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Le leader nord-coréen Kim Jong-un (g) et le président chinois Xi Jinping (d)

La force des images

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Kim Jong-un a été accueilli en grande pompe à Pékin. Une première visite (secrète) en Chine, signe de la volonté de rapprochement des deux alliés historiques, avant le sommet prévu entre le dirigeant nord-coréen et son homologue américain.

Le leader nord-coréen Kim Jong-un (g) et le président chinois Xi Jinping (d)
Le leader nord-coréen Kim Jong-un (g) et le président chinois Xi Jinping (d) Crédits : JU PENG / XINHUA

Depuis deux jours la rumeur courait, ou plus exactement elle roulait, depuis que la chaîne NIPPON TV avait diffusé les images d'un mystérieux train blindé aux vitres teintées noires, arrivé lundi en gare de Pékin. Plus tard, grâce à des mesures exceptionnelles, ladite rumeur avait encore réussi à échapper aux journalistes, retenus derrière un cordon de sécurité à plusieurs centaines de mètres de distance précise THE TRIBUNE, en s'engouffrant, cette fois-ci, dans un long cortège de limousines officielles entourées de motards et d'ambulances. Autant dire que cette rumeur devait bien avoir un visage et même un nom et toute la presse de s'interroger : se pouvait-il, par exemple, qu'un certain Kim Jong-un ait choisi la Chine comme destination pour son premier voyage à l’étranger, depuis que l'ermite est arrivé au pouvoir il y a 7 ans ? Le détail clé, précise à son tour THE GUARDIAN, c'était bien les images de ce train vert et jaune. Pourquoi ? Parce que le père de Kim Jong-un (Kim Jong-il) était connu, justement, pour sa phobie de l’avion. Et c’est ainsi qu’il avait l’habitude non seulement de mener ses visites à l'étranger en train, mais aussi sans annonce officielle préalable. De sorte que Pékin ne confirmait généralement les visites de son voisin, qu'une fois celles-ci terminées. En bon héritier, c'est très exactement la même stratégie qu'a donc choisi d'adopter son fils, en allant visiter secrètement son voisin. La visite n'a été officiellement révélée que ce matin par l'agence de presse nord-coréenne KCNA, laquelle publie une lettre signée de Kim Jong-un, lui-même : «Puisque j'ai achevé avec succès mon premier voyage en Chine et que je suis rentré chez moi, je voudrais exprimer ma sincère gratitude au gouvernement ainsi qu'au peuple chinois pour sa chaleureuse hospitalité».

Une visite surprise, donc, d’autant plus mystérieuse que la Chine est plutôt en froid avec son voisin, depuis que celui-ci fait régulièrement voler ses jouets balistiques au-dessus de la mer.En d’autres termes, cette rencontre souligne de manière spectaculaire un rapprochement entre les deux voisins. Ou dit autrement, selon THE WASHINGTON POST, elle vient rappeler à tous ceux qui, dans le tourbillon diplomatique de ces derniers mois, auraient eu trop facilement tendance à l'oublier : la Chine joue, toujours et encore, un rôle majeur dans le règlement de la crise nord-coréenne. Tout d'abord, parce qu'en dépit de l'antipathie récente entre les deux pays, Kim Jong-un n'a pas oublié que la Chine reste pour lui un allié majeur : son voisin lui fournit l'aide nécessaire pour maintenir son économie moribonde à flot. Mais en affirmant ses liens renoués avec la Chine, la Corée du Nord envoie, aussi, un message à Washington et à Séoul, en laissant entendre qu'elle dispose de plusieurs options sur la table si les sommets prévus avec ses deux ennemis (les Etats-Unis et la Corée du Sud) venaient à s'écrouler. Là encore, à l'instar de ses aînés note une chercheuse interrogée dans les colonnes du TEMPS, le leader nord-coréen use d'une stratégie éculée. «De même que son grand-père jouait Pékin contre Moscou, Kim Jong-un est en train de tenter de jouer la Chine contre les Etats-Unis, en se présentant comme un pivot qui aurait la liberté de choisir avec qui travailler. Quant à la Chine, elle n’est sans doute que trop heureuse de renouer avec la Corée du Nord, à un moment où Pékin se sentait probablement marginalisé à la table des négociations».

Lui, en revanche, n'a pas pris le train mais le bus.Lui, c'est Roberto Fico, le tout nouveau président italien de la Chambre des députés, figure du Mouvement 5 Etoiles. Et sur le blog justement du M5S, on peut lire cette note, illustrée par une photo de Fico en route pour l'Assemblée à bord du bus romain 85, avec ce commentaire : «Désormais, le Parlement ne sera plus le symbole de la Caste». Et de fait, l’image semble parfaitement raccord avec les principes du Mouvement 5 Etoiles, en faveur d’une politique plus transparente et de l’abolition des privilèges. LA REPUBBLICA rapporte, d'ailleurs, que Roberto Fico a aussitôt annoncé qu’il renoncerait à son indemnité de fonction, en tant que président de la Chambre. Evidemment, la photo a rapidement circulé sur les réseaux sociaux, ouvrant l’habituel débat doctrinaire entre ceux qui louent un exemple et ceux qui jugent que ce genre de chose ne durent généralement qu'un temps. Et le journal de centre gauche de rappeler que sa prédécesseure avait, elle aussi, entreprit d’arriver à pied à la Chambre, du moins, au début de son mandat.

Et puis toujours dans la presse transalpine citée par le Courrier international, les débats de ces derniers jours se focalisent surtout autour de cet accord conclu entre le Mouvement 5 Etoiles et la coalition de droite/extrême droite, pour faire élire chacun l'un des siens à la présidence des deux Chambres. Quand pour LA REPUBBLICA le bal ne fait que commencer, son confrère IL FATTO QUOTIDIANO rappelle que le tango se danse à deux mais surtout qu’il appartient aux deux partenaires de rester dans la danse jusqu’au bout. A ce titre, IL FOGLIO, lui, ne croit pas à cette alliance entre les faux jumeaux, dit-il, du populisme italien. Le journal conservateur qui, il y a quelques jours, offrait d'ailleurs à ses lecteurs une autre photo, en format poster : celle d'un baiser fougueux entre les leaders du Mouvement 5 Etoiles et de la Ligue. Il s’agissait en réalité d’une fresque éphémère apparue dans le centre de Rome et que les services municipaux se sont, depuis, empressés d'effacer.

Enfin après le choc, la colère en Russie.Les faits, tout d'abord, sont glaçants. Dimanche dernier, le feu s’est déclaré au troisième étage d'un centre commercial en Sibérie, à proximité d'un cinéma où de nombreux enfants étaient venus assister à la projection d’un dessin animé. Le bilan fait état d'au moins 64 morts (dont 41 enfants). Et le quotidien VEDOMOSTI d'égrener les violations flagrantes des règles de sécurité qui ont mené à la catastrophe. On sait désormais que l’alarme incendie était désactivée, que les sorties de secours étaient condamnées et que personne ne s’est occupé de l’évacuation, ainsi qu'on peut le voir sur une vidéo effrayante des caméras de surveillance. THE LOS ANGELES TIMES publie, lui, ce matin le témoignage, tout aussi glaçant, d'Evgeniya. Lorsque sa nièce de 12 ans, Vika, s'est retrouvée piégée dans le cinéma, elle l'a appelé paniquée pour lui dire qu'elle ne pouvait plus respirer et que les portes étaient verrouillées, avant d'ajouter : «Dis à ma mère que je l'aimais. Dis à tout le monde que je les aimais». Hier, précise THE MOSCOW TIMES, près de 4000 personnes se sont spontanément rassemblés devant les bâtiments de l’administration pour réclamer la démission du gouverneur et du maire. Dans la même matinée, Vladimir Poutine a, lui, effectué une visite sur les lieux du drame. Mais son déplacement n’a fait qu'irriter, un peu plus encore, les habitants renchérit KOMMERSANT. Quand certains ont demandé à ce que le chef de l’État vienne leur parler, celui-ci, en réalité, était déjà reparti. 

Par Thomas CLUZEL

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