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Arkadi Babtchenko, écrivain et journaliste dissident russe, tué à Kiev.

La couleur de la guerre

6 min
À retrouver dans l'émission

Un journaliste et écrivain russe virulent critique du Kremlin, Arkadi Babtchenko, a été tué par balle à Kiev où il s'était exilé, se disant menacé après avoir dénoncé le rôle de la Russie dans le conflit dans l'est de l'Ukraine.

Arkadi Babtchenko, écrivain et journaliste dissident russe, tué à Kiev.
Arkadi Babtchenko, écrivain et journaliste dissident russe, tué à Kiev. Crédits : MARCUS ERICSSON / TT NEWS AGENCY / TT NEWS AGENCY/AFP - AFP

Précision (en date du 31/5/2018) - Il a été révélé en cours de journée qu'Arkadi Babtchenko n'était finalement pas mort et que toute cette histoire était une manipulation. France Culture.

Il y a un an, lorsqu'on lui avait demandé s'il craignait la mort, il avait répondu : «Mourir me faisait déjà peur il y a 20 ans, la mort m'effraye toujours aujourd'hui et j'imagine qu'elle continuera de me terroriser, même dans 100 ans». Hier, Arkadi Babtchenko n'avait encore que 41 ans lorsqu'en rentrant chez lui il a reçu trois balles dans le dos. Depuis la cage d’escalier, il a réussi à se traîner jusqu'à son appartement, où sa femme l'a découvert par terre, ensanglanté. Il mourra quelques minutes plus tard à peine, dans l'ambulance qui le conduisait à l'hôpital. 

Babtchenko avait fui son pays, la Russie, parce qu'il craignait pour sa sécurité et celle de sa famille, son épouse et sa fille. A l'automne dernier, ils avaient déménagé à Kiev. Un exil qui n'aura pas empêché le journaliste, reporter de guerre chevronné, d'échapper à la mort.  Et parce qu'il était devenu ces dernières années un critique très virulent à l'égard du Kremlin, les circonstances de sa mort ne laissent aujourd'hui que peu de place au doute. Hier, la police de Kiev a d’ailleurs aussitôt déclaré privilégier la piste d'un crime lié à sa profession. 

Arkadi Babtchenko s'était notamment rendu dans l'est de l'Ukraine, pour y dénoncer le rôle de la Russie dans ce conflit qui a fait plus de 10.000 morts en quatre ans. Et puis avant cela, dans un livre intulé «La couleur de la guerre», il avait également raconté son expérience en tant que soldat en Tchétchénie. En ce sens, précise ce matin le quotidien en ligne letton MEDDUZA, la vie et la carrière de Babchenko étaient inextricablement liées à la guerre. Il en avait fait l'expérience de l'intérieur, dans les tranchées boueuses, sous une bruine sans fin. Et c'est encore en soldat de la vérité, cette fois-ci, qu'il est mort hier au combat. 

Son meurtre a aussitôt provoqué un choc dans la profession, et tout particulièrement en Ukraine. Il faut dire, rappelle le site de NPR, que c'est là le deuxième assassinat en moins de deux ans d'un journaliste contestant la politique du gouvernement russe et habitant dans la capitale ukrainienne. Hier, un conseiller du ministre ukrainien de l'Intérieur a lui-même directement mis en cause la Russie : «le régime de Poutine vise ceux qu'il ne peut pas casser ou intimider», a-t-il lâché. Même son de cloche pour un autre journaliste russe, installé lui aussi en Ukraine, directeur adjoint de la chaîne de télévision ATR et pour qui son ami «a été tué sur ordre direct» de Moscou.

A l'inverse, le ministère russe des affaires étrangères a, lui, immédiatement rejeter la faute sur son voisin, en dénonçant «les crimes sanglants et l'impunité totale devenus une routine pour le régime de Kiev». Quant au site d'information en ligne pro-Kremlin SPUTNIK, il se contente d'indiquer ce matin qu'un journaliste russe a été assassiné en Ukraine, sans jamais préciser combien il était surtout un virulent dissident, critique du Kremlin. 

Dans son livre, «La couleur de la guerre», Arkadi Babtchenko écrivait : «Il y a deux Russie, l'une où ils tuent, et l'autre où ils donnent des fleurs».

La guerre, toujours et encore ce matin, après que l'armée israélienne a annoncé avoir frappé cette nuit plusieurs objectifs militaires liés au Hamas, en réponse à des tirs de roquettes depuis la bande de Gaza. La guerre n'a jamais été aussi proche, peut-on lire notamment ce matin sur la version en ligne du DAILY MAIL. Les sirènes israéliennes avertissant de l'imminence de tirs de roquettes et de mortiers ont hurlé toute la nuit, jusque tôt ce matin, à la suite de l'attaque la plus lourde depuis 2014, lancée contre l'Etat hébreu à partir de l'enclave palestinienne. De leur côté les Etats-Unis, alliés d'Israël, ont dénoncé les tirs palestiniens et demandé une réunion d'urgence aujourd'hui du Conseil de sécurité de l'ONU.

Une guerre oubliée, à présent, celle menée par la Chine au Xinjiang, une province à majorité musulmane. Ou quand la Chine incarcère les Ouïgours en masse. Au Xinjiang, depuis le printemps de l'année dernière raconte le correspondant du TEMPS dans la région, entre 200 000 et 1 million de musulmans ont été enfermés dans des camps de rééducation, conséquence directe de la poigne de plus en plus ferme du président Xi Jinping, lequel veut obtenir l’assimilation complète de toutes les minorités religieuses et ethniques du pays. Les détenus y sont endoctrinés, sans savoir quand ils pourront en sortir. Ils n’ont pas accès à un avocat et ne sont, d'ailleurs, même pas formellement condamnés. Et pour cause, leur détention se déroule entièrement en marge du système légal. Tout peut devenir prétexte à une arrestation : le fait de fréquenter une mosquée, de porter une barbe ou le voile, de voyager, d’avoir de la famille à l’étranger et même de télécharger de l’art ouïgour sur son téléphone.

«Ce qui se passe au Xinjiang est sans précédent», note un chercheur allemand qui a effectué l’étude la plus poussée sur ces internements. A l'intérieur des camps, les prisonniers sont soumis à une discipline militaire. Ils passent 14 heures par jour en classe à étudier les discours du président Xi Jinping, à répéter des slogans comme «Le parti nous a sauvés» ou «Nous sommes Chinois et pas musulmans». On les force aussi à effectuer des séances d’autocritique. Les plus zélés se voient octroyer des points, leur permettant d’améliorer leurs conditions de détention. Les plus récalcitrants, eux, sont torturés. «La dernière fois que la Chine s’est lancée dans une campagne de rééducation de cette ampleur, précise toujours le chercheur, c’était durant la Révolution culturelle, il y a 50 ans». 

Enfin la Belgique se réveille, ce matin, encore sous le choc. Trois victimes innocentes tuées de sang-froid par balles hier en plein centre-ville de Liège, ainsi qu’une quatrième personne massacrée à coups de marteau la veille : c’est là le terrible bilan, écrit LA LIBRE BELGIQUE, de ce qui se présente, dans son modus operandi, ainsi que dans le profil de l’auteur, comme un acte de terrorisme. Et tandis que les enquêteurs tentent toujours de cerner le profil de Benjamin Herman, délinquant multirécidiviste radicalisé, la presse s'interroge, à l'instar du SOIR : Comment cet homme, qui figurait dans trois rapports (deux de la sûreté de l'Etat et un des services de renseignement de la police) a-t-il pu obtenir une permission de sortie de prison ?

Par Thomas CLUZEL

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