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Le romancier américain Philip Roth, décédé le 22 mai 2018.

Comment se souviendra-t-on de nous ?

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Géant de la littérature américaine et mondiale, Philip Roth est mort mardi à l'âge de 85 ans, six ans après avoir arrêté l'écriture et sans jamais avoir obtenu le Prix Nobel pour lequel il avait été si souvent cité.

Le romancier américain Philip Roth, décédé le 22 mai 2018.
Le romancier américain Philip Roth, décédé le 22 mai 2018. Crédits : JIM WATSON - AFP

Comment se souviendra-t-on de nous ? Evidemment, poser la question en ces termes, peut sembler légèrement prétentieux. A tout le moins, cela revient-il à supposer que l’homme occuperait aujourd'hui une place centrale sur Terre. Or ainsi que l'explique THE GUARDIAN, cité par le magazine Slate, des chercheurs viennent pour la toute première fois de donner une estimation détaillée de la répartition de la biomasse terrestre. Et les résultats sont saisissants. Alors que les plantes représentent 83% des êtres vivants sur notre planète, suivies par les bactéries (13%), les humains, eux, ne représentent que 0,01% de la vie sur Terre. De là, il ressort donc que notre vision du monde qui place les intérêts des humains avant les autres formes de vie est totalement disproportionnée. Sauf que l'humanité et ses 0,01% nuit aux … 99,99% restant. Indignation. L’activité humaine est, d'ailleurs, si importante que les scientifiques lui ont même donné un nom : l' «anthropocène», c'est-à-dire la période durant laquelle l'influence de l'être humain sur la biosphère a atteint un tel niveau qu'elle est, carrément, devenue une force géologique. 

Comment se souviendra-t-on de vous ? Ou plus exactement comment souhaitez-vous que l'on se souvienne de vous ? C'est également la question que Guy Verhofstadt a posé hier à Mark Zuckerberg, lequel était auditionné à Bruxelles devant les chefs des groupes parlementaires. Et le président de l'Alliance des Libéraux, notamment, de l'interpeller en ces termes : quelle empreinte voulez-vous laisser dans l'Histoire ? Celle d’un Bill Gates ou d’un Steve Jobs ? Ou bien celle d’un génie ayant créé un monstre numérique qui détruit aujourd'hui nos démocraties ? Bien entendu, en venant à Bruxelles, le patron de Facebook savait à quoi s'attendre. Et sans surprise, ainsi qu'il l'avait déjà fait le mois dernier devant les parlementaires américains, le jeune milliardaire a donc renouvelé ses excuses, à la fois pour les lacunes de son réseau social dans la protection des données de ses utilisateurs (illustrées par le scandale Cambridge Analytica), mais aussi pour ne pas avoir été assez rapide à empêcher la «propagande russe» pendant les élections américaines. A-t-il pour autant convaincu ? Rien n'est moins sûr. D'autant plus, note le magazine QUARTZ, que la réunion d'hier s'est avérée particulièrement maladroite sur la forme. En clair, là où le Congrès américain avait opté pour le bon format d'audition (plusieurs heures, deux jours de suite) mais s'était malheureusement contenté de questions trop faciles, le Parlement européen avait, lui, cette fois-ci choisi les bonnes questions, mais sur un format trop court (à peine plus d'une heure), ce qui a permis à Zuckerberg délivré d'éviter assez largement les réponses. 

Et pendant ce temps, aux Etats-Unis, s'agissant justement de l’enquête concernant une possible ingérence russe dans la présidentielle américaine, la saga continue. Lassé d’attendre et pressé par ailleurs de riposter, Donald Trump s’est embarqué dans une nouvelle stratégie à double détente, écrit THE NEW YORK TIMES. Non seulement limiter l’enquête en cours mais aussi attaquer, désormais, les enquêteurs eux-mêmes. Lundi, le vice-ministre de la Justice, lequel avait pourtant su résister jusque-là aux pressions du président américain, a accepté d'enquêter sur d’éventuelles irrégularités du FBI. Exit le fantôme russe. Un espion du FBI dans la campagne électorale américaine ?, s'interroge perplexe DIE TAGESZEITUNG. Pour son confrère DER SPIEGEL, la stratégie de Trump s'apparente surtout à une nouvelle forme d'ingérence directe, celle d'un président dans le travail des enquêteurs. Ce qui contredit toutes les pratiques à Washington. 

Enfin s'agissant cette fois-ci des soubresauts de la diplomatie américaine, hier, rapporte la chaîne CNBC, la porte-parole du département d'Etat a présenté la nouvelle stratégie de l'administration Trump vis-à-vis de Téhéran. Or après avoir nié que les Américains travaillaient ouvertement à un changement de régime en Iran, elle n'a pas caché qu'ils ne le verraient pas d'un si mauvais œil. Ou quand Trump court à la catastrophe avec l'Iran, s'inquiète THE WALL STREET JOURNAL. Et puis le président des Ombres et son imprévisibilité n'ont décidément pas fini de donner des sueurs froides à la presse américaine. L'euphorie qui avait suivi l'annonce d'une possible rencontre entre Donald Trump et son homologue nord-coréen (le 12 juin) a cédé la place au doute. Hier, le président américain a évoqué la possibilité d'un report. Faut-il y voir une simple posture pour reprendre l'avantage sur Pyongyang ou bien est-ce le signe que les Etats-Unis n'ont plus confiance dans le processus de négociation ? s'interroge THE HILL. Quoi qu'il en soit, si ce sommet échoue, écrit le journal, ce serait non seulement une défaite cuisante pour Donald Trump, mais surtout un signal d'alarme pour tous ceux qui pensaient que la guerre avec la Corée du Nord n'était qu'une possibilité lointaine.

Enfin, comment se souviendra-t-on de lui ? «Indignation», «Zuckerman délivré», «Exit le fantôme» ou bien encore «L'écrivain des Ombres». Voilà quelques-uns des titres de l'œuvre prolifique et protéiforme du gigantesque Philip Roth, écrit THE NEW YORK TIMES, le romancier dont on a appris la mort cette nuit à l'âge de 85 ans. Il y a quelques mois à peine, le quotidien de New-York avait obtenu de lui une interview exclusive dans laquelle l'auteur, notamment, de «Pastorale américaine» mais aussi «Le complot contre l'Amérique» partageait ses réflexions notamment sur Donald Trump. «Personne que je connaisse n'avait prévu une Amérique comme celle dans laquelle nous vivons aujourd'hui. Personne n'aurait pu imaginer que la plus dévastatrice des catastrophes du 21ème siècle qui frapperait les Etats-Unis n'apparaîtrait pas sous la forme terrifiante de Big-Brother mais bien dans la sinistre figure d'un bouffon de la Commedia dell'arte, dépourvue de tout sauf de l'idéologie creuse d'un mégalomane. Et puis toujours dans cette interview, reprise sur le site du NEW YORK TIMES, l'écrivain expliquait, «dans quelques mois seulement, je quitterai la vieillesse pour m'enfoncer, chaque jour un peu plus profondément, dans la redoutable Vallée de l'Ombre. En me couchant le soir, je souris en me disant que j'ai vécu un jour de plus. Et c'est encore plus étonnant de se réveiller huit heures plus tard et de voir que c'est le matin et que je continue d'être ici. Semaine après semaine, mois après mois, cela produit en moi l'illusion que cette chose ne finira jamais. C'est un peu comme jouer à un jeu, auquel pour l'instant et même contre toute attente, je continue de gagner», disait-il, avant d'en conclure : «Nous verrons combien de temps ma chance tiendra».

Découvrez notre dossier sur la mort de Philip Roth

Par Thomas CLUZEL

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