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Chris Williamson, membre du Parlement britannique pour le Derby du nord et proche de Jeremy Corbyn, a déclaré que le parti travailliste "s'excusait trop" sur l'antisémitisme. Ici, le 4 septembre 2018

Racisme, mysoginie, antisémitisme, la haine de l'autre est décidément une valeur qui se porte bien

5 min
À retrouver dans l'émission

Ce matin, direction l'Angleterre au sujet d'antisémitisme au sein du parti travailliste, et l'Argentine, où une césarienne a été pratiquée sur une fillette de 11 ans violée par le mari de sa grand-mère.

Chris Williamson, membre du Parlement britannique pour le Derby du nord et proche de Jeremy Corbyn, a déclaré que le parti travailliste "s'excusait trop" sur l'antisémitisme. Ici, le 4 septembre 2018
Chris Williamson, membre du Parlement britannique pour le Derby du nord et proche de Jeremy Corbyn, a déclaré que le parti travailliste "s'excusait trop" sur l'antisémitisme. Ici, le 4 septembre 2018 Crédits : Jack Taylor - Getty

C'est vendredi et je m'étais dit que j'allais faire un effort pour terminer la semaine sur une note un peu optimiste, un peu joyeuse. Mais alors qu'à l'aube je parcourais la presse britannique, je n'ai pas pu m'empêcher de me demander quel était ce vent nauséabond que l'on sent souffler sur toute l'Europe, et même au delà.

Racisme, mysoginie, antisémitisme... 

La haine de l'autre décidément est une valeur qui se porte bien, merci pour elle.

La scène se passe en Grande-Bretagne. Nous sommes à une petite réunion du Labour, le parti travailliste, à Sheffield. Et dans la salle, il y a cet homme qui parle. Il s'appelle Chris Williamson. Il est le député du Nord derby, un homme connu pour sa véhémence, et classé à la gauche du parti. Ce très proche de Jeremy Corbyn explique que son parti, le Labour, a laissé trop de champ, trop de place à la critique en s'excusant exagérément sur les accusations d’antisémitisme dont le parti travailliste fait l'objet, ce qui l'a diabolisé et lui a donné l'image d'un parti raciste.

Cette scène, filmée par quelqu'un dans le public, a été largement reprise par les journaux britanniques et ces propos font scandale. 

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Alors ça, il fallait oser, écrit, abasourdi, l'éditorialiste du Guardian. 

Il faut, dit-il, reconnaître cet exploit à Chris Williamson d'oser dire que le principal problème du Parti travailliste était de s'être trop excusé envers la communauté juive, bref d'être  coupable d'un excès de contrition.

Williamson n'en n'est pas à son coup d'essai puisqu'il a plusieurs fois apporté son soutien à des antisémites déclarés.

Après avoir attendu et tergiversé, le parti a fini par le suspendre en attendant une enquête.

Trop lent, trop peu... 

Le malaise au sein de la gauche britannique est désormais à vif sur la question de l'antisémitisme. Et les digues au sein du parti sont en train de céder.

Pour rappel, la semaine dernière, neuf députés, quand même, ont quitté  le parti. Un geste fort, une vraie gifle pour Jeremy Corbyn.

Issu de la gauche radicale, eurosceptique, Corbyn est accusé de ne pas prendre clairement position sur le Brexit et de ne pas réagir de façon  ferme et sans ambiguité aux nombreuses accusations d'antisémitisme  au sein de sa formation.

Alors avec cette histoire, le tabloïd l'Express s'engouffre dans la brèche et fustige Corbyn, qu'il qualifie de traître pour avoir décidé de soutenir un second vote public sur le Brexit malgré sa promesse de respecter le résultat du référendum. Une tactique, estime le journal, pour détourner l'attention de ses problèmes et unifier les rangs du parti. Un parti très divisé puisque dans les colonnes du Times, le numéro 2 du Labour, Tom Watson, parle de "badge of shame", de "signe de honte", pour le parti.

Et the Independant se dit un mal pour un bien, cette histoire offre l'occasion à Jeremy Corbyn et au Labour de montrer leur détermination sur cette question, avec des mesures phares, au lieu de promesses et de paroles. Et donc une exclusion, pas une suspension.

L'antisémitisme, un mal qui frappe à nouveau toute l'Europe. A commencer par nous, en France, évidemment.

Profanations de cimetière juif, insultes antisémites, le vent nauséabond dont je parlais tout à l'heure on le sent tous les jours.
Et c'est le magazine allemand Der Spiegel qui dresse un terrible portrait de la France d'aujourd'hui. Cette France, écrit le journal, où la haine, l'indignation, la mauvaise intégration  de certaines communautés, l'inconséquence des politiques font rejaillir le pire, la colère, la violence.

Et le Spiegel commente l'explosion collective des tabous.

Une sorte "d'orange mécanique" à la française, selon le magazine allemand, qui écrit encore que toute limite semble avoir disparu, et qu'il est désormais admis ici qu'on soit raciste, antisémite, misogyne. Au fond, cela n'est plus vraiment un problème.

À ce stade de mes lectures ce matin, je cherchais à reprendre un peu d'air, mais j'ai eu le malheur d'aller lire la presse argentine.

En Argentine, une césarienne pratiquée sur une fillette de 11 ans violée par le mari de sa grand-mère

L'Argentine où un débat atroce divise le pays après cette césarienne pratiquée sur une fillette de 11 ans violée par le mari de sa grand-mère.

L'Argentine, vous le savez, c'est le pays du pape François. L'accès à l'IVG y est très limité, uniquement en cas de viol ou de danger pour la mère. 

L'an dernier, il y a eu un projet de loi pour permettre les avortements jusqu'à la 14e semaine. Adopté à la chambre des députés, il a été rejeté par le sénat, sous la pression de l'Eglise. 

Pagina 12 fait le récit du calvaire de cette petite fille.  

Elle avait demandé un avortement, mais elle a dû faire face à des médecins qui ont fait traîner le dossier pendant 7 semaines, en invoquant l'objection de conscience. Et in extremis, c'est une césarienne qu'il a fallu faire sur cette enfant. On lit alors le récit terrible du médecin qui a dû pratiquer cette opération. 

Et puis, dans la Prensa, on lit encore cet éditorial intitulé "Mille fois, je pleure".

Et alors que je pensais tomber sur un récit plein de compassion, que lis-je ? 

L'indignation d'une éditorialiste qui pense que dans cette histoire il aurait surtout mieux valu tout faire pour sauver le foetus.

L'Argentine n'est pas assez peuplée, il vaut mieux combattre les causes du viol, la pauvreté, la mauvaise éducation, plutôt que de souhaiter la mort d'un foetus innocent.

On oublie trop souvent, ajoute la journaliste, les conséquences d'un avortement, les stérilités, les traumatismes psychologiques, la démence.

Pas un mot ou presque pour cette petite fille de 11 ans au ventre ouvert, pas de nuance, pas de questionnement.

Vous comprendrez alors qu'en ce vendredi matin on puisse s'interroger sur l'état de ce monde, se frotter les yeux, se demander si on est bien en 2019, et quand est-ce qu'on va enfin, se réveiller...

Chroniques

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