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Dessin de Dilem publié dans le quotidien algérien "Liberté" lundi

L'Algérie, à l'inverse de son président Abdelaziz Bouteflika, bouge, vibre, tremble et semble se réveiller

6 min
À retrouver dans l'émission

A la Une de cette revue de presse : le pouvoir algérien face à la hantise d'une rue qui se soulève, les tensions entre l'Inde et le Pakistan et Donald Trump à Hanoï avec Kim Jong-un pendant que son ancien avocat sera à la Chambre des représentants.

Dessin de Dilem publié dans le quotidien algérien "Liberté" lundi
Dessin de Dilem publié dans le quotidien algérien "Liberté" lundi

Ce qui se passe en Algérie est merveilleusement résumé par une image, ou plus précisément par un dessin.

Ce dessin est à découvrir dans les colonnes du journal algérien Liberté, où sévit l'extraordinaire Dilem. L'un des plus brillants dessinateurs de presse du monde.

On y voit le peuple algérien, croqué en quelques personnages - il y a là des vieux, des jeunes, des hommes, des femmes, avec des pancartes "dégage" et ce 5 barré de rouge, comme un "non au 5e mandat" pour Abdelaziz Bouteflika.

En face d'eux, apparaissent un policier avec son casque et son bouclier et toute une garnison derrière lui. Un policier qui hurle dans son mégaphone "veuillez retourner sur les réseaux sociaux".

Voilà où en est le pouvoir algérien face à la hantise d'une rue qui se soulève.

Un pouvoir qui semble à peine commencer à réaliser que les moyens classiques de contrôle de l'information ne semblent désormais même plus fonctionner.

Sur le site de l'agence de presse nationale algérienne, ce sont d'ailleurs l'augmentation de la capacité de production électrique de l'Algérie en 2022 ou la préparation des jeux méditerranéens à Oran en 2021 qui font l'essentiel de l'actualité ce matin. A peine quelques dépêches sur les manifestations.

Dans le reste de la presse, je suis tombée, médusée, sur cette Une du quotidien l'Expression. On y voit un visage fermé, dur, surmonté d'un képi. Un doigt menaçant. Ce sont ceux du général Ahmed Gaid Salah. 

Et puis, en dessous, cette citation en énormes caractères : "non à l'aventurisme".

Dans ses pages intérieures, le journal fait la part belle aux propos du chef d'état major algérien qui demande "Est-il raisonnable de pousser les algériens vers l'inconnu avec ces appels qui sont en apparence pour la démocratie, mais qui réalité cherchent à entraîner les citoyens sur des chemins non sécurisés aux conséquences incertaines".

Juste à côté, on peut lire l'éditorial du journal. Il parle de manifestations de rues "de plus en plus restreintes". Ah  bon... D'exigences "antidémocratiques", ah bon encore. "Il y a 24 millions d'électeurs en Algérie" dit le journal, et ce ne sont pas, écrit-il encore "5 ou 600 000 personnes dans la rue qui peuvent faire taire la majorité  silencieuse". L'éditorialiste Zouhir Mebark parle de manifestations venues de nulle part et ne répondant à aucune formation politique classique de l'opposition, pas même  comparables aux "gilets jaunes", puisque, écrit-il, les "gilets jaunes" n'ont de revendication liées qu'au pouvoir d'achat.

Lui reproche aux manifestants algériens d'être antidémocratiques et d'empêcher le peuple de s'exprimer par les voies légales, c'est-à-dire le prochain scrutin présidentiel. Et l'éditorial voit dans cette agitation le spectre d'un retour à la violence.

La peur, la peur. Cette recette éculée, comme le rappelle l'édito du quotidien la Liberté

On se souvient que c'est ainsi, avec la peur, que les dictatures ou les régimes autoritaires créent les conditions de leur survie.

La peur qui monte aussi vers le Cachemire, à la frontière entre l'Inde et le Pakistan

Et l'image reste dangereuse. Quand elle n'est pas vérifiée, c'est une arme.

Comme ces vidéos, reprises par les médias pakistanais et indiens.

L'Inde et le Pakistan, les deux puissances nucléaires ennemies, sont dans une escalade vertigineuse depuis quinze jours, depuis l'attentat perpétré en Inde contre une caserne, et revendiqué par un groupe islamiste basé au Pakistan. Attentat dans lequel seraient morts 40 paramilitaires indiens.

https://theprint.in/opinion/india-and-pakistan-at-the-brink-foreign-policy-heads-into-the-unknown-in-south-asia/198526/

Et hier, annonce de représailles menées par les chasseurs de l'armée de l'air indienne, sur un camp pakistanais suspecté d'accueillir des terroristes. 300 morts dit l'Inde. "Mais pas du tout, il n'y a pas eu de victimes" dit de son côté l'armée pakistanaise, qui assure avoir chassé  les avions indiens de son espace aérien.

Mmh... Qui croire ?

Pour appuyer ces deux versions contradictoires, les médias indiens et pakistanais ont utilisé chacun cette vidéo qui montre des avions de chasse larguant des bombes.

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Le quotidien pakistanais en ourdou, Nawa-i-Waqt, l'a postée comme preuve de la déroute de l'armée de l'air indienne face aux avions pakistanais.

De leur côté, les médias indiens ont utilisé cette vidéo pour prouver, eux, que l'Inde avait bien été frappée par le Pakistan, contrairement à ce que le Pakistan affirme.

Or cette vidéo n'a rien à voir avec les événements, puisqu'elle a été filmée il y a 5 ans, lors d'une démonstration  aérienne.

Bref... On nage en pleine guerre de propagande.

Les conséquences pourraient être dramatiques. C'est ce que je me disais ce matin, puis je suis tombée sur une analyse à lire dans le Guardian.

Le Guardian nous explique qu'en fait aucun des deux pays ne peut se permettre un conflit à grande échelle.

Ni le Pakistan où Imran Khan vient à peine de conquérir le pouvoir, ni l'Inde où Narendra Modi va avoir besoin d'un second souffle lors des élections au printemps. 

Le Pakistan devrait tirer les leçons de l'Histoire, explique le journal, et se souvenir que chaque fois qu'il a tenté  de défier l'Inde, plus riche et plus  puissante, il a perdu, et que le nucléaire n'est pas une bonne option. 

Reste que la menace nucléaire est quand même quelque chose de redoutablement efficace quand certains pays veulent l'utiliser pour des gains diplomatiques ou politiques. 

Donald Trump à Hanoï pendant que son ancien avocat sera à la Chambre des représentants

On pense aussi évidemment à ce sommet qui s'ouvre aujourd'hui à Hanoï entre Donald Trump et Kim Jong-un.

Oui, forcément, parce que Kim Jong-un, avec sa coupe de Playmobil et ses gesticulations de Docteur Folamour, a réussi en deux ans à faire ce que trois générations de leaders nord coréens n'avaient pas réussi à faire : devenir l'interlocuteur direct des États-Unis. 

CNN se demande si cette rencontre va permettre à Donald Trump de d'étouffer l'autre actualité qui lui colle désespérément à la peau, alors que son ancien avocat Michael Cohen doit témoigner aujourd'hui devant la Chambre des représentants. Et cela promet d'être gros.

CNN s'interroge si Donald Trump peut s'en sortir. S'il parvient à négocier un accord de paix durable et vérifiable et ce que cela peut suffire pour éclipser  les enquêtes auxquelles son administration n'en finit plus d'être confrontée.

Pas sûr. Et le journal de rappeler l'exemple de Nixon, dont les succès diplomatiques n'ont jamais pu le sauver du scandale du Watergate.

On se demande donc ce matin si ce n'est pas une fois de plus l'image qui va l'emporter à Hanoï. La gesticulation, les bouffonneries, les tweets. L'image, plutôt que la réalité.

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