ont jamais rassemblé autant de monde que chaque vendredi, au moment de la grande prière.   

On parlait un peu plus tôt de la gendarmerie française, vivement critiquée en Italie. Nos gendarmes ont par contre les faveurs de la presse ukrainienne. 

Des journaux qui saluent l'arrestation, en Bourgogne début octobre, d'un "fantôme" ukrainien : Dmitry Malinovsky, 36 ans, est un homme d'affaire de la région d'Odessa, "considéré comme mort dans son pays depuis 2014", mais qui avait en fait mis les voiles, détournant 12 millions d'euros d'argent sale, pour mener la vie de château en France. 

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L'histoire s'étale dans les colonnes de Zerkalo Tiznia, à Kiev : après donc son arrestation, avec l'appui de la cellule de l'agence Europol, on a découvert que Malinovsky était l'heureux propriétaire, via une société luxembourgeoise, du château de la Rochepot. Un petit bijou médiéval en Côte-d'Or, visité par des milliers de touristes chaque année, nous apprend à Londres le Telegraph qui se passionne lui aussi pour cette histoire.  Il publie les photos du château, des toiles de Dali et de la Rolls-Royce (modèle "Phantom", ça ne s'invente pas) que possédait Malinovsky. 

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Tout cela collait parfaitement avec l'image d'Epinal de l'oligarque châtelain, mais cachait, selon Europol, un vaste système de fraude fiscale et de blanchiment international qui trouve ses racines dans l'Ukraine corrompue de l'ex-président Viktor Yanoukovich, et dans le port d'Odessa, plaque-tournante de tous les trafics à l'Est de l'Europe.

Chroniques
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