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Le nouveau Premier ministre italien Giuseppe Conte

Le feuilleton permanent

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Après près de trois mois de tractations et de rebondissements inédits, même pour un pays rompu aux crises politiques, les populistes s’installent au pouvoir en Italie : le Mouvement 5 étoiles (antisystème) et la Ligue (extrême droite) ont trouvé un compromis avec le président Sergio Mattarella.

Le nouveau Premier ministre italien Giuseppe Conte
Le nouveau Premier ministre italien Giuseppe Conte Crédits : TIZIANA FABI / AFP - AFP

Toute cette semaine, plusieurs sagas auront tenu en haleine le spectateur assidu de l'actualité. En Italie, tout d'abord, où la politique aura rarement été à ce point marquée par la ruse et la naïveté. Après s'être dressé tel un seul homme, faute de garanties suffisantes face aux forces anti-systèmes, le président de la République avait lui-même désigné, lundi, un nouveau Premier ministre (Carlo Cottarelli) afin de suppléer un parfait inconnu et novice en politique (Giuseppe Conte), lequel n'avait pas tenu 4 jours avant de jeter l'éponge. Or voilà que hier soir, les acteurs de cette vaste commedia dell'arte ont à nouveau échangé leurs masques. Après que les chefs de file du Mouvement Cinq Etoiles et de la Ligue ont conclu un nouvel accord, ledit Giuseppe Conte, lequel assurait à nouveau le matin même son cours de droit à l'université, a finalement été rappelé pour diriger le gouvernement, en lieu et place, donc, de Carlo Cottarelli qui lui avait succédé trois jours plus tôt. D'où ce titre, ce matin, à la Une de LA REPUBBLICA : les populistes au gouvernement ! Et ce commentaire ironique de l'éditorialiste : si le nouveau gouvernement est à présent en place, c'est bien que le coup d'Etat que le président avait été accusé de fomenter (en allant au-delà de ses prérogatives) était purement imaginaire. Et d'ailleurs, hier soir, Sergio Mattarella n'était-il pas tout sourire au côté de son nouveau Premier ministre ? La crise institutionnelle est désormais derrière le chef de l’Etat. Et surtout, dès demain à l'occasion de la fête nationale, il aura à ses côtés un chef de gouvernement, cette fois-ci, non démissionnaire. Du moins, a priori. Car en Italie, conclue LA FRANKFÜRTER ALLGEMEINE ZEITUNG, le chaos et l'instabilité attendent toujours au prochain virage. 

Autre feuilleton à rebondissement, en Espagne cette fois-ci. Et on ne parle pas là de la décision de Zinédine Zidane de quitter, à la surprise générale, son poste d'entraîneur du Real Madrid, mais bien plutôt de la sortie, non moins inattendue, de Mariano Rajoy du Palais de la Moncloa. Alors qu'en début de semaine, les analystes politiques donnaient très peu de chances à la motion de défiance lancée contre le chef du gouvernement, voilà que le vent a subitement tourné à Madrid. Sauf défection de dernière minute, le vote annoncé aujourd'hui des cinq députés du Parti nationaliste basque (PNV) donnera au chef du parti socialiste (PSOE), Pedro Sánchez, la majorité absolue pour renverser le Premier ministre et prendre automatiquement sa place. Comment en est-on arrivé à ce retournement de situation spectaculaire ? Afin de les convaincre, Pedro Sánchez a assuré qu'il ne toucherait pas au budget qui prévoit des largesses financières pour le Pays basque. De même, à l'adresse des séparatistes catalans, cette fois-ci, il a annoncé qu'il essaierait de «jeter des pont» avec le gouvernement régional à Barcelone. Ou quand les socialistes bradent l'Espagne, s'insurge ce matin le quotidien conservateur ABC, qui titre : l'Espagne jetée dans l'abîme. Le chaos renverse Rajoy, peut-on lire encore en manchette de LA RAZON. De son côté, EL PAIS répète qu'il juge nécessaire l'éviction de Mariano Rajoy (affaibli par la condamnation de son parti pour corruption) mais craint d'ores et déjà que le prochain gouvernement socialiste (avec une majorité aussi hétéroclite) soit irréalisable. Et puis surtout, l'éditorialiste regrette que les alliés de Pedro Sánchez aient tous en commun leur refus d'élections immédiates. Et d'en conclure : l'Espagne est sur le point de passer des mains d'un dirigeant (Mariano Rajoy) coupable de son incapacité à faire face à ses responsabilités, à un autre (Pedro Sánchez) qui refuse, lui, de se tourner vers les citoyens pour obtenir un mandat clair pour aller de l'avant. Or le refus de l'un de démissionner et de l'autre d'aller aux urnes est un élément supplémentaire de cette crise du système démocratique dans laquelle la politique est aujourd'hui installée.

Enfin ultime destination, ce matin, où la vie politique se décline, décidément, comme une vaste saga : les Etats-Unis. Dernier épisode en date, hier, Washington a mis fin à l’exemption temporaire sur les droits de douane sur l’acier et l’aluminium importés d’Europe. Ainsi donc la guerre commerciale est désormais lancée, écrit l'éditorialiste du NEW YORK TIMES, avant de préciser : quelle stupidité ! Son confrère du WALL STREET JOURNAL semble tout aussi navré. Ainsi donc va l'Amérique aujourd'hui avec notre génial négociateur en chef, lequel a choisi de se lancer dans une guerre inutile avec nos meilleurs alliés. D'où cette question, d'ailleurs, posée par l'éditorialiste du TEMPS : Washington reste-t-il, encore aujourd’hui, le principal allié des Européens ? Retrait de l’accord de paix sur le nucléaire iranien, mais aussi retrait de l’Unesco et de l’Accord de Paris sur le climat. Autant de coups portés au multilatéralisme par le locataire actuel de la Maison-Blanche, dit-il. A présent, Washington s'apprêterait même à claquer la porte du Conseil des droits de l’homme (le principal organe multilatéral traitant des droits humains dans le monde). Ou pour reprendre une des formules favorites des Américains, les Etats-Unis de Trump font-ils partie du problème ou de la solution ?

Enfin s'agissant du dossier nord-coréen, à présent, une semaine après sa lettre ouverte dans laquelle il annulait son tête-à-tête inédit prévu le 12 juin à Singapour, Donald Trump doit recevoir aujourd'hui à Washington le bras droit de Kim Jong Un, lequel doit lui remettre, à son tour, une lettre du dirigeant nord-coréen. Comment la presse réagira-t-elle à ce spectaculaire regain d’optimisme, quelques jours seulement après un revirement non moins spectaculaire ? A ce titre, pas plus tard qu'hier, les discussions pour le moins chaotiques entre la Corée du Nord et les Etats-Unis avaient inspiré ce titre au NEW YORK DAILY NEWS : La seule Kim qu’il pouvait avoir, avec cette photo surprenante de Donald Trump, tout sourire dans le bureau ovale, aux côtés de Kim ... Kardashian. La vedette de télé-réalité américaine a, en effet, été reçue à la Maison Blanche, pour un sujet qui n’avait, d'ailleurs, rien de léger : la réforme carcérale en cours. Le quotidien qui rappelle, par ailleurs, que cette rencontre s’est tenu en plein scandale autour de la série à succès «Roseanne», brutalement déprogrammée cette semaine par la chaîne ABC, après un tweet raciste de l'actrice principale, fervente partisante de Donald Trump. Quoi qu'il en soit, l'annulation surprise de cette série qui devait réconcilier l'Amérique de Trump (en suivant le quotidien d'une famille ouvrière des Etats-Unis) est bel et bien l'illustration de ce que, parfois, pour le meilleur comme pour le pire, même les meilleures sagas doivent savoir se terminer.

Par Thomas CLUZEL

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